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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106737

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106737

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106737
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBENGUERRAICHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Benguerraiche, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour de dix ans, ou à défaut, un titre de séjour d'un an portant la mention " salarié ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence négative car le préfet s'est cru lié par les stipulations de l'accord franco-tunisien et n'a pas examiné sa demande au regard de son pouvoir discrétionnaire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, en violation de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'alinéa 3 de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ;

- il est entaché d'erreur de faits car il est présent de manière ininterrompue en France depuis 2003 et son contrat comporte bien le visa de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 décembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, est entré en dernier lieu sur le territoire français le 25 juillet 2020 muni d'un titre de séjour mention " travailleur saisonnier ", valable du 1er août 2018 au 31 juillet 2021. Le 16 décembre 2020, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 mai 2021, dont il demande l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté litigieux qu'il comporte, de manière suffisamment précise et non stéréotypée, les considérations de droit et de fait se rapportant à la situation personnelle de M. A, visant notamment l'accord franco-tunisien et faisant état de ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français, le préfet n'étant pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de faits fondant la décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié ". ".

4. M. A produit une demande d'autorisation de travail accordée le 5 mai 2020 pour six mois ainsi que des contrats de travail d'une durée de six mois conclus, depuis 2001, avec la société d'exploitation de Poscros, visés par la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités. Ce faisant, il ne démontre pas remplir la condition prévue à l'article 3 de l'accord précité relative à l'exercice d'une activité salariée d'un an au minimum. Par suite, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait ni d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien.

5. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 précité prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour demander la délivrance d'un titre " salarié ", s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien. Toutefois, si cet accord ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet des Bouches-du-Rhône a estimé que le requérant ne remplit aucune des autres conditions posées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour pouvoir être admis au séjour à un autre titre que celui de " travailleur saisonnier " et que ce refus n'est pas contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le préfet a bien examiné les autres fondements possibles d'une admission au séjour de M. A et le moyen tiré de ce qu'il aurait méconnu l'étendue de sa compétence doit être écarté.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A a été employé depuis 2001 en qualité d'ouvrier agricole saisonnier dans le cadre de contrats de travail d'une durée de six mois, à l'exception de l'année 2006, et qu'il est retourné, au terme de chacune de ces périodes, en Tunisie. En outre, l'intéressé conserve ses attaches familiales en Tunisie où résident son épouse et ses trois enfants. La circonstance que la décision mentionne que le requérant est titulaire de contrats saisonniers depuis 2009 au lieu de 2001, qui relève d'une erreur de plume, est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que le motif retenu par le préfet tient au caractère saisonnier des contrats de l'intéressé. Dans ces conditions le seul critère de l'ancienneté du séjour du requérant en France ne peut être regardé comme présentant le caractère de motif exceptionnel ou de considération humanitaire au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de fait ou d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé la demande d'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé.

9. Enfin, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

10. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que si l'étranger justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Il résulte de ce qui précède que, dès lors que M. A ne justifie pas de sa résidence continue en France depuis plus de dix ans, le préfet des Bouches-du-Rhône n'était pas tenu de consulter la commission du titre de séjour avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. CLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

N°2106737

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