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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106764

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106764

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantEDDAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2021, et des mémoires, enregistrés le 24 février et le 18 octobre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. A, représenté par Me Eddam, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er juillet 2021 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de faire droit à sa demande de regroupement familial et, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de procéder à un réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation car ses ressources sont stables et suffisantes ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la décision du 25 août 2021 par laquelle le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle à M. A.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Eddam représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, est titulaire d'une carte de résident délivrée le 20 août 2021, valable jusqu'au 19 août 2031. Il a déposé, le 28 octobre 2020, une demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille née en 2008 en Tunisie. Par une décision du 1er juillet 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de faire droit à sa demande. M. A demande au Tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à :/ () ;/ 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ;/ 3° Cette moyenne majorée d'un cinquième pour une famille de six personnes ou plus. ".

3. Il résulte de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau des ressources d'un ressortissant étranger, demandeur d'une autorisation de regroupement familial, et de son conjoint s'apprécie sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande. Dans ce dernier cas, la période de référence de douze mois est celle précédant la date de la décision par laquelle le préfet statue sur la demande de regroupement familial.

4. Par ailleurs, il résulte de ces mêmes dispositions que lorsqu'elle se prononce sur une demande de regroupement familial, l'autorité compétente doit, pour apprécier la condition de ressources, se fonder sur le montant des ressources du demandeur et de son conjoint, mais aussi sur leur stabilité.

5. Il ressort de l'enquête réalisée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, produite par le préfet, que sur la période de douze mois précédant la demande de regroupement familial formée le 28 octobre 2020, le requérant a perçu un revenu mensuel moyen de 1 707 euros brut, supérieur au montant du salaire minimum de croissance majoré d'un dixième applicable sur cette période de référence. Il ressort également des pièces du dossier que la rémunération mensuelle moyenne brute perçue par le requérant et son épouse au cours des douze mois précédant la décision en litige est de 1 705 euros, soit également supérieure au montant du salaire minimum de croissance majoré d'un dixième applicable sur cette période de référence. S'il est exact que M. A travaille en tant qu'intérimaire dans le domaine du bâtiment, il ne ressort pas des pièces du dossier que ses revenus puissent être regardés comme présentant un caractère occasionnel, alors même qu'ils ont été acquis par le requérant dans le cadre de missions d'intérim, et ponctuellement complétés par des allocations d'aide au retour à l'emploi pour la période de janvier à juin 2021. Dans ces conditions, l'intéressé est fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en se fondant sur le caractère insuffisant et instable de ses ressources de M. A pour rejeter sa demande de regroupement familial.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône du 1er juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs et sous réserve de changements de circonstances, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de faire droit à la demande de regroupement familial de M. A au profit de sa fille sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. En l'espèce, M. A n'établissant pas avoir exposé d'autres frais que ceux pris en charge par l'État au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été accordée par décision du 25 août 2021, sa demande tendant à ce que l'État lui verse une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 1er juillet 2021 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de regroupement familial de M. A au bénéfice de sa fille est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône, sous réserve d'un changement de circonstances, de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par M. A au bénéfice de sa fille, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. C

Le président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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