mercredi 29 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2106793 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | ABIB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juillet et 22 octobre 2021, Mme B A, représentée par Me Abib, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er juillet 2021 par laquelle le directeur régional des douanes et droits indirects de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur n'a pas renouvelé le contrat lui confiant la gérance du débit de tabac " Au Vizir " situé 14 rue Colbert à Marseille (13001) et a prononcé la fermeture définitive de cet établissement ;
2°) d'enjoindre à la direction régionale des douanes et droits indirects de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (DRDDI PACA), à titre principal, de renouveler le contrat de gérance pour une période de trois ans, soit jusqu'au 10 juillet 2024, et, à titre subsidiaire, de l'autoriser à présenter un successeur dans le délai de quatre mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration étant revenue, dans sa lettre du 22 février 2021, sur son intention de ne pas renouveler le contrat de gérance, le délai de trois mois prévu par les dispositions de l'article 2 du décret n° 2010-720 du 28 juin 2010 à compter de sa lettre du 6 janvier 2021 n'a pas couru ; le délai de trois mois qui lui a été laissé pour trouver un successeur était trop court compte tenu des mesures de confinement et des couvre-feux liés à l'épidémie de covid-19 ;
- une décision de non-renouvellement n'étant pas intervenue explicitement au plus tard trois mois avant la fin du contrat de gérance, soit le 10 avril 2021, selon les stipulations mentionnées à ce contrat, celui-ci a été tacitement renouvelé ;
- l'absence de commande de tabac sur une certaine période ne constitue pas une insuffisance de détention de stock susceptible d'entraîner une sanction disciplinaire ; la personne rencontrée par l'administration lors du contrôle réalisé le 19 septembre 2019 pouvait être présente au sein de l'établissement en sa qualité de salarié ; les horaires d'ouverture du débit de tabac déclarés auprès de l'administration ont été respectés ;
- la mesure de fermeture définitive du débit de tabac, sanction la plus lourde prévue par le décret n° 2010-720 du 28 juin 2010, méconnaît le principe non bis in idem dès lors qu'elle est fondée sur des faits ayant déjà donné lieu à l'infliction de deux amendes ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle constitue une sanction disproportionnée au regard des faits reprochés, que la fermeture du débit de tabac observée le 4 septembre 2019 a pour origine la crise cardiaque de son conjoint, que les griefs tirés de l'absence d'affichage de l'interdiction de vente de tabac et de produits de " vapotage " aux mineurs et du défaut d'étiquetage de prix de certaines références en produits de tabac ont été régularisés sans délai et que le débit de tabac a été ouvert dès 13 heures le 28 septembre 2020 alors que l'organisation de cette journée a été perturbée par l'intervention de la décision préfectorale de fermer les bars et restaurants dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur en raison de l'épidémie de covid-19.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 septembre et 8 décembre 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il y a lieu de substituer le 1° de l'article 37 du décret n° 2010-720 du 28 juin 2010 qui constitue la base légale initiale de la décision de fermeture définitive du débit de tabac géré par Mme A par le 3° du même article ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 7 mars 2022, la clôture d'instruction est intervenue à la même date en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le décret n° 2010-720 du 28 juin 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Balussou,
- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A exploitait depuis le 1er août 2012 le débit de tabac " Au Vizir " situé 14 rue Colbert à Marseille (13001) en vertu d'un contrat de gérance conclu avec la direction générale des douanes et des droits indirects (DGDDI) du ministère chargé de l'économie et des finances. La DRDDI PACA a procédé au contrôle de l'établissement les 4 juillet et 19 septembre 2019, contrôles à l'issue desquels la requérante a été sanctionnée d'une amende de 550 euros. A la suite d'un nouveau contrôle réalisé le 28 septembre 2020, elle a à nouveau dû acquitter une amende de 500 euros. Par un courrier du 6 janvier 2021, l'administration a informé la requérante de son intention de ne pas renouveler le contrat de gérance arrivant à terme le 10 juillet 2021 en raison des manquements constatés lors des contrôles. Sur une proposition adressée le 8 février 2021 par la requérante, l'administration a informé cette dernière, par un courrier du 22 février 2021, qu'elle avait la possibilité de présenter un successeur pour la gérance de l'établissement jusqu'au 28 mai 2021. Le 1er juillet 2021, en l'absence de présentation d'un successeur par la requérante, l'administration a décidé de ne pas renouveler le contrat de gérance et de prononcer la fermeture définitive du débit de tabac à compter du 11 juillet 2021. Elle a rejeté le recours gracieux introduit par la requérante le 15 juillet 2021 par une décision du 21 juillet 2021. Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 1er juillet 2021 ainsi que la décision du 21 juillet 2021 rejetant son recours gracieux et d'enjoindre à la DRDDI PACA, à titre principal, de renouveler le contrat de gérance du débit de tabac pour une période de trois ans, soit jusqu'au 10 juillet 2024 et, à titre subsidiaire, de l'autoriser à présenter un successeur.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 568 du code général des impôts : " Le monopole de vente au détail est confié à l'administration qui l'exerce, dans des conditions et selon des modalités fixées par décret, par l'intermédiaire de débitants désignés comme ses préposés et tenus à droit de licence, des titulaires du statut d'acheteur-revendeur mentionné au dernier alinéa, ou par l'intermédiaire de revendeurs qui sont tenus de s'approvisionner en tabacs manufacturés exclusivement auprès des débitants désignés ci-dessus () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 28 juin 2010 relatif à l'exercice du monopole de la vente au détail des tabacs manufacturés : " Le débitant de tabac est lié à l'Etat (administration des douanes et des droits indirects) par un contrat de gérance d'une durée de trois ans, renouvelable par tacite reconduction par période de trois ans. / Le contrat de gérance fixe les obligations du débitant au titre de la vente au détail des tabacs ainsi que les missions de service public qui peuvent lui être confiées par l'Etat. Il est établi selon un modèle fixé par arrêté du ministre chargé du budget. / () / Le directeur interrégional des douanes et droits indirects peut décider de résilier le contrat de gérance ou de ne pas le renouveler à l'échéance d'une période de trois ans si le débitant de tabac ou le gérant ou un associé de la société en nom collectif ne respecte pas l'une des obligations fixées par ce contrat ou par le présent décret. Il en informe le débitant et l'invite à présenter ses observations trois mois au moins avant la date d'effet de la mesure envisagée ". Aux termes de l'article 41 du même décret : " Indépendamment des mesures de résiliation ou de non-renouvellement du contrat de gérance mentionnées à l'article 2, tout manquement aux obligations découlant du présent décret et du contrat de gérance ainsi que tout manquement à la législation fiscale commis par un débitant de tabac dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions de préposé de l'administration l'expose à une sanction disciplinaire. / () / Le directeur interrégional des douanes et droits indirects peut prononcer les sanctions disciplinaires suivantes : / 1° Avertissement ; / 2° Amende au plus égale à 4 000 euros () ".
3. Un même manquement ne peut donner lieu qu'à une seule sanction administrative sauf si la loi en dispose autrement.
4. Il ne ressort d'aucune disposition que le législateur a entendu habiliter l'autorité administrative à prononcer deux sanctions pour un même manquement aux obligations découlant des dispositions du décret du 28 juin 2010 et des stipulations des contrats de gérance de débit de tabac signés entre l'Etat et ses préposés. Ainsi, la mesure de non-renouvellement d'un contrat de gérance à l'échéance d'une période de trois ans prévue par l'article 2 du même décret en cas de non-respect des obligations fixées par le contrat ou par le décret du 28 juin 2010 et les sanctions disciplinaires prévues, quant à elles, par l'article 41 de ce décret en cas de manquement à ces mêmes obligations ne peuvent être prononcées au regard des mêmes faits reprochés au gérant du débit de tabac concerné.
5. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 1, que le débit de tabac géré par Mme A a fait l'objet les 4 juillet et 19 septembre 2019 d'un contrôle qui a donné lieu à l'infliction d'une amende de 550 euros à son encontre et qu'à la suite d'un nouveau contrôle réalisé le 28 septembre 2020, elle a à nouveau dû acquitter une amende de 500 euros. Il résulte de l'instruction, et notamment des écritures en défense que l'administration s'est fondée sur les manquements relevés lors de ces contrôles pour décider de ne pas renouveler le contrat de gérance conclu trois ans auparavant avec la requérante. Ainsi, l'administration doit être regardée comme ayant sanctionné par deux fois Mme A pour les mêmes manquements. Ce faisant, elle a entaché la décision attaquée d'une erreur de droit.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 1er juillet 2021 de la DRDDI PACA de ne pas renouveler le contrat de gérance du débit de tabac " Au Vizir " et de prononcer sa fermeture définitive doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 21 juillet 2021 rejetant le recours gracieux du 15 juillet 2021 adressé par Mme A, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête et sur la demande de substitution de base légale présentée en défense.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au moyen d'annulation retenu à l'encontre de la décision attaquée, il y a seulement lieu d'enjoindre à la DRDDI PACA de réexaminer la situation de Mme A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 1er juillet 2021 par laquelle le directeur régional des douanes et droits indirects de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur n'a pas renouvelé le contrat confiant à Mme A la gérance du débit de tabac " Au Vizir " et a prononcé la fermeture définitive de cet établissement ainsi que la décision du 21 juillet 2021 rejetant son recours gracieux sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la DRDDI PACA de réexaminer la situation de Mme A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée au directeur régional des douanes et des droits indirects de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente,
Mme Balussou, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère,
Assistées par Mme Faure, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
E.-M. Balussou
La présidente,
Signé
K. Jorda-LecroqLa greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026