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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106857

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106857

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106857
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL ENARD-BAZIRE COLLIOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 juillet et 20 décembre 2021, M. D A, représenté par Me Enard-Bazire, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 mai 2021 par laquelle le directeur général de l'Agence de services et de paiement a refusé de lui verser la " prime à la conversion ", ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) de condamner l'Agence de services et de paiement et le ministre de la transition écologique à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice, assortie des intérêts légaux à compter de l'enregistrement de la requête ;

3°) de mettre à la charge de l'Agence de services et de paiement et du ministre de la transition écologique la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision attaquée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- la décision en litige méconnait les dispositions des articles L. 251-2 et D. 251-3 du code de l'énergie et résulte d'une erreur de fait ;

- l'article D. 251-13 du code de l'énergie, dans sa version applicable du 1er janvier 2017 au 1er janvier 2018, méconnaît les principes d'égalité et de non-discrimination protégés par l'article 20 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la délivrance d'informations erronées sur le site internet dédié à l'aide à la conversion constitue une faute de l'Agence de services et de paiement et du ministre de la transition écologique, de nature à engager leur responsabilité ;

- son préjudice matériel résultant directement de cette faute s'élève à 2 500 euros ;

- le préjudice moral subi doit être réparé à hauteur de 500 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 août et 6 octobre 2021, l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables faute d'avoir été précédées d'une demande indemnitaire préalable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2023, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires doit être regardé comme concluant au rejet de la requête.

Il indique s'en remettre aux écritures de l'Agence de services et de paiement.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'énergie ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Niquet,

- et les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a adressé en 2019 une demande de prime à la conversion à l'Agence de services et de paiement (ASP) à raison de l'acquisition d'un véhicule peu polluant. L'ASP a refusé la demande de l'intéressé par une décision du 21 novembre 2019, annulée par le tribunal par un jugement n° 2000526 du 22 avril 2021. A la suite du réexamen de la demande de M. A, l'ASP a, par une nouvelle décision du 20 mai 2021, refusé de faire droit à cette demande de prime à la conversion. M. A demande l'annulation de cette décision, ensemble la décision du 2 juillet 2021 de rejet de son recours gracieux. M. A demande enfin la condamnation du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires d'une part, et de l'Agence de services et de paiement d'autre part, à l'indemniser du préjudice qu'il estime avoir subi du fait des informations fournies sur les sites internet dédiés à ces aides, à hauteur de 3 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision contestée a été signée par M. B C, chef du service de gestion des aides, à qui le président directeur général de l'Agence de services et de paiement a régulièrement délégué sa signature, par un arrêté du 15 janvier 2020 librement accessible tant aux juges qu'aux parties, aux fins de signer notamment " tout document relevant de la direction régionale, hors courrier parlementaire ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit par conséquent être écarté.

3. La décision en litige, qui précise la version applicable de l'article D. 251-13 du code de l'énergie, fait état de ce que l'intéressé devait présenter simultanément les demandes de bonus écologique et de prime à la conversion pour voir la demande de prime à la conversion étudiée par l'ASP. Ce faisant, la décision comporte des considérations de droit et de fait en des termes suffisamment précis pour satisfaire à l'obligation de motivation prévue par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. Aux termes de l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ". Aux termes de l'article D. 251-3 du code de l'énergie, dans sa version alors applicable : " I.- Une aide dite prime à la conversion est attribuée, dans la limite d'une par personne jusqu'au 1er janvier 2023, à toute personne physique majeure () qui acquiert ou prend en location, dans le cadre d'un contrat d'une durée supérieure ou égale à deux ans, un véhicule automobile terrestre à moteur () / II.- Cette aide est attribuée lorsque cette acquisition ou cette location s'accompagne du retrait de la circulation, à des fins de destruction, d'un véhicule () ".

5. Il résulte des dispositions précitées que le versement de la prime à la conversion était subordonné à l'achat d'un nouveau véhicule et à la cession de l'ancien véhicule aux fins de destruction. Ces deux conditions ont été successivement remplies le 13 mai 2019, date à laquelle M. A est devenu propriétaire du nouveau véhicule, et le 19 septembre 2019, date de cession de son ancien véhicule pour destruction. C'est donc à cette dernière date qu'a été constituée la situation juridique qui lui ouvrait le droit à bénéficier de la prime à la conversion. Par suite, c'est à cette même date qu'il convient de se placer pour déterminer le régime juridique qui était applicable à sa demande.

6. Aux termes de l'article D. 251-13 du code de l'énergie, dans sa version applicable au litige : " Les demandes d'aides sont formulées au plus tard dans les six mois suivant la date de facturation du véhicule ou, dans le cas d'une location, de versement du premier loyer. / En cas de cumul de l'aide instituée à l'article D. 251-1 avec la prime à la conversion prévue par l'article D. 251-3, une seule demande de versement est présentée pour les deux aides. Leur paiement est simultané ".

7. Si M. A soutient qu'il remplit les conditions alors fixées par l'article D. 251-3 pour bénéficier d'une aide à la conversion, il ne conteste pas le motif tiré de ce qu'il n'a pas déposé simultanément, conformément aux termes de l'article D. 251-13 précité du code de l'énergie, la demande de " bonus écologique " prévu par l'article D. 251-1 du code de l'énergie, et la demande de " prime à la conversion " prévue par l'article D. 251-3 du même code. Dans ces conditions, et alors qu'une telle demande simultanée des deux aides ne ressort pas davantage des pièces du dossier, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 251-2 et D. 251-3 du code de l'énergie doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'Agence de services et de paiement aurait commis une erreur de fait dans l'instruction de son dossier.

8. Si M. A se prévaut de la méconnaissance de l'article L. 251-2 du code de l'énergie, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier la portée et le bienfondé.

9. A l'appui de sa contestation, M. A soutient que l'article D. 251-13 du code de l'énergie méconnaît les principes d'égalité et de non-discrimination protégés par les articles 20 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors d'une part que le bénéfice cumulé de la prime à la conversion et du bonus écologique dépendent de la diligence du concessionnaire automobile et dès lors d'autre part que les dispositions telles que modifiées à compter du 1er janvier 2020 permettent la présentation de deux demandes distinctes. Toutefois, il est constant que M. A a choisi de confier la responsabilité de présenter les demandes d'aides au concessionnaire automobile auprès duquel il a acquis son véhicule. Par ailleurs, en raison du changement de réglementation, les intéressés se trouvent dans une situation objectivement différente selon la date d'acquisition de leur nouveau véhicule et de cession pour destruction de leur véhicule ancien. Par suite, M. A n'établit pas que les dispositions de l'article D. 251-13 du code de l'énergie instaureraient une discrimination au sens de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'établit pas davantage que le principe d'égalité aurait été méconnu.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 20 mai 2021 qu'il conteste.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

11. Pour soutenir que la responsabilité de l'Agence de services et de paiement et du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires est engagée à son égard, M. A fait valoir que les informations figurant sur les sites internet officiels qu'il a consultés étaient erronées dès lors qu'elles mentionnaient la possibilité de présenter une demande de prime à la conversion " si le concessionnaire ne vous fait pas l'avance de la prime ", et rappelaient qu'il était possible de bénéficier de dispositions antérieures plus avantageuses, et que ces informations erronées constituent des fautes de l'Agence de services et de paiement et du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, de nature à engager leur responsabilité. Toutefois, alors que les dispositions applicables à la situation de M. A ne sont pas plus ou moins favorables mais prévoient une procédure spécifique, il ne résulte pas de l'instruction que les informations communiquées sur les sites internet consultés par l'intéressé, qui ne produit que des extraits choisis, étaient inexactes ou incomplètes. Enfin, le lien de causalité entre la faute, au demeurant non établie, et les préjudices que l'intéressé soutient avoir subis n'est pas davantage établi, alors que le requérant expose lui-même qu'il appartenait au concessionnaire automobile, professionnel averti, de l'informer des possibilités d'aides qui lui étaient ouvertes. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à rechercher la responsabilité du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et de l'Agence de services et de paiement.

12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée par l'Agence de services et de paiement, que M. A n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de l'Agence de services et de paiement et du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions du requérant tendant à leur application et dirigées contre l'Agence de services et de paiement et le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, qui ne sont pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à l'Agence de services et de paiement et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistés de Mme Serbellone, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

La rapporteure,

signé

A. Niquet

Le président,

signé

J-M. LasoLa greffière,

signé

A. Serbellone

La République mande et ordonne ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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