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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106882

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106882

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106882
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGONAND

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Sous le n° 2106877, par une requête, enregistrée le 30 juillet 2021, Mme C G épouse A, représentée par Me Gonand, demande au Tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 25 mai 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'un vice d'incompétence de son auteur ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation, au regard de l'état de santé de sa fille ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante sont infondés.

II. Sous le n° 2106882, par une requête, enregistrée le 30 juillet 2021, M. D A, représenté par Me Gonand, demande au Tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 25 mai 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'un vice d'incompétence de son auteur ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation, au regard de l'état de santé de sa fille ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant sont infondés.

Des pièces complémentaires ont été produites pour M. A, enregistrées le 9 juin 2022 et communiquées au préfet des Bouches-du-Rhône.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les rapports de Mme E ont été entendus au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C G épouse A et M. D A, ressortissants algériens respectivement nés les 30 décembre 1994 et 27 janvier 1975, déclarent être entrés en France au début de l'année 2020 accompagnés de leurs deux enfants, dont la jeune H née le 15 juillet 2015. Les 31 août et 3 septembre 2020, ils ont chacun sollicité leur admission au séjour, en qualité de parent accompagnant un enfant malade, au regard de l'état de santé de leur fille. Par deux arrêtés distincts du 25 mai 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de les admettre au séjour. Par ces deux requêtes, les époux A demandent au Tribunal d'annuler les deux arrêtés précités qui les concernent respectivement.

2. Les requêtes n° 2106877 et 2106882 concernant les époux A présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, M. F B, chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la préfecture des Bouches-du-Rhône, disposait d'une délégation de signature de la part du préfet des Bouches-du-Rhône à l'effet de signer les arrêtés en litige en vertu d'un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 mars 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture et accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués manque donc en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. () Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ".

5. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Il en résulte que si les dispositions précitées de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade.

6. En outre, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ".

7. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

8. Par ailleurs, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

9. Il ressort des pièces du dossier que la jeune H souffre d'une ostéogénèse imparfaite de type III, maladie génétique rare caractérisée par une grande fragilité osseuse, appelée aussi " maladie des os de verre ". Pour refuser aux requérants la délivrance d'un titre de séjour en tant que parents accompagnant un enfant malade, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 26 octobre 2020, dont il s'est approprié les termes, qui indique que l'état de santé de la jeune fille nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, que l'intéressée peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et que, à la date de cet avis, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour combattre les conclusions de cet avis, le requérant produit notamment un certificat médical du 15 mai 2020 d'un médecin du service de chirurgie orthopédique et pédiatrique de l'hôpital de la Timone, qui décrit l'état de santé d'Alaerrahmen et qui précise que celui-ci nécessite d'abord une prise en charge médicale avant d'envisager une éventuelle prise en charge chirurgicale, ainsi qu'un certificat médical du 2 septembre 2020 d'un médecin du service de spécialités pédiatriques et de médecine infantile du même hôpital, qui atteste que l'enfant est suivie pour une ostéogénèse imparfaite très sévère, entraînant un handicap fonctionnel majeur nécessitant un suivi pluridisciplinaire régulier ainsi qu'une rééducation spécialisée intensive. Le même certificat indique par ailleurs l'existence de traitements réguliers par perfusion intraveineuse. A cet égard, les requérants font valoir que le médicament ZOMETA, utilisé pour les perfusions en prévention des complications osseuses, n'est pas commercialisé en Algérie, et produisent notamment à cette fin un document intitulé " liste des médicaments en Algérie " au terme duquel le ZOMETA n'est pas distribué. Toutefois, et ainsi que le soutient le préfet des Bouches-du-Rhône, cette liste date de 2018 et aucun document probant n'indique que, à la date des arrêtés attaqués, intervenus le 25 mai 2021, ce médicament ne serait pas commercialisé en Algérie. En outre, et à supposer même que le médicament ZOMETA soit indisponible en Algérie, les requérants n'établissent ni même n'allèguent que ce seul médicament lui est indispensable et qu'elle ne pourrait pas bénéficier en Algérie d'autres molécules de classe thérapeutique équivalente à celles contenues dans le médicament ZOMETA. Par ailleurs, si les requérants versent aux débats un article de presse datant de 2011, relatant que l'ostéogénèse imparfaite est une maladie encore méconnue et récemment dépistée en Algérie, un tel document ne permet pas, eu égard notamment à son caractère ancien et général, d'infirmer l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office, qui a considéré que la jeune H pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. Enfin, si les requérants font valoir que la seule prise en charge possible serait à Alger et qu'ils vivent dans la commune de Chelf, située à plus de 200 kilomètres, ils n'établissent ni même n'allèguent, alors qu'ils ont été à même de venir s'installer en France, qu'ils seraient dans l'impossibilité de s'installer à Alger dans leur pays d'origine. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions énoncées aux points 4 et 6, ni n'a entaché les arrêtés en litige d'une erreur de fait, en refusant aux requérants la délivrance d'un titre de séjour. Pour les mêmes motifs, en dépit du fait que la jeune H fasse l'objet d'une prise en charge pluridisciplinaire spécifique en France, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur les conséquences de ses décisions au regard de la situation des requérants et de leur fille.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant, doit être une considération primordiale ".

11. Pour les motifs précédemment énoncés, en dépit de la situation médicale difficile de la jeune H, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, méconnu l'intérêt supérieur de la jeune H.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 25 mai 2021 qui les concernent respectivement. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées leurs conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2106877 et 2106882 présentées respectivement pour Mme et M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G épouse A, à M. D A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Haïli, premier conseiller faisant fonction de président,

Mme Beyrend, première conseillère,

Mme Pilidjian, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

M. BEYRENDLe président,

signé

X. HAÏLI

La greffière,

signé

C. CHARLOIS

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

La greffière

N° 2106877, 210688

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