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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106885

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106885

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantWAHED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2021, M. D C, représenté par Me Wahed, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 mars 2021 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône l'a informé qu'il avait accordé le concours de la force publique à son bailleur pour procéder à son expulsion ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous condition que celui -ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la " décision explicite de rejet " ;

- la motivation de la décision individuelle défavorable attaquée est insuffisante ;

- la décision accordant le concours de la force publique pour ordonner son expulsion est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où il a saisi le juge de l'exécution afin d'obtenir un sursis pour son relogement et dès lors que l'Etat est fautif de ne pas avoir exécuté la décision du 1er octobre 2020 de la commission de médiation des Bouches-du-Rhône, alors saisie d'un recours amiable sur le fondement du droit au logement opposable, le déclarant prioritaire et devant être logé en urgence dans un logement correspondant à ses besoins et à ses capacités.

Par un mémoire en défense, enregistré 19 octobre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le courrier du 10 mars 2021 informant M. C de ce qu'il a accordé le concours de la force publique en vue de son expulsion et l'invitant à quitter les lieux est purement informatif et ne fait pas grief à l'intéressé ; par suite, ses conclusions à fin d'annulation sont irrecevables ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une décision du 5 juillet 2021, M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaspard-Truc,

- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance du 12 septembre 2019, le tribunal d'instance de Marseille, constatant la résiliation du bail pour le logement occupé par M. C 15, rue Rolland à Marseille, a ordonné l'expulsion de celui-ci sans délai, et à défaut de départ volontaire, au besoin avec le concours de la force publique. Le 5 novembre 2019, un commandement de quitter les lieux au plus tard le 5 janvier 2020 a été signifié à l'intéressé. Ce dernier s'étant maintenu dans les lieux, le commissaire de justice poursuivant a requis, le 13 janvier 2020, à la suite d'une tentative infructueuse d'expulsion, le concours de la force publique. Par une décision du 10 mars 2021, la préfète déléguée pour l'égalité des chances a accordé le concours de la force publique à compter du 1er juin 2021 et en a informé le requérant par un courrier du même jour, l'invitant par ailleurs à quitter les lieux. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 10 mars 2021 accordant le concours de la force publique pour procédé à son expulsion, révélée par le courrier du même jour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Si M. C se prévaut de l'incompétence du signataire de la " décision explicite de rejet ", ce moyen doit être regardé comme articulé contre la décision du 10 mars 2021 révélée par le courrier du même jour. Cette décision a été signé par Mme A B, préfète déléguée à l'égalité des chances, qui disposait d'une délégation de signature consentie à cet effet par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 20 janvier 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 13-2021-019 de la préfecture du même jour, librement accessible en ligne tant au juge qu'aux parties, pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement du préfet, notamment toute décision accordant le concours de la force publique pour l'exécution des jugements d'expulsion. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué signataire manque en fait et doit, pour ce motif, être écarté.

3. Une décision accordant le concours de la force publique à une personne nantie d'une décision de justice exécutoire ne constitue pas une décision individuelle défavorable devant être motivée en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article L. 153-2 du même code : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique ". Aux termes de l'article R. 153-1 de ce code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. / Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. / Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice ".

5. En application des dispositions précitées, toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique.

6. Si le requérant se prévaut, d'une part, de ce qu'il a saisi, le 23 juillet 2021, le juge de l'exécution pour obtenir un sursis à son expulsion, une telle circonstance n'est pas de nature à établir que la décision litigieuse, prise pour assurer l'exécution de la décision judiciaire du 12 septembre 2019, porterait atteinte à sa dignité. Si l'intéressé se prévaut, d'autre part, de ce que la commission de médiation des Bouches-du-Rhône l'a, par une décision du 1er octobre 2020, reconnu prioritaire et devant être logé d'urgence, sur le fondement des dispositions textuelles relatives au droit au logement opposable, cette circonstance ne saurait faire obstacle à ce que soit octroyé le concours de la force publique dès lors qu'il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire, ni d'aucun principe général du droit que le préfet serait tenu de s'assurer du relogement effectif de l'intéressé avant d'accorder le concours de la force publique à son expulsion. M. C ne peut ainsi utilement se prévaloir de ce que le préfet du Bouches-du-Rhône ne lui a fait aucune proposition de relogement effective avant de prendre la décision en litige. Ainsi, en l'absence de considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, le préfet du Bouches-du-Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en accordant le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de M. C.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet du Bouches-du-Rhône du 10 mars 2021 accordant le concours de la force publique à l'exécution du jugement prononçant son expulsion. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent, par suite, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Wahed.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente de chambre,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère.

Assistées de Mme Boyé, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

F. Gaspard-Truc

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

F.-L. Boyé

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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