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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106922

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106922

mardi 26 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106922
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBOUMAZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 août 2021, 6 octobre 2022 et 2 novembre 2023, la SARL CGIM, représentée par Me Boumaza, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 8 juillet 2021 par laquelle le directeur de la société publique d'aménagement (SPLA) Pays d'Aix Territoires a décidé d'exercer le droit de préemption urbain sur un lot de copropriété n° 830 de l'ensemble immobilier " La Résidence des Facultés " situé sur une parcelle cadastrée section CO n° 36 à Aix-en-Provence ;

2°) de mettre à la charge de la SPLA Pays d'Aix Territoires et de la métropole Aix-Marseille Provence une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle n'est justifiée ni par un projet d'action ou d'opération d'aménagement, ni par un intérêt général suffisant.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 avril 2022, la SPLA Pays d'Aix Territoires, représentée par Me Courant, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société CGIM une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la décision en litige n'a pas été jointe au recours ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 26 octobre 2022, la métropole Aix-Marseille Provence, représentée par Me Mialot a présenté des observations. Elle conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société CGIM au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 5 octobre 2024 l'instruction a été fixée au 5 novembre 2023.

Un mémoire, produit pour la SPLA Pays d'Aix Territoires a été enregistré le 15 janvier 2024, après clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cabal,

- les conclusions de M. Trébuchet rapporteur public,

- et les observations de Me Garnerone, représentant la société CGIM, de Me Poulard, représentant la métropole Aix-Marseille-Provence et de Me Courant, représentant la société publique d'aménagement Pays d'Aix Territoires.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 8 juillet 2021, la société publique d'aménagement (SPLA) Pays d'Aix Territoires a décidé d'exercer le droit de préemption urbain sur un lot de copropriété n° 830 de l'ensemble immobilier " La Résidence des Facultés " situé sur une parcelle cadastrée section CO n° 36 à Aix-en-Provence. La SARL CGIM, en qualité d'acheteuse évincée, demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. () ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en oeuvre un projet urbain, () de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le titulaire du droit de préemption urbain peut légalement exercer ce droit, d'une part, s'il justifie, à la date à laquelle il l'exerce, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, s'il fait apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération et au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.

4. En premier lieu, la décision du directeur de la SPLA Pays d'Aix Territoires du 8 juillet 2021 mentionne que le lot en cause est intégré dans le périmètre du plan de sauvegarde de la copropriété " La résidence des facultés ", qui a pour objet de réhabiliter cette copropriété dégradée, notamment par la réalisation des travaux d'urgence nécessaires à la mise en sécurité des parties communes. Ainsi, la décision attaquée est suffisamment motivée.

5. En second lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que la préemption du lot de copropriété n° 830 s'inscrit dans la mise en œuvre d'un plan de sauvegarde de la résidence des facultés initié par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 24 août 2015, dans le périmètre duquel se trouve, contrairement à ce que soutient la société CGIM, le bien préempté. Cette opération a été intégrée dans la convention d'aménagement signée entre la métropole et la SPLA Pays d'Aix Territoires. Elle a pour objet de réhabiliter cet ensemble immobilier dégradé par la réalisation de travaux de mise en sécurité, de restructuration et de réhabilitation du bâti, notamment par l'acquisition des logements. En outre, la seule circonstance que la SPLA Pays d'Aix Territoires ne serait pas portée acquéreuse d'un local de bureau dans un bâtiment adjacent n'est pas de nature à remettre en cause la réalité de ce projet. Dès lors qu'elle a pour finalité tant de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux que de permettre le renouvellement urbain, cette opération d'aménagement répond aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme et poursuit un objectif d'intérêt général de nature à justifier l'exercice du droit de préemption. Par suite, la société CGIM n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit en l'absence de projet justifiant l'exercice du droit de préemption urbain.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que la requête de la société CGIM doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SPLA Pays d'Aix Territoires, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SARL CGIM demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme demandée au même titre par la métropole Aix Marseille Provence, qui n'a pas la qualité de partie à l'instance. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société CGIM une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par la SPLA Pays d'Aix Territoires.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL CGIM est rejetée.

Article 2 : La SARL CGIM versera une somme de 1 800 euros à la SPLA Pays d'Aix Territoires sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la métropole Aix-Marseille Provence tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL CGIM, à la SPLA Pays d'Aix Territoires et à la métropole d'Aix-Marseille Provence.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

M. Cabal, conseiller,

Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

P.Y. CABAL

Le président,

Signé

F. SALVAGE

La greffière,

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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