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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2107042

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2107042

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2107042
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGALISSARD ALAIN ET CHABROL BENEDICTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré enregistré le 5 août 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d'annuler l'arrêté du maire de la commune d'Aubagne du 8 avril 2021 en ce qu'il porte délivrance à Mme D A et M. C B d'un permis de construire une maison individuelle de 149 mètres carrés, sur un terrain situé 1050 chemin de Fenestrelle à Aubagne.

Il soutient que le permis de construire, situé sur un terrain classé en zone A 1, porte sur des constructions non nécessaires à l'exploitation agricole en méconnaissance du plan local d'urbanisme de la commune d'Aubagne.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2021, Mme D A et M. C B, représentés par Me Galissard, concluent au rejet du déféré et à la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la construction de la maison individuelle est nécessaire au regard de la nature et des besoins de leur exploitation agricole.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, la commune d'Aubagne, représentée par Me Caviglioli, conclut au rejet du déféré et à la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens présentés par le préfet des Bouches-du-Rhône ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Caviglioli, représentant la commune d'Aubagne.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 8 avril 2021, le maire de la commune d'Aubagne a délivré à Mme D A et M. C B un permis de construire une maison individuelle de 149 m2, une remise fermée et un hangar ouvert de 171 m2 de surface totale sur un terrain situé 1050 chemin de Fenestrelle à Aubagne. Par le présent déféré, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 avril 2021 en tant qu'il porte permis de construire une maison individuelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 151-23 du code de l'urbanisme : " Peuvent être autorisées, en zone A : / 1° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; / 2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L. 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci ". Aux termes de l'article 2 de la zone A du plan local d'urbanisme : " Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole à condition qu'elles soient implantées sous forme de regroupement des bâtiments d'exploitation (). / Les constructions à destination d'habitation à condition qu'elles soient nécessaires à l'exploitation agricole () ".

3. Pour vérifier que la construction ou l'installation projetée est nécessaire à une exploitation agricole, l'autorité administrative compétente doit s'assurer au préalable, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la réalité de l'exploitation agricole ou forestière, au sens de ces dispositions, laquelle est caractérisée par l'exercice effectif d'une activité agricole ou forestière d'une consistance suffisante. Ce lien de nécessité, qui doit faire l'objet d'un examen au cas par cas, s'apprécie entre, d'une part, la nature et le fonctionnement des activités de l'exploitation agricole et, d'autre part, la destination de la construction ou de l'installation projetée.

4. Le projet objet du permis déféré consiste en la construction d'une maison d'habitation en R+1 de 149 m2, d'un hangar de stockage ouvert et d'une remise fermée de 171 m2, sur un terrain de 29 942 m2. L'activité en cause, dont la nature agricole n'est pas contestée, porte sur du maraîchage et une activité de pépiniériste en plants maraîchers. Si la part de l'activité de pépiniériste au sein de l'activité agricole globale des pétitionnaires a crû de manière constante entre 2017 et 2020, passant de 32,53 % à 49,82 %, il ressort des pièces du dossier que les requérants exercent également une activité agricole de maraîchage pour laquelle la stricte nécessité de leur présence permanente sur le site, et partant celle d'une maison d'habitation sur les lieux, n'apparaissent pas nécessaires. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que l'activité de pépiniériste pratiquée sous le label " agriculture biologique " nécessite une gestion attentive des aléas météorologiques, notamment de l'aération et de la température des serres, et implique plusieurs interventions par jour, il n'apparaît pas que ces interventions, dont le nombre n'est au demeurant ni précisé ni justifié, ne pourraient pas être programmées, au moins pour certaines, ni que les interventions non programmées devraient nécessairement intervenir sans délai, ni enfin que la fréquence de ces dernières rende indispensable la présence permanente de l'exploitant sur place. A supposer qu'existe effectivement un risque de vols et d'incivilités, il n'est ni établi ni même allégué qu'il ne pourrait être prévenu que par la seule présence de l'exploitant sur le site. Aussi, alors même que la commission du conseil pour l'Habitat agricole en Méditerranée Provence a émis un avis favorable le 5 janvier 2021 à la demande de permis de construire en litige, le préfet des Bouches-du-Rhône est fondé, pour les motifs exposés ci-dessus, à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il autorise la construction d'une maison d'habitation de 149 m2.

Sur les frais liés au litige :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

6. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que Mme A, M. B et la commune d'Aubagne demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune d'Aubagne du 8 avril 2021 est annulé en tant qu'il porte permis de construire une maison individuelle.

Article 2 : Les conclusions présentées par Mme A et M. B tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune d'Aubagne tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au préfet des Bouches-du-Rhône, à Mme D A et M. C B, et à la commune d'Aubagne.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Coppin, première conseillère,

Mme Arniaud, première conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Arniaud

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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