mercredi 24 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2107085 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | REYNAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 août 2021, M. C A D, représenté par Me Reynaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 juin 2021 par laquelle le maire de la ville de Marseille a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de la pathologie dont il souffre ;
2°) d'enjoindre à la ville de Marseille, à titre principal, de reconnaitre l'imputabilité de sa maladie au service ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la ville de Marseille la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision en litige ;
- la décision du 7 juin 2021 est insuffisamment motivée en fait en ce que l'administration se borne à faire référence à l'avis de la commission de réforme, sans même le joindre à la décision attaquée ;
- en l'absence de production de l'avis de la commission de réforme du 6 mai 2021, il n'est pas justifié de la régularité de la consultation de cette instance ;
- en estimant que l'affection dont il souffre ne relève pas du tableau des maladies professionnelles, l'administration a méconnu les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ;
- ses conditions de travail et d'occupation de son logement dont la ville est propriétaire étant en lien direct avec sa pathologie, la décision refusant de reconnaitre sa maladie imputable au service est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2021, la ville de Marseille conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A D ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, par une lettre du 13 mars 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, dès lors que les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 n'étaient pas applicables à la situation du requérant, dont la pathologie est apparue antérieurement à la date d'entrée en vigueur du décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale.
Des réponses à cette communication, présentées pour M. A D et la ville de Marseille ont été respectivement enregistrées les 18 et 20 mars 2024 et communiquées.
La ville de Marseille fait valoir que :
- les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 étaient applicables à la situation de M. A D ;
- à supposer que ces dispositions n'étaient pas applicables, il y a lieu de substituer, aux dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;
- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaspard-Truc,
- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,
- et les observations de Mme B, pour la ville de Marseille.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, adjoint territorial du patrimoine principal de 1ère classe, exerçait les fonctions de surveillant des parcs et jardins à la ville de Marseille avant sa mise à la retraite le 1er avril 2019. Souffrant de troubles respiratoires persistants depuis 2014, l'intéressé a subi une lobectomie du fait d'une lésion du lobe supérieur gauche, réalisée en juillet 2014. Estimant que sa pathologie était due à une exposition à l'amiante au cours de ses précédentes fonctions de chaudronnier-soudeur, il a sollicité, le 15 novembre 2019, la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie. A la suite de l'avis défavorable émis le 6 mai 2021 par la commission départementale de réforme, le maire de Marseille a, par décision du 7 juin 2021, refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie. M. A D demande l'annulation de la décision du 7 juin 2021.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 7 juin 2021 portant refus de reconnaissance de la maladie professionnelle :
2. D'une part, aux termes de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique qui a institué un " congé pour invalidité temporaire imputable au service " en insérant dans la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable, un article 21 bis : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. () IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. () / VI. - Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités du congé pour invalidité temporaire imputable au service mentionné au premier alinéa et détermine ses effets sur la situation administrative des fonctionnaires. Il fixe également les obligations auxquelles les fonctionnaires demandant le bénéfice de ce congé sont tenus de se soumettre en vue, d'une part, de l'octroi ou du maintien du congé et, d'autre part, du rétablissement de leur santé, sous peine de voir réduire ou supprimer le traitement qui leur avait été conservé ". L'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 a aussi, en conséquence de l'institution du congé pour invalidité temporaire imputable au service à l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, modifié l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 applicable au litige.
3. L'application de ces dispositions résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 était manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant, notamment, les conditions de procédure applicables à l'octroi de ce nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service. Les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ne sont donc entrées en vigueur, en tant qu'elles concernent la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale, soit le 13 avril 2019, et ne s'appliquent aux situations en cours que sous réserve du respect des exigences attachées au principe de non-rétroactivité qui exclut que de nouvelles dispositions s'appliquent à des situations juridiquement constituées avant leur entrée en vigueur. Les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie a été diagnostiquée.
4. D'autre part, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () ".
5. Une maladie contractée par un fonctionnaire en lien direct avec l'exercice de ses fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de cette maladie doit être regardée comme imputable au service, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
6. Il ressort de ses termes mêmes que la décision litigieuse vise à la fois l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 et l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, et a retenu que la période d'exposition au risque ne permettait pas d'établir le lien entre la pathologie constatée et l'activité professionnelle et que la maladie professionnelle n° 30 bis n'était pas reconnue imputable au service.
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la pathologie dont souffre M. A D a été diagnostiquée en juillet 2014. Dès lors, les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ne peuvent, en vertu des principes énoncés au point 4, s'appliquer à la situation juridique du requérant qui s'est constituée avant leur entrée en vigueur. Seules les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 étaient applicables à la situation de M. A D. Ainsi, la décision litigieuse, dont la ville de Marseille indique qu'elle a été prise au regard des critères posés au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, et non pas au regard des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, a méconnu le champ d'application de la loi.
8. . D'autre part, si la ville de Marseille sollicite une substitution de base légale, sur le fondement des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, applicables à la situation du requérant, la situation de celui-ci ne pouvait être appréciée au regard de la désignation de sa maladie dans un tableau des maladies professionnelles, dès lors qu'aucune disposition ne rend applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale qui demandent le bénéfice des dispositions combinées du 2° de cet article 57 et de l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, les dispositions de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale instituant une présomption d'origine professionnelle pour toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans des conditions mentionnées à ce tableau. Il en résulte que la reconnaissance de l'imputabilité au service d'une maladie au sens des dispositions combinées des articles 57 de la loi du 26 janvier 1984 et L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite n'est pas subordonnée à l'inscription de cette maladie sur les tableaux précités. Or, la ville de Marseille s'est exclusivement fondée, pour rejeter la demande d'imputabilité au service de la pathologie déclarée par M. A D, sur l'absence de réunion des critères fixés par le tableau n° 30 bis des maladies professionnelles, plus particulièrement s'agissant de la durée d'exposition à l'amiante, et non sur l'appréciation du lien avec le service dans les conditions rappelées au point 5, étant précisé que la commission de réforme, lors de sa séance du 6 mai 2021, s'est également seulement prononcée au regard du tableau des maladies professionnelles et non sur un tel lien. Il en résulte que, alors que la décision contestée n'aurait pu être prise sur le fondement sollicité en vertu du même pouvoir d'appréciation, la demande de substitution de base légale sollicitée doit être rejetée.
9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision du 7 juin 2021, M. A D est fondé à demander l'annulation de celle-ci.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre à la ville de Marseille de réexaminer la demande d'imputabilité au service de la pathologie dont souffre M. A D au regard des dispositions applicables de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la ville de Marseille la somme de 1 500 euros à verser au requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 7 juin 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la ville de Marseille de réexaminer la demande d'imputabilité au service de la pathologie de M. A D dans un délai de deux mois.
Article 3 : La ville de Marseille versera à M. A D la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A D et à la ville de Marseille.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère.
Assistées de Mme Faure, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
F. Gaspard-Truc
La présidente,
Signé
K. Jorda-Lecroq
La greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026