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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2107099

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2107099

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2107099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBRUGGIAMOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 août 2021, M. A, représenté par Me Bruggiamosca, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 21 juin 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de rétablir à son profit les conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au rétablissement des conditions matérielles d'accueil à son profit, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Bruggiamosca sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle ne donne aucune précision quant au motif pour lequel M. A ne peut bénéficier des conditions matérielles d'accueil ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation de sa situation de vulnérabilité.

Une mise en demeure a été adressée à l'OFII le 24 mars 2022.

Par une ordonnance du 5 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 juin 2022.

Le mémoire en défense de l'OFII, enregistré le 27 juillet 2023, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 septembre 2023 :

- le rapport de Mme Devictor ;

- les conclusions de Mme Dyèvre, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité sierra-léonaise, a sollicité l'asile le 30 octobre 2017. Sa demande a été enregistrée en procédure dite Dublin et il a, à compter du même jour, bénéficié des conditions matérielles d'accueil réservées aux demandeurs d'asile. Le 19 décembre 2018, l'OFII a suspendu ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités. Par courrier du 27 mai 2021, M. A a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 21 juin 2021, dont M. A demande au tribunal l'annulation, l'OFII a refusé de faire droit à sa demande.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas

d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la

juridiction compétente ou son président () ".

3. Il n'y a pas lieu, en l'absence d'urgence, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

5. Les décisions de refus de rétablissement des conditions matérielle d'accueil sont au nombre de celles qui refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir au sens des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, et doivent être, par suite, motivées en application de cette loi.

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil se borne à mentionner que M. A n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités chargées de l'asile sans autre précision. Pour rejeter la demande formée par l'intéressé d'être rétabli dans ses droits, l'OFII s'est fondé, dans la décision du 21 juin 2021 attaquée, sur le motif tiré de ce que les circonstances invoquées par ce dernier ne justifiaient pas des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté les exigences auxquelles il avait consenti lors de l'acception de l'offre de prise en charge. Si M. A a fait valoir, dans son courrier du 27 mai 2021 adressé à l'OFII, que ses conditions matérielle d'accueil avaient été suspendues en mars 2019 après avoir été placé en fuite, il apparait que l'OFII les avait suspendues dès décembre 2018. En l'absence de mention des circonstances dans lesquelles M. A aurait manqué aux exigences des autorités de l'asile, ce dernier n'a pas été mis en mesure de se justifier. Ainsi, en s'abstenant de préciser les éléments de fait qui sont à la base de sa décision, l'OFII n'a pas satisfait aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 21 juin 2021 par laquelle l'OFII a refusé de rétablir à son profit les conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au moyen d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre à l'OFII de réexaminer la situation de M. A dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Bruggiamosca, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 1 200 euros à Me Claire Bruggiamosca au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 21 juin 2021 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer la situation de M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve que Me Bruggiamosca renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera une somme de 1 200 euros à Me Claire Bruggiamosca, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Claire Bruggiamosca et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Devictor, première conseillère.

Mme Charbit, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

É. Devictor

Le président,

Signé

P-Y. GonneauLa greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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