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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2107133

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2107133

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2107133
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBATAILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 août 2021, M. B C, représenté par Me Bataillé, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 juin 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'annuler la décision du 2 juillet 2021 par laquelle l'OFII a refusé de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de lui attribuer un hébergement au titre de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de procéder au rétablissement de l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'OFII de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation révélant un défaut d'examen de sa situation ;

- la décision du 21 juin 2021 est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'OFII ne justifie pas l'avoir informé dans une langue qu'il comprend et mis en mesure de produire ses observations préalablement à son intervention, en méconnaissance des articles L. 551-16 et D. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit dès lors que le refus de proposition d'hébergement ne peut constituer un motif de cessation des conditions matérielles d'accueil ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont disproportionnées, en ce qui concerne le versement de l'allocation pour demandeur d'asile, au regard de sa situation économique et de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 août 2021.

Par une ordonnance du 24 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 juillet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés

fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 novembre 2022 :

- le rapport de Mme A ;

- les conclusions de M. Grimmaud, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant nigérian, déclare être entré en France le 9 octobre 2020. Sa demande d'asile a été enregistrée en procédure dite Dublin le 3 novembre 2020 et il a, à compter du 4 novembre 2020, bénéficié des conditions matérielles d'accueil réservées aux demandeurs d'asile. Par courrier du 31 mai 2021, l'OFII l'a informé de son intention de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 21 juin 2021, l'OFII a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil. Le requérant a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil le 2 juillet 2021, demande qui a été rejetée par l'OFII le même jour. M. C demande au tribunal d'annuler les décisions du 21 juin 2021 et du 2 juillet 2021.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas

d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la

juridiction compétente ou son président () ".

3. Il n'y a pas lieu, en l'absence d'urgence, d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 juin 2021 :

4. En premier lieu, la décision du 21 juin 2021 précise les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, l'OFII n'ayant pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, et notamment son état de santé. Elle mentionne notamment que M. C a refusé une proposition d'hébergement le 31 mai 2021. Elle est ainsi suffisamment motivée et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des mentions de la décision en litige, ni des autres pièces du dossier, que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen de la situation particulière du requérant avant de prendre la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ". Aux termes de l'article D. 551-16 de ce code : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 551-9 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qu'il y soit mis fin dans les conditions prévues par les articles L. 551-15, L. 551-16 et D. 551-17 à R. 551-23. ". Aux termes de l'article R. 551-23 de ce code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire de l'offre de prise en charge de l'OFII, que M. C a été informé le 4 novembre 2020, dans une langue qu'il comprend, des éléments qui devaient être portés à sa connaissance suivant les dispositions précitées, notamment de la possibilité de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. ".

9. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 31 mai 2021, réceptionné le 8 juin 2021, l'OFII a informé le requérant de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil et l'a invité à lui faire part de ses observations dans un délai de quinze jours. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 551-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A défaut de présentation du demandeur dans le délai de cinq jours, mentionné à l'article R. 551-3, il peut être mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, en application de l'article L. 551-16. ".

11. M. C produit un certificat médical, daté du 24 juin 2021, indiquant qu'il souffre de problème de santé " ayant nécessité une prise en charge et des traitements médicamenteux pourvoyeurs d'effets secondaires justifiant le repos et son impossibilité à se manifester en date et heure à l'OFII pour acter la proposition de logement faite ". Il résulte toutefois de l'instruction et notamment d'un courrier électronique du 31 mai 2021 adressé par le service de premier accueil des demandeurs d'asile à l'OFII que le requérant aurait " refus[é] catégoriquement l'orientation sur Martigues " en raison de problèmes médicaux et du fait qu'il ne peut changer de médecin. En outre, il résulte de l'instruction que le requérant a adressé aux services de l'OFII, le 15 juin 2021, des pièces médicales justifiant de son état de santé, qui ont été examinées par un médecin de l'Office, lequel a estimé que son état de santé ne faisait pas obstacle à ce qu'il réside à Martigues. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas refusé le lieu d'hébergement que l'OFII lui proposait à Martigues et qu'il ne s'y serait pas présenté dans le délai requis, en méconnaissance des dispositions précitées. Dès lors, la décision attaquée n'est entachée ni d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

13. La décision attaquée n'emporte aucune conséquence sur le droit de M. C à mener une vie privée et familiale dès lors que ce dernier a déclaré être célibataire et sans enfant. Par suite, l'OFII n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant à mener une vie privée et familiale normale et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant la décision attaquée.

14. M. C ne justifie pas, par le certificat médical daté du 24 juin 2021, que la décision attaquée aurait pour conséquence de mettre fin au suivi médical dont il fait l'objet ou d'aggraver son état de santé. Dans ces conditions, alors que l'intéressé n'a pas de charge de famille, ses seules allégations relatives à une précarité matérielle évidente, sans autres précisions, ne sont pas propres à faire regarder la décision comme étant entachée d'une erreur d'appréciation de sa vulnérabilité.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 2 juillet 2021 :

15. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, précisant les raisons pour lesquelles l'OFII a considéré que les motifs invoqués par le requérant ainsi que sa situation personnelle et familiale ne permettaient pas de rétablir ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".

17. Le requérant n'établit pas, ainsi qu'il a été dit, ne pas avoir refusé la proposition d'hébergement à Martigues et ne produit aucun élément permettant d'établir que son état de santé lui interdirait d'y résider, alors même que le médecin de l'OFII a estimé que rien n'y faisait obstacle. Il ne justifie pas d'une situation de vulnérabilité telle qu'elle exigerait le rétablissement immédiat de ses droits. Par suite, la décision attaquée n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation.

18. Pour le même motif qu'exposé au point 13, la décision attaquée ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C contre les décisions de l'OFII du 21 juin 2021 et du 2 juillet 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. C n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Bataillé et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Fabre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. A

Le président,

Signé

P-Y. GonneauLa greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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