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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2107153

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2107153

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2107153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMEZOUAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 août 2021 et le 19 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Mezouar, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 26 septembre 2020 par laquelle le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-de-Haute-Provence de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet des Alpes-de-Haute-Provence de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée, le préfet n'ayant pas répondu à sa demande de communication de motifs ;

- elle méconnaît l'article 7b de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6-5 de l'accord franco-algérien au regard de ses attaches familiales sur le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 novembre 2021 et le 15 février 2022, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juin 2022 :

- le rapport de Mme Pilidjian, rapporteur,

- et les observations de Me Mezouar pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 24 octobre 1962 à Alger (Algérie), a sollicité le 15 mai 2020 auprès de la préfecture des Alpes de Haute-Provence, une demande d'admission au séjour sur le fondement des articles 7b et 6-5 de l'accord franco-algérien. Sa demande a été réceptionnée le 26 mai suivant. Le silence gardé pendant quatre mois par la préfecture a fait naître une décision implicite de rejet le 26 septembre 2020, dont M. B demande l'annulation au Tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger, âgé de plus de dix-huit ans ou qui sollicite un titre de séjour en application de l'article L. 311-3, est tenu de se présenter, à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture, pour y souscrire une demande de titre de séjour du type correspondant à la catégorie à laquelle il appartient. / Toutefois, le préfet peut prescrire que les demandes de titre de séjour soient déposées au commissariat de police ou, à défaut de commissariat, à la mairie de la résidence du requérant./ Le préfet peut également prescrire : / 1° Que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ; / 2° Que les demandes de cartes de séjour prévues aux articles L. 313-7 et L. 313-27 soient déposées auprès des établissements d'enseignement ayant souscrit à cet effet une convention avec l'Etat () ". D'autre part, aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet " et aux termes de l'article R. 311-12-1 du même code : " La décision implicite mentionnée au R 311-12 naît au terme d'un délai de 4 mois. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Et aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. / Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence de communication des motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

4. Il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour de M. B, formulée dans un courrier du 15 mai 2020, a été reçue en préfecture le 26 mai suivant. Une décision implicite de rejet est donc née le 26 septembre 2020. Par un courrier adressé le 5 mai 2021, réceptionné par les services de la préfecture le 7 mai suivant, le requérant a demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, intervenue le 26 septembre 2020. Il n'est pas contesté qu'aucune suite n'a été donnée à la demande de M. B, notamment dans le délai d'un mois prévu à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration précité. Par suite, la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".

7. Le présent jugement, eu égard à ces motifs, implique seulement que le préfet des Alpes de Haute-Provence, procède à un réexamen de la demande de M. B. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder, dans un délai qu'il convient de fixer à un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite du 26 septembre 2020 du préfet des Alpes-de-Haute-Provence est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-de-Haute-Provence de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-de-Haute-Provence.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Haïli, premier conseiller faisant fonction de président,

Mme Beyrend, premier conseiller,

Mme Pilidjian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

H. PILIDJIANLe président,

signé

X. HAÏLI

La greffière,

signé

C. CHARLOIS

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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