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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2107218

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2107218

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2107218
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGONAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 août 2021, M. C B, représenté par Me Gonand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2020 par laquelle le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, ainsi que la décision du 14 juin 2021 par laquelle le préfet a refusé de retirer cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-de-Haute-Provence de faire droit à sa demande de regroupement familial dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité de l'arrêté du 23 janvier 2020 :

- l'auteur de cet arrêté est incompétent ;

Sur la légalité de la décision du 14 juin 2021 :

- l'auteur de cette décision est incompétent ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet ne pouvant lui opposer son comportement contraire aux principes fondamentaux reconnus par les lois de la République ;

- son comportement ne porte pas atteinte aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil dès lors que les faits pour lesquels il a été condamné sont anciens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2021, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique du 21 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 1er janvier 1946, est titulaire d'une carte de résident valable du 17 février 2018 au 16 février 2028. Le 13 mai 2019, il a présenté une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, Mme E A. Par un arrêté du 23 janvier 2020 le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a refusé de faire droit à sa demande. M. B a introduit un recours gracieux le 14 mars 2020. Le 14 juin 2021, le préfet a expressément rejeté son recours gracieux. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2020 et la décision du 14 juin 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 23 janvier 2020 :

2. Par un arrêté du 16 janvier 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 17 janvier 2019, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a donné délégation à M. Amaury Decludt, secrétaire général de la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence, à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions concernant l'exercice des attributions du représentant de l'État dans le département. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ne peut, par suite, qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision du 14 juin 2021 :

3. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de l'article L. 411-5 du même code : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : () 3° Le demandeur ne se conforme pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ".

4. Ainsi que l'a rappelé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2006-539 rendue le 20 juillet 2006, il ressort des travaux parlementaires qu'en prévoyant que le regroupement familial pourra être refusé au demandeur qui ne se conforme pas aux "principes fondamentaux reconnus par les lois de la République", le législateur a entendu se référer aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil.

5. Au regard de cette réserve d'interprétation formulée par le Conseil constitutionnel, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a entaché sa décision d'une erreur de droit en se référant aux " principes fondamentaux reconnus par les lois de la République ", et non aux " principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ".

6. Il résulte que ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre la décision du 14 juin 2021, M. B est fondé à demander l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet des Alpes-de-Haute-Provence procède au réexamen de la demande de M. B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-de-Haute-Provence de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 14 juin 2021 du préfet des Alpes-de-Haute-Provence est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-de-Haute-Provence de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Alpes-de-Haute-Provence.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Haïli, premier conseiller faisant fonction de président,

Mme Beyrend, premier conseiller,

Mme Pilidjian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

H. DLe président,

signé

X. HAÏLI

La greffière,

signé

C. CHARLOIS

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière

La greffière,

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