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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2107253

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2107253

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2107253
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP CABINET ROSENFELD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2021, M. E B et Mme A D, représentés par Me Susini, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2021 par lequel la maire de la commune d'Aix-en-Provence, annulant et remplaçant une précédente décision datant du 18 décembre 2020, ne s'est pas opposée à la déclaration préalable présentée par la société Lamarche tendant à la division en deux lots à bâtir A et B d'une propriété d'une contenance globale de 18 445 m² composée des parcelles cadastrée section HA n° 0029, 0030, 0031, 0176, 0341, 0497, 0535 et 0536, ainsi que le rejet tacite du recours gracieux formé contre cette décision ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice.

Ils soutiennent que :

- ils sont recevables à agir contre la décision en litige ;

- sauf si la commune justifie d'une délégation exécutoire donnée au signataire de la décision, celle-ci a été signée d'une personne incompétente ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UD3 du règlement du PLU relatives aux accès et à la desserte du projet et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît l'article UD11 du règlement du PLU.

Par un mémoire, enregistré le 17 janvier 2022, la société civile Lamarche, représentée par Me Rosenfeld, conclut :

- à titre principal au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire au sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;

- à titre très subsidiaire à l'application de l'article L. 600-5 du même code ;

- en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre des frais de l'instance.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2022, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Andreani, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre des frais de l'instance.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Busidan, première conseillère,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Susini pour les requérants, Me Tosi pour la commune d'Aix-en-Provence et Me Cagnol pour la SC Lamarche.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 9 mars 2021, annulant et remplaçant une précédente décision datant du 18 décembre 2020, la maire d'Aix-en-Provence ne s'est pas opposée à la déclaration préalable, déposée le 10 novembre 2020 et complétée le 20 novembre 2020 par la société Lamarche, tendant à la division en deux lots, le lot A à bâtir d'une superficie de 6 120 m² et le lot B déjà bâti d'une superficie de 12 325 m², d'une propriété d'une contenance globale de 18 445 m² composée des parcelles cadastrée section HA n° 0029, 0030, 0176, 0535 et 0536. M. B et Mme D demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour () se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et () à des membres du conseil municipal ". D'autre part, l'article L. 2131-1 du même code, dans sa rédaction applicable en l'espèce, dispose : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () ", l'article L. 2131-2 indiquant, dans sa rédaction applicable : " Sont soumis aux dispositions de l'article L. 2131-1 les actes suivants : ()3° Les actes à caractère réglementaire pris par les autorités communales dans tous les autres domaines qui relèvent de leur compétence en application de la loi ;() ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le signataire de l'arrêté en litige, M. C, adjoint au maire délégué à l'urbanisme et à l'aménagement du territoire, a été habilité, par une délégation de la maire d'Aix-en-Provence, qui est un acte réglementaire et n'est pas trop générale, à prendre, notamment, les arrêtés relatifs aux déclarations préalables, aux termes d'un arrêté n° A-2020-1247 du 20 juillet 2020, transmis en préfecture le 29 juillet 2020 et affiché en mairie du 30 juillet au 29 août 2020. Alors que la qualité d'adjoint à l'urbanisme de M. C est clairement mentionnée sur l'arrêté en litige, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article UD3 du règlement du plan local d'urbanisme, dans son paragraphe 1 relatif aux accès, dispose : " Les accès doivent être adaptés aux usages et aux besoins de l'opération, de la construction ou de l'aménagement desservi, notamment en termes d'entrecroisement des véhicules, ainsi qu'au trafic sur la voie de desserte.// Les accès ne doivent pas présenter de risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès, notamment au regard de la position et de la configuration des accès, de la présence d'un espace d'attente devant le portail, ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic.// () / Lorsqu'un terrain est desservi par plusieurs voies publiques, l'accès peut être imposé sur la voie sur laquelle la gêne pour la circulation est la moindre ".

5. Il ressort du plan de division des deux lots versé au dossier que l'impasse Monique Lavison constituera la voie de desserte des projets susceptibles d'être autorisés sur les lots A et B définis par la décision en litige, un seul accès à partir de cette voie de desserte étant prévu sur le lot A pour ces deux lots, au niveau du premier tiers de ladite impasse. La limite de propriété entre le lot A défini par la division en litige et la voie publique n'ayant pas nécessairement vocation à constituer l'accès aux projets susceptibles d'être autorisés sur ce lot, qui peut être matériellement conçu en retrait de cette limite de propriété, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les dispositions précitées en ce qu'il autoriserait un accès dangereux, car situé à un mètre de celui de leur propre unité foncière.

6. Par ailleurs, les requérants doivent être regardés comme soutenant que l'unité foncière objet de la division en litige étant desservie par trois voies publiques, l'accès aux deux lots créés ne peut légalement se situer sur la seule voie Monique Lavison, qui ne présente pas une gêne moindre pour la circulation. Cependant, d'une part les requérants ne donnent aucune information sur les caractéristiques des deux autres voies, qui seraient susceptibles d'établir que l'accès aux lots à partir de l'une d'elles présenterait une gêne moindre que celui décidé sur la voie Monique Lavison. D'autre part, comme l'indiquent les requérants eux-mêmes, il ressort des pièces du dossier que la voie Monique Lavison, sur laquelle la vitesse est limitée à 30 km/h, présente une largeur de chaussée de 5 mètres et qu'elle est longée, sur un côté, par un trottoir abaissé de 2 mètres de large environ et protégé d'un stationnement sauvage par des potelets, et de l'autre côté par un trottoir abaissé non protégé d'une soixantaine de centimètres. Même si cette voie, en impasse après l'accès contesté par les requérants, dessert actuellement moins d'une dizaine de maisons et qu'elle ne permet l'entrecroisement des véhicules automobiles qu'à vitesse réduite, il ne ressort pas des caractéristiques précitées que l'accès qu'elle permet aux lots créés méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article UD3.

7. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées aux deux points précédents, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prenant la décision en litige qui prévoit l'accès sus-évoqué, la maire d'Aix-en-Provence aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des exigences de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme qui dispose : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

8. En quatrième lieu, l'article UD11 du règlement du PLU, relatif à l'aspect extérieur des constructions, dispose en son point 2 : " Les projets doivent être adaptés à la topographie du terrain, à son orientation, aux lignes de force du paysage (alignement des constructions, parcellaire, composition végétale, allée d'arbres), à sa situation par rapport aux voies de desserte.// Pour être adaptés à la topographie du terrain, les projets doivent épouser au plus près le relief existant en limitant leur impact sur le terrain naturel et la différence d'altitude entre le terrain naturel et le terrain aménagé ".

9. Comme l'indiquent les requérants, il ressort des pièces du dossier qu'un talus arboré borde le lot A défini par la décision en litige. Cependant, cette dernière se borne, comme il a été dit au point 5, à situer l'emplacement de l'accès par rapport à la voie publique mais ne définit pas les modalités de cet accès, ni par suite l'impact que cet accès sera susceptible d'avoir sur le talus. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas établi par les pièces versées au dossier que la commune d'Aix-en-Provence aurait décidé d'une protection particulière de ce talus, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en ne s'opposant pas à la division en litige, la maire d'Aix-en-Provence aurait méconnu les dispositions précitées.

10. Il résulte de ce qui de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Aix-en-Provence, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Aix-en-Provence, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions précitées, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B et Mme D une quelconque somme au titre de ces mêmes frais.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B et Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Aix-en-Provence et par la société Lamarche au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et Mme A D, à la société civile Lamarche et à la commune d'Aix-en-Provence.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hogedez, présidente,

- Mme Busidan, première conseillère,

- Mme Ridings, conseillère,

assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

H. BusidanLa présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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