vendredi 10 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2107279 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | THUAN DIT DIEUDONNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 août 2021, Mme A C, représentée par Me Thuan dit F, demande :
1°) l'annulation de l'arrêté du 16 juin 2021 par lequel le garde des sceaux, ministre de la justice, a prononcé sa révocation à titre disciplinaire ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de la réintégrer dans ses fonctions de surveillante pénitentiaire ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser, du fait de l'illégalité fautive de l'arrêté en litige :
- une somme de 2 000 euros par mois jusqu'à la décision de réintégration, au titre de son préjudice matériel ;
- une somme de 5 000 euros au titre de son préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- la décision attaquée est entachée du vice d'incompétence de son auteur ;
- les dispositions de l'article 20 du code de déontologie du service public pénitentiaire, qui prévoient pour le personnel une interdiction de tout contact ou relation avec un ancien détenu placé par décision de justice sous l'autorité ou le contrôle de l'établissement ou du service dont il relève pendant cinq ans, porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et violent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la sanction de révocation prononcée à son encontre est disproportionnée compte tenu des faits qui lui sont reprochés, du fait qu'elle n'a jamais été sanctionnée auparavant et qu'elle a toujours donné satisfaction à son employeur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions indemnitaires ne sont pas recevables en l'absence de justification d'une demande préalable indemnitaire ;
- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;
- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;
- le décret n° 2010-1711 du 30 décembre 2010 portant code de déontologie du service public pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Brossier,
- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public,
- les observations de Me Colleville substituant Me Thuan dit F, pour la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C a exercé les fonctions de surveillante-stagiaire au centre de détention de Saint-Etienne La Talaudière entre les mois de juin 2017 et août 2019. Au cours de cette période, elle a été en contact avec un détenu, M. B E, affecté au même centre entre les mois de mars 2017 et août 2018. Le 11 juin 2020, elle a obtenu un permis de visite de ce détenu au centre d'Aix-Luynes. Par un arrêté en date du 16 juin 2021, le ministre de la justice a prononcé la sanction de révocation à l'encontre de Mme C, par manquement à ses obligations professionnelles, pour avoir entretenu avec une personne détenue des relations non justifiées par les nécessités du service. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cette décision et forme des conclusions accessoires aux fins de réintégration par voie d'injonction et d'indemnisation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 susvisé relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () 2° Les () sous-directeurs (). ".
3. L'arrêté du 16 juin 2021 prononçant la révocation de Mme C est signé par M. D, administrateur civil hors classe, nommé sous-directeur des ressources humaines et des relations sociales au sein de l'administration de la direction de l'administration pénitentiaire pour une durée d'un an à compter du 23 septembre 2019 par un arrêté du 13 septembre 2019 régulièrement publié au journal officiel de la République française, et renouvelé pour une durée de deux à compter du 23 septembre 2020 par un nouvel arrêté du 26 août 2020, lui aussi régulièrement publié et produit en défense par le ministre. Par suite, M. D était compétent pour édicter l'arrêté en litige.
4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
5. Aux termes de l'article D. 221 du code de procédure pénale, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Les membres du personnel pénitentiaire et les personnes remplissant une mission dans l'établissement pénitentiaire ne peuvent entretenir avec les personnes placées ou ayant été placées par décision de justice sous l'autorité ou le contrôle de l'établissement ou du service dont ils relèvent, ainsi qu'avec leurs parents ou amis, des relations qui ne seraient pas justifiées par les nécessités de leurs fonctions ". Aux termes de l'article 20 du décret de 2010 portant code de déontologie du service public pénitentiaire : " I. - Le personnel de l'administration pénitentiaire ne peut entretenir sciemment avec des personnes placées par décision de justice sous l'autorité ou le contrôle de l'établissement ou du service dont il relève, ainsi qu'avec les membres de leur famille ou leurs amis, de relations qui ne seraient pas justifiées par les nécessités du service. / II. - Cette interdiction demeure pendant une période de cinq années à compter de la fin de l'exercice de ladite autorité ou dudit contrôle matérialisée par : / 1° La cessation des fonctions au sein de l'établissement ou du service du personnel ; / 2° Le transfèrement dans un autre établissement ou service de la personne détenue ; / 3° La levée d'écrou de la personne détenue ".
6. L'interdiction, pour les membres du personnel pénitentiaire et les personnes remplissant une mission dans l'établissement pénitentiaire, d'entretenir avec les personnes détenues, leurs parents ou amis, des relations qui ne seraient pas justifiées par les nécessités de leur mission répond à des impératifs tenant à la sécurité à l'intérieur de l'établissement et à l'égalité de traitement entre les personnes détenues ainsi qu'à la nécessité de protéger les droits et libertés de la personne détenue, placée, lorsqu'elle est en détention, dans une situation de vulnérabilité vis-à-vis des personnes concourant au service public pénitentiaire. Une telle interdiction ne saurait toutefois être étendue indéfiniment sans limitation de durée, sous peine d'imposer des sujétions excessives au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il ressort des termes mêmes de l'article 20 du décret précité que l'interdiction à laquelle est astreint le personnel de l'administration pénitentiaire est limitée à une durée de cinq années à partir d'une échéance spécifique correspondant à l'arrêt de la subordination du détenu au personnel pénitentiaire. Cette limitation dans le temps de l'interdiction, matérialisée par la modification substantielle du décret en 2016, est intervenue précisément pour pallier aux sujétions excessives pesant sur le droit au respect de la vie privée et familiale des agents pénitentiaires. La requérante n'est pas fondée à soutenir que cette limitation de cinq années serait excessive au regard des exigences des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu des impératifs tenant à la sécurité à l'intérieur des établissements pénitentiaires.
8. En troisième lieu et dernier lieu, aux termes de l'article 29 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale () ". L'article 66 de la loi du n° 84-16 du 11 janvier 1984 dispose que : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. () Quatrième groupe : - la mise à la retraite d'office ; - la révocation. ".
9. Aux termes de l'article D. 221 du code de procédure pénale, en vigueur à la date de la décision attaquée, déjà cité : " Les membres du personnel pénitentiaire () ". Aux termes de l'article 7 du décret n° 2010-1711 du 30 décembre 2010 : " Le personnel de l'administration pénitentiaire est loyal envers les institutions républicaines. Il est intègre, impartial et probe. Il ne se départit de sa dignité en aucune circonstance. ". Aux termes de l'article 9 de ce décret : " Le personnel de l'administration pénitentiaire doit s'abstenir de tout acte, de tout propos ou de tout écrit qui serait de nature à porter atteinte à la sécurité et au bon ordre des établissements et services et doit remplir ses fonctions dans des conditions telles que celles-ci ne puissent préjudicier à la bonne exécution des missions dévolues au service public pénitentiaire. ". Enfin, aux termes de l'article 20 dudit décret, déjà cité : " I. - Le personnel de l'administration pénitentiaire () ".
10. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis, constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
11. Mme C soutient qu'elle n'a été affectée dans le même centre de détention que M. E qu'entre les mois de juin 2017 à août 2018, que l'administration n'apporte aucun élément de preuve tangible sur l'existence d'une relation entre eux, qu'elle a seulement sollicité un permis de visite pour accompagner sa sœur, amie de M. E, et que dans ces conditions, la sanction disciplinaire de révocation est disproportionnée par rapport aux sanctions généralement prises dans des situations similaires à la sienne alors qu'elle ne fait l'objet d'aucun précédent disciplinaire au cours de sa carrière.
12. D'abord, il ressort des pièces du dossier, notamment du dossier d'enquête produit en intégralité par le ministre, que Mme C a sciemment entretenu des relations injustifiées par l'intérêt du service avec une personne détenue, M. E, comme en atteste le contenu du rapport du délégué local du renseignement pénitentiaire daté du 17 juillet 2020 qui relate des conversations téléphoniques privées et intimes entre eux, aux propos non-équivoques. Ensuite, les circonstances qu'il a été retrouvé dans la cellule de M. E la facture téléphonique de la ligne de Mme C et que Mme C a demandé et obtenu le 11 juin 2021 un permis de visite à M. E, alors incarcéré au centre de détention d'Aix-Luynes, corroborent le faisceau d'indices permettant de démontrer l'existence d'une relation injustifiée par les nécessités de ses fonctions méconnaissant les dispositions de l'article D. 221 du code de procédure pénale et de l'article 20 du décret de 2010 précité, au regard notamment du délai de cinq ans susmentionné. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'il est également reproché à l'intéressée de minimiser la portée et les conséquences des faits reprochés, ainsi qu'en témoigne notamment la directrice adjointe au chef d'établissement au centre pénitentiaire de Marseille.
13. Il résulte de ce qui précède que les faits reprochés sont établis et constitutifs d'une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire. En l'espèce, compte tenu des fonctions mêmes de surveillante pénitentiaire de l'intéressée en milieu privatif de liberté, eu égard également à la nature des faits qui lui sont reprochés et dont elle minimise la portée, entrainant une perte de confiance auprès de sa hiérarchie et de ses collègues de travail, et nonobstant l'absence de sanction disciplinaire antérieure, le garde des Sceaux, ministre de la justice, n'a pas édicté une sanction disproportionnée en prononçant la révocation.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Les conclusions à fin d'annulation de Mme C étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
16. Mme C, n'ayant pas démontré l'illégalité fautive de l'arrêté attaqué, n'est par suite pas fondée à demander l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le ministre, les conclusions indemnitaires présentées par la requérante doivent être rejetées.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés non compris dans les dépens exposés par Mme C.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Charpy, conseillère,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
C. Charpy
Le président,
Signé
J.B. Brossier
La greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026