lundi 5 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2107325 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DESROSES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 août 2021, des pièces et des mémoires complémentaires enregistrés le 20 novembre 2021, le 29 juin 2022 et le 7 juillet 2022,
Mme C, représentée par Me Desroses, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 juillet 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Salon-de-Provence lui a infligé un blâme ;
2°) de condamner le centre hospitalier (CH) de Salon-de-Provence à lui verser une somme globale de 17 500 euros en réparation du préjudice moral et du préjudice financier qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité fautive de la décision attaquée ;
3°) de mettre à la charge du CH de Salon-de-Provence, une somme de 2 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure illégale qui méconnait le principe du contradictoire et les droits de la défense ;
- les faits de manquement qui lui sont reprochés ne sont établis par aucun élément probant et sont donc inexacts ;
- le blâme qui lui a été infligé est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est victime d'une situation de harcèlement professionnel de la part de la direction du centre hospitalier ;
- la décision attaquée méconnait le principe d'égalité entre les soignants et les résidents.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2022, le centre hospitalier de Salon-de-Provence, représenté par Me Michel, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires de la requérante sont irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable permettant de lier le contentieux ;
- le blâme qui lui a été infligé a été pris au terme d'une procédure disciplinaire respectant le principe du contradictoire et les droits de la défense, dès lors que l'intéressée a été reçue en entretien à plusieurs reprises, qu'une enquête administrative a été diligentée, que la requérante a été invitée à faire valoir ses observations, ce qu'elle a fait, et qu'elle a pu être assistée de la personne de son choix et consulter son dossier ;
- les manquements reprochés à Mme C sont établis à la fois par les plaintes de certains collègues et de la famille d'un résident, mais également par les propos de
Mme C qui reconnait la plupart des faits ;
- la mise en œuvre d'une procédure disciplinaire à l'encontre de Mme C ne traduit en aucun cas un harcèlement moral à son encontre ;
- le préjudice moral allégué par l'intéressée n'est pas établi ;
- le préjudice financier résultant de l'arrêt maladie de la requérante ne relève pas de la responsabilité du centre hospitalier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le décret du 7 novembre 1989 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Ricard, rapporteur public,
- et les observations de Me Desroses, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C aide-soignante titulaire, exerçant ses fonctions au centre hospitalier de Salon-de-Provence au service de gérontologie depuis juillet 2017, a été temporairement affectée au pôle de jour de l'établissement dans l'intérêt du service par une décision du 18 mars 2021, confirmée le 14 avril suivant. La requérante a contesté la décision du 14 avril 2021 confirmant son changement d'affectation. Après la réalisation d'une enquête administrative au sein du service, Mme C a été réaffectée au service de gérontologie, son service d'origine, à compter du 6 juillet 2021. A la suite d'une procédure disciplinaire annoncée par courrier le 17 mai 2021, Mme C a fait l'objet d'un blâme le
12 juillet 2021. C'est la décision dont Mme C demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation du blâme du 12 juillet 2021 :
2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". L'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière prévoit, dans sa version applicable au litige, que : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre
groupes : Premier groupe : L'avertissement, le blâme, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; (). ". Par ailleurs, l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " () / Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. () ". Aux termes de l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986 : " () / Le conseil de discipline est saisi par un rapport de l'autorité investie du pouvoir de nomination. Ce rapport précise les faits reprochés et les circonstances dans lesquelles ils ont été commis. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du
7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Le fonctionnaire contre lequel est engagée une procédure disciplinaire doit être informé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. Il doit être invité à prendre connaissance du rapport mentionné à l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a tout d'abord été reçue en entretien avec le directeur des soins et le cadre supérieur de santé le 12 mars 2021 sur les faits reprochés avant de faire l'objet d'une décision de changement provisoire d'affectation le temps de la réalisation d'une enquête administrative au sein de son service. Mme C a ensuite pu faire valoir ses observations dans un rapport circonstancié en date du 23 mars 2021. La requérante a été informée de l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son encontre par un courrier du 17 mai 2021 et elle a été de nouveau invitée à faire valoir ses observations tout en étant informée qu'elle pouvait consulter son dossier administratif et bénéficier de l'assistance de défenseurs de son choix. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été rendue au terme d'une procédure irrégulière doit donc être écarté.
4. Mme C soutient que les faits de comportements déplacés à l'égard de ses collègues et des résidents qui lui sont reprochés ne sont pas matériellement établis. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les doléances et la plainte de la famille d'un résident du service de gérontologie, sont bien réelles et qu'elles concordent avec les conclusions de l'enquête administrative réalisée au sein du service. Par ailleurs, les entretiens avec les autres membres de l'équipe viennent également confirmer les manquements et les écarts de comportement et de langage reprochés, notamment vis-à-vis de ce résident en particulier, mais également à l'égard d'autres membres de l'équipe soignante. Il ressort notamment du rapport disciplinaire rédigé par le directeur des ressources humaines de l'établissement le 16 juin 2021, que le comportement de Mme C a fait l'objet d'une plainte puis d'une demande de changement de service par un infirmier en novembre 2019, puis à nouveau en juin 2020 s'agissant de gestes inappropriés réalisés par l'intéressée vis-à-vis de ses collègues. Ce comportement a engendré, outre le départ d'un infirmier, une dégradation du climat social au sein du service avec l'expression de craintes de la part de certains collègues s'agissant d'éventuelles représailles. Par suite, le moyen tiré de ce que les faits reprochés seraient matériellement inexacts doit donc être écarté.
5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue, nécessairement individualisée, est proportionnée à la gravité de ces fautes.
6. Il ressort des pièces du dossier que le comportement de Mme C a fait l'objet d'une plainte d'une famille d'un résident et que l'enquête administrative diligentée par l'établissement a permis de confirmer les agissements et le comportement de la requérante, non conforme à l'égard des patients. Il ressort également des pièces du dossier que, sans avoir fait l'objet d'une procédure disciplinaire, Mme C avait déjà été reçue en entretien concernant son comportement et des gestes inappropriés à l'encontre d'un infirmier, conduisant au départ de cet agent fin 2019, et à l'encontre de ses collègues en juin 2020. Il s'ensuit que la gravité de la sanction prononcée à l'encontre de Mme C, dans les circonstances de l'espèce, n'est pas disproportionnée au regard des faits qui lui sont personnellement reprochés et de la spécificité de ses fonctions qui nécessitent bienveillance, dignité, intégrité et probité vis-à-vis d'un public de résidents âgés, dépendants et vulnérables. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. La requérante soutient que la décision attaquée résulterait d'une situation de harcèlement moral sur son lieu de travail, de la part de la famille du résident qui s'est plaint. Il ressort des pièces du dossier que le harcèlement moral allégué n'est pas établi alors même que la requérante a déposé plainte pour dénonciation calomnieuse le 15 mars 2021 à l'encontre de la fille du résident en question. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. Enfin, la requérante soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle méconnait le principe d'égalité d'une part entre les agents et d'autre part entre résidents du service. Tout d'abord le moyen tiré de l'erreur de droit du fait de la méconnaissance du principe d'égalité s'agissant d'un traitement différencié des patients, sans rapport avec le comportement de l'intéressée, doit être écarté comme inopérant. Ensuite, s'agissant de l'égalité entre agents, il ressort des pièces du dossier que plusieurs autres aides-soignants étaient visés par le rapport administratif concernant les pratiques non professionnelles, toutefois pour la requérante s'ajoute son comportement spécifique envers le résident en particulier, et aussi le fait qu'elle avait reçu un premier avertissement en 2020 suite à des gestes inappropriés vis à vis de ses collègues, et au précédent avec un infirmier ayant demandé à quitter le service, sans faire l'objet d'une procédure disciplinaire. Par suite, Mme C n'est pas fondée à invoquer une rupture d'égalité avérée dans le traitement des agents du centre hospitalier et le moyen doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de la décision du 12 juillet 2021, par laquelle le directeur du centre hospitalier de Salon-de-Provence lui a infligé un blâme, doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
10. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à solliciter l'annulation du blâme que le directeur du centre hospitalier de Salon-de-Provence lui a infligé le 12 juillet 2021. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation du fait de l'illégalité fautive de cette décision, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais du litige :
11. Il y a, lieu dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de Mme C, une somme de 800 euros au titre des frais exposés par le centre hospitalier de Salon-de-Provence et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Mme C versera une somme de 800 euros au centre hospitalier de Salon de Provence en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et au centre hospitalier de Salon-de-Provence.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Michel Laso, président,
Mme Elisa Fabre, première conseillère,
Mme Ludivine Journoud, conseillère,
Assistés de Mme Ibram, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.
La rapporteure,
signé
L. B
Le président,
signé
JM. LASOLa greffière,
signé
S. IBRAM
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en cheffe,
La greffière,
N°2107325
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026