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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2107354

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2107354

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2107354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantDARMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 et 23 août 2021, M. B A C, représenté par Me Darmon, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le titre de recette n°2242061 émis le 16 mars 2021 à son encontre par l'Assistance publique - hôpitaux de Marseille (AP-HM) ainsi que la décision du 10 juin 2021 de rejet de son recours gracieux ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 655,89 euros ;

3°) de condamner l'AP-HM à lui verser des dommages et intérêts compensant financièrement le préjudice subi ;

4°) de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire et de décharge :

- la décision de rejet de son recours gracieux n'est pas motivée et ne fait pas suite à un examen attentif de son dossier ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la créance n'est pas fondée dès lors qu'il n'a pas démissionné ni n'a été licencié pour abandon de poste alors que son contrat de travail prenait fin au 28 février 2021 ;

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

- l'AP-HM a porté atteinte à sa santé, ce qui l'oblige à verser des dommages et intérêts qui compensent financièrement le préjudice subi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, l'AP-HM conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête n'est pas motivée ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Le 11 juin 2024, les parties ont été informées de ce que, en application de l'article R.611-7 du code de justice administrative, le tribunal était susceptible de se fonder sur un moyen soulevé d'office, tiré d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'indemnisation de ses préjudices par l'AP-HM en l'absence de demande préalable et, d'autre part, de la situation de compétence liée dans laquelle l'administration se trouve pour opérer une retenue sur le traitement de M A C en raison du simple constat de l'absence de service fait.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Derollepot, rapporteur,

- les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C a été recruté le 7 décembre 2020 dans le cadre de contrats à durée déterminée en qualité de technicien de laboratoire à l'AP-HM. Le 16 mars 2021, l'AP-HM a émis à son encontre un titre exécutoire visant au recouvrement d'une créance d'un montant de 655,89 euros. Cet agent a contesté ce titre par des courriers des 25 mars, 8 et 28 mai 2021 que l'AP-HM a explicitement rejeté les 12 mai et 10 juin 2021. Par la présente requête, M. A C demande au tribunal d'annuler ce titre exécutoire ainsi que la décision explicite de rejet de son recours gracieux du 10 juin 2021 et de la décharger de l'obligation de payer cette somme.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ". Il ressort des termes de la requête que M. A C articule des moyens au soutien des conclusions qu'il présente. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par l'AP-HM et tirée de ce que la requête ne contient pas de moyen ne peut qu'être écartée.

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées.

5. Aucune demande indemnitaire préalable n'a été formée auprès de l'AP-HM pour l'indemnisation de M. A C, ni préalablement à la requête, ni en cours d'instance, de sorte qu'aucune décision administrative de rejet n'est née à son égard. En application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, il est irrecevable à demander à l'AP-HM une indemnisation dans la présente instance.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

6. En premier lieu, lorsqu'une personne publique rejette un recours gracieux formé contre la décision ordonnant le reversement d'une somme perçue à titre de rémunération, la décision qu'elle prend sur ce recours ne se substitue pas à la décision initiale. Par suite, s'il appartient au juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre le rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale, les moyens critiquant les vices propres dont serait entachée la décision prise sur ce recours gracieux ne peuvent être utilement invoqués au soutien des conclusions dirigées contre la décision initiale. Ainsi, les moyens dirigés contre la décision du 10 juin 2021 ne sont pas de nature à démontrer l'illégalité de la décision du 16 mars 2021.

7. En deuxième lieu, un état exécutoire doit indiquer les bases de liquidation de la dette, alors même qu'il est émis par une personne publique autre que l'Etat, pour lequel cette obligation est expressément prévue par l'article 81 du décret du 29 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique, dont les dispositions sont aujourd'hui reprises à l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique. En application de ce principe, une personne publique ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur les bases et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge des redevables.

8. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer émis le 16 mars 2021 était accompagné d'un courrier explicatif de la créance ainsi que du bulletin de paie de mars 2021 détaillant les calculs appliqués, bulletin que le requérant a d'ailleurs contesté par courrier du 25 mars 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation du titre exécutoire ne peut qu'être écarté.

9. En dernier lieu, l'article 20 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa rédaction alors en vigueur dispose que : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire () ". Aux termes de l'article 77 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les fonctionnaires régis par le présent titre ont droit, après service fait, à une rémunération fixée conformément aux dispositions de l'article 20 du titre Ier du statut général ". Aux termes de l'article 4 du décret n° 91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 : " Les agents sont recrutés par contrat écrit. () / Le contrat précise sa date d'effet, sa durée, le poste occupé () / Le contrat détermine les conditions d'emploi de l'agent et notamment les modalités de sa rémunération. Il indique les droits et obligations de l'agent, lorsque ceux-ci ne relèvent pas d'un texte de portée générale ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, qu'en l'absence de service fait, un agent contractuel n'a pas droit au maintien de sa rémunération.

10. Il résulte de l'instruction que M. A C a quitté son poste le 18 février 2021 à 14 heures et ne s'y est plus présenté sans justification alors que le contrat qui le liait à l'AP-HM ne prenait fin qu'après le 28 février 2021. En l'absence de service fait, l'AP-HM était en droit de procédé à la répétition des sommes indûment payées au requérant en février 2021 au titre de la période du 19 au 28 février 2021, sans que le requérant ne puisse utilement se prévaloir d'erreurs commises par l'administration du fait de l'absence de démission de sa part, de licenciement antérieur ou quant à la date de fin de son contrat.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A C tendant à l'annulation du titre exécutoire émis le 16 mars 2021 ainsi que de la décision du 10 juin 2021 de rejet de son recours gracieux et à la décharge de l'obligation de payer doivent être rejetées.

12. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A C doivent dès lors être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er :La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B A C et à l'Assistance publique- hôpitaux de Marseille.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Frédérique Simon, présidente,

M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,

Mme Ludivine Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

A. Derollepot

La présidente,

signé

F. Simon

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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