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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2107399

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2107399

lundi 5 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2107399
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPUIGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 19 août 2021, 6 mai et 17 août 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. E D, représenté par Me Philippon, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 15 juin 2021 par laquelle le maire de la commune de Marseille a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie ;

2°) d'enjoindre à la commune de Marseille de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la commission de réforme a rendu son avis au vu d'un dossier incomplet ;

- aucun des médecins composant la commission n'était psychiatre ;

- la décision attaquée est entachée d'absence de motivation dès lors que l'avis de la commission de réforme ne lui a pas été communiqué ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait le droit au maintien dans l'emploi en méconnaissance de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 et la commission de réforme aurait dû statuer sur son aptitude au service ;

- elle est entachée de détournement de procédure.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2022 et un mémoire rédigé en termes identiques enregistré le 29 avril 2022 qui n'a pas été communiqué, la commune de Marseille, représentée par Me Puigrenier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 août 2022.

Une mémoire en défense présenté pour la commune de Marseille a été enregistré le 5 septembre 2022, après la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- et les observations de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D a été recruté par la commune de Marseille le 7 septembre 1984 et a été titularisé dans le grade de technicien territorial le 1er décembre 2010. Il a été placé en arrêt de maladie à compter du 30 mai 2020, renouvelé depuis cette date jusqu'au 29 mai 2021. M. D a sollicité le 7 septembre 2020 que sa pathologie, à savoir un syndrome anxio-dépressif diagnostiqué le 18 janvier 2020, soit reconnue imputable au service au titre de la maladie professionnelle. Par une décision du 15 juin 2021, la commune de Marseille a rejeté sa demande après avis de la commission de réforme. M. D demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 37-6 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " La commission de réforme est consultée par l'autorité territoriale : () 3° Lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée dans les cas où les conditions prévues au premier alinéa du même IV ne sont pas remplies ". Selon les termes de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière, la commission de réforme comprend notamment deux " praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, dans le cas où il est manifeste, eu égard aux éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée est nécessaire pour éclairer l'examen du cas du fonctionnaire, l'absence d'un tel spécialiste est susceptible de priver l'intéressé d'une garantie et d'entacher ainsi la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision attaquée.

4. Il ressort des pièces du dossier que le dossier médical soumis à la commission de réforme, comportait le rapport d'expertise médicale établi le 13 novembre 2020 par le docteur C B, médecin spécialiste en psychiatrie, indiquant que l'état psychiatrique de M. D, qui se répète, même à la suite d'un changement de hiérarchie, n'est pas réactionnel et ne peut pas être reconnu au titre de la maladie professionnelle. Ainsi, compte tenu des éléments dont disposait la commission de réforme pour rendre son avis le 6 mai 2021, il n'est pas manifeste que, comme le soutient M. D, la présence à cette commission d'un médecin spécialiste en psychiatrie aurait été nécessaire. Dès lors, l'avis de la commission de réforme n'est pas irrégulier du fait de l'absence d'un tel médecin psychiatre lors de sa séance du 6 mai 2021. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière sur ce point.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ".

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions de l'avis de la commission de réforme que celle-ci s'est prononcée, ainsi qu'il a été dit au point 4, sur la base du rapport d'expertise psychiatrique du 13 novembre 2020 dont elle disposait. La circonstance que le dossier ne comportait pas le rapport d'expertise médicale du 4 août 2020 est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que ce dernier n'avait pas pour objet de se prononcer sur l'imputabilité au service de la pathologie de M. D. Si la fiche de poste de M. D ne figurait pas au dossier mis à la disposition de la commission de réforme, son poste et ses missions ont été décrits dans d'autres documents transmis à celle-ci et notamment dans le rapport hiérarchique dont la seule absence du cachet du responsable de service n'est pas nature à en remettre en cause le contenu. Par ailleurs, le requérant ne peut utilement faire grief à ce rapport d'avoir entraîné une violation du secret médical dès lors qu'il devait nécessairement comporter la mention de la pathologie dont souffrait l'intéressé. En outre, M. D a transmis à la commission ses observations écrites le 11 mars 2021 et a comparu à la séance de cette commission, réunie le 6 mai 2021, séance qui de surcroît avait été reportée à la demande de M. D pour qu'il puisse transmettre toutes les informations concernant son poste. Ainsi la commission de réforme avait connaissance de l'ensemble de la situation du requérant, qui n'a été privé à cet égard d'aucune garantie. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure affectant l'avis de la commission de réforme du 6 mai 2021 doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

8. La décision contestée, qui n'avait pas à se prononcer de manière détaillée sur les éléments contenus dans le rapport d'expertise psychiatrique établi préalablement à l'examen par la commission de réforme de la demande de M. D, mentionne l'absence de lien direct entre sa pathologie et le service, de sorte qu'elle est suffisamment motivée en fait. Elle comporte également les considérations de droit qui en constituent le fondement. La circonstance que malgré la demande du requérant formée par courrier du 8 juin 2021, l'avis de la commission de réforme ne lui pas été communiqué est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision contestée doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, créé par le I de l'article 10 de l'ordonnance précitée du 19 janvier 2017, en vigueur depuis le 21 janvier 2017, et désormais codifié à l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique : " I. Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article () / IV. -Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. () / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat./ () VI. -Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités du congé pour invalidité temporaire imputable au service mentionné au premier alinéa et détermine ses effets sur la situation administrative des fonctionnaires () ".

10. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduise à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

11. Pour établir l'existence d'un lien direct entre sa pathologie et ses conditions de travail, M. D produit un certificat médical d'un médecin du service de médecine et santé au travail de l'assistance publique des hôpitaux de Marseille du 23 juillet 2020, qui ne se prononce toutefois nullement sur l'imputabilité au service de sa pathologie, et qui est au demeurant antérieur au rapport d'expertise médicale sur lequel s'est fondée la décision attaquée du 13 novembre 2020 concluant à l'absence de relation directe avec son activité professionnelle. S'il fait également état d'un certificat médical du Dr A du 5 novembre 2020, lui aussi antérieur au rapport d'expertise, ce document relate uniquement les dires de M. D sur l'existence d'une maladie professionnelle. Enfin, le certificat médical du Dr F daté du 25 novembre 2020, postérieur à l'expertise médicale, se borne à mentionner une décompensation anxieuse consécutive à des difficultés professionnelles alléguées. La seule circonstance que le requérant n'ait présenté aucun antécédent psychiatrique avant la pathologie constatée pour la première fois le 8 janvier 2020 ne permet pas davantage d'établir le lien direct de celle-ci avec le service. Dès lors, le maire de la commune de Marseille a pu, sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation, rejeter la demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de M. D.

12. En cinquième lieu, la décision du maire de Marseille du 15 juin 2021 a pour seul objet de statuer sur l'imputabilité au service de la pathologie du requérant. Dans ces conditions, la circonstance que la commission de réforme, qui n'avait été saisie que de cette question, ne se soit pas prononcée par ailleurs sur son aptitude au service ne peut être utilement invoquée. Pour le même motif, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaitrait le droit au maintien dans l'emploi du requérant prévu par l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 ne peut qu'être écarté comme inopérant.

13. En sixième et dernier lieu, si M. D soutient que la décision attaquée est entachée de détournement de procédure, il ne l'établit pas. Par suite, ce moyen doit être écarté.

14.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D à fin d'annulation de la décision du 15 juin 2021 par laquelle le maire de la commune de Marseille a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

15. La présente décision, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. D doivent être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Marseille, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. D une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Marseille et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : M. D versera à la commune de Marseille une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2024.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

signé

M-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2107399

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