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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2107623

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2107623

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2107623
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2021, M. C D, représenté par Me Gilbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a expulsé du territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de notification de la réunion de la convocation de la commission départementale d'expulsion au moins quinze jours avant sa réunion, en l'absence d'avocat malgré sa demande et en l'absence de communication de l'avis ;

- il méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation de la gravité de la menace à l'ordre public qu'il représenterait ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ainsi que l'article 33 de la convention de Genève en ce qui concerne la fixation du pays de destination.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 25 août 2021 accordant l'aide juridictionnelle totale à M. D ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E ;

- et les conclusions de M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant afghan né en 2000, soutient être entré pour la première fois en France en 2018. Il a été condamné le 18 décembre 2020 par le tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence à vingt-quatre mois de prison dont douze mois avec sursis pour des faits d'extorsion par violence, menace ou contrainte. Après un avis favorable de la commission d'expulsion le 17 juin 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a, par un arrêté du 30 juin 2021, prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure. M. D demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision de la présidente du bureau d'aide juridictionnelle du 25 août 2021, ses conclusions tendant à l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 31 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, le préfet des Bouches-du-Rhône a donné délégation à Mme A B, directrice adjointe des migrations, de l'intégration et de la nationalité, à l'effet de signer la totalité des actes de la direction dont font partie les arrêtés d'expulsion. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il fait également état des condamnations pénales justifiant l'expulsion de M. D du territoire français ainsi que des éléments relatifs à sa vie privée et familiale. Comportant les considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement l'arrêté contesté est, par suite, suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'expulsion ne peut être édictée que dans les conditions suivantes : () 2° L'étranger est convoqué pour être entendu par une commission qui se réunit à la demande de l'autorité administrative () ". Aux termes de l'article L. 632-2 de ce code : " La convocation mentionnée au 2° de l'article L. 632-1 est remise à l'étranger quinze jours au moins avant la réunion de la commission. Elle précise que l'intéressé a le droit d'être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et d'être entendu avec un interprète. () L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le bulletin de notification de l'engagement d'une procédure d'expulsion a été remis à M. D le 28 mai 2021, soit quinze jours au moins avant la réunion de la commission d'expulsion ayant rendu le 17 juin 2021 un avis favorable à son expulsion du territoire français, et que l'intéressé s'est rendu à cette commission devant laquelle il a pu utilement présenter ses observations avec l'assistance de son avocat. Enfin, il ressort des mentions de cet avis que le requérant s'est vu communiquer oralement l'avis motivé rendu par cette commission. En conséquence, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions précitées, doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été condamné, le 18 décembre 2020, à une peine de deux ans de prison dont douze mois avec sursis pour des faits de vols de téléphone portable avec violence, menace ou contrainte sur trois jeunes filles mineures commis entre le 6 et le 12 novembre 2020. Si le requérant soutient qu'il a suivi, lors de sa détention, un cursus scolaire et a débuté un CAP de cuisine, dont il ne ressort au demeurant pas des pièces du dossier qu'il aurait obtenu le diplôme correspondant, cette seule circonstance ne suffit pas à justifier qu'il ne représenterait plus une menace grave pour l'ordre public. M. D, entré irrégulièrement en France en 2018, ne justifie d'aucune insertion sur le territoire français depuis cette date. Compte tenu de la gravité de ces agissements et de leur caractère récent, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que la présence de M. D sur le sol français constituait une menace grave pour l'ordre public.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradant ". Aux termes de l'article 33 de la convention de Genève : " 1. Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. / 2. Le bénéfice de la présente disposition ne pourra toutefois être invoqué par un réfugié qu'il y aura des raisons sérieuses de considérer comme un danger pour la sécurité du pays où il se trouve ou qui, ayant été l'objet d'une condamnation définitive pour un crime ou délit particulièrement grave, constitue une menace pour la communauté dudit pays ".

10. Si M. D allègue qu'il serait exposé à des risques de mort ou de traitements inhumains ou dégradants en Afghanistan du fait de problèmes rencontrés en 2016 et de sa conversion au catholicisme, il ne produit toutefois aucun document de nature à établir la réalité de telles allégations. Il ne produit pas davantage d'éléments de nature à attester qu'il courrait de tels risques en cas de retour dans ce pays du fait de la menace terroriste, alors, au demeurant, que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 9 septembre 2019 et qu'il s'est désisté de son recours introduit devant la Cour nationale du droit d'asile le 12 novembre 2021. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut ainsi qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 juin 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

C. ELe président,

Signé

P-Y. GonneauLa greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

N°2107623

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