mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2107912 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10e Ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | LEONARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2021 et un mémoire enregistré le 13 octobre 2021, Mme B A, représentée par Me Léonard, demande au tribunal :
1°) de lui accorder une remise totale ou partielle de ses dettes ;
2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
-elle n'a commis aucune manœuvre frauduleuse ni aucune déclaration frauduleuse ;
-elle a été contrainte de s'absenter du territoire afin d'aller confier sa fille à sa mère au Sénégal car elle était dans l'impossibilité de s'en occuper en raison de ses problèmes de santé ;
-elle ne savait pas que son absence du territoire pendant plus de 92 jours sur l'année pouvait lui être préjudiciable ;
-son retour en France prévu le 10 novembre 2017 a été reporté au 17 décembre 2018 ce qui a allongé la durée de son séjour à l'étranger en raison d'une grève de la compagnie aérienne " Aigle Azur " ;
-elle se trouve dans une situation de précarité.
Par un mémoire en défense commun, enregistré le 20 mars 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône et la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône concluent au rejet de la requête.
Ils font valoir qu'aucun moyen n'est fondé.
Les parties ont été informées, le 5 mars 2024, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la décision est susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence du tribunal administratif pour se prononcer sur les conclusions relatives à l'allocation adulte handicapé, aux allocations familiales et à l'allocation de soutien familial.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pecchioli, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique : le rapport de M. Pecchioli, président-rapporteur.
Aucune partie n'était présente, ni représentée
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est allocataire auprès de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône et perçoit à ce titre l'allocation aux adultes handicapés, l'allocation de soutien familial, l'allocation familial ainsi que l'aide personnalisée au logement. Par un courrier du 15 février 2021, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a refusé de lui accorder une remise de ses dettes relatives à un indu d'allocation de soutien familial constitué sur la période d'octobre 2017 à septembre 2018 d'un montant de 1 349,70 euros, à deux indus d'allocations aux adultes handicapés constitués sur la période d'août 2018 à septembre 2018 d'un montant de 1 638,00 euros puis sur la période d'octobre 2018 à décembre 2018 d'un montant de 861,90 euros, à un indu d'allocation familiale constitué sur la période d'octobre 2017 à septembre 2018 d'un montant de 1 739,28 euros et à un indu aide personnalisée au logement constitué sur la période d'octobre 2017 à septembre 2018 d'un montant de 771,00 euros. Mme A a à nouveau contesté, par l'intermédiaire, de son conseil, cette décision auprès de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône qui a gardé le silence sur cette demande. Mme A demande que lui soit accorder une remise totale ou partielle de ses dettes.
Sur l'allocation aux adultes handicapés (AAH) :
2. Aux termes de l'article L. 821-5 du code de la sécurité sociale : " L'allocation aux adultes handicapés est servie comme une prestation familiale. () / Les différends auxquels peut donner lieu l'application du présent titre et qui ne relèvent pas d'un autre contentieux sont réglés suivant les dispositions régissant le contentieux général de la sécurité sociale. ". L'article L. 142-8 du même code prévoit : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ".
3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme A dirigées contre la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a refusé de lui accorder une remise de dette d'indus relatives à l'allocation aux adultes handicapés, qui relève du contentieux général de la sécurité sociale et non du contentieux de l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles ou par le code de la sécurité sociale, ne sont pas de la compétence de la juridiction administrative. Dès lors, ces conclusions doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître, seul étant compétent le tribunal judiciaire.
Sur l'allocation familiale (AF) et à l'allocation de soutien familial (ASF) :
4. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole () ". Aux termes de l'article L. 511-1 de ce code : " Les prestations familiales comprennent : () ; 2°) les allocations familiales () ; 6°) l'allocation de soutien familial () Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale () ".
5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les litiges relatifs aux allocations familiales et à l'allocation de soutien familial relèvent du contentieux général de la sécurité sociale, et peuvent faire l'objet de recours portés devant les tribunaux judiciaires spécialement désignés. Il s'ensuit que les conclusions de la requête dirigées contre les indus concernant l'allocation familiale et l'allocation de soutien familial, qui relèvent de la compétence du juge judiciaire, doivent être rejetées dès lors qu'elles sont portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur l'étendue du litige :
6. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; / 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; / b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article L. 825-2 du même code : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ". Aux termes de L'article R. 825-1 du même code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. () ". Aux termes enfin de l'article R. 825-2 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnées à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable () ".
7. Il résulte de ces dispositions que l'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge.
8. Il résulte de l'instruction que suite à un recours formé par Mme A tendant à obtenir une remise de ses dettes, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a, par une décision en date du 15 février 2021, refusé de faire droit à sa demande. Cette décision étant seule susceptible de recours devant le juge administratif, les conclusions de la requête doivent être regardées comme étant dirigées uniquement contre cette décision.
Sur la remise de dette :
9. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de justice administrative : " Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre. Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement () ". Aux termes de l'article L. 822-2 du code de la construction et de l'habitation : " I.- Peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement : / 1° Les personnes de nationalité française ; / 2° Les personnes de nationalité étrangère remplissant les conditions prévues par les deux premiers alinéas de l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale. / II.- Parmi les personnes mentionnées au I, peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement celles remplissant les conditions prévues par le présent livre pour son attribution qui sont locataires, résidents en logement-foyer ou qui accèdent à la propriété d'un local à usage exclusif d'habitation et constituant leur résidence principale () ". Aux termes de l'article R. 822-23 du même code : " Est considéré comme résidence principale, pour l'application du premier alinéa du II de l'article L. 822-2, le logement effectivement occupé soit par le bénéficiaire de l'aide personnelle au logement, soit par son conjoint, soit par une des personnes à charge au sens de l'article R. 823-4, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure ". Il résulte de ces dispositions que la condition de résidence ne cesse d'être remplie qu'en cas d'absence se prolongeant pendant plus de quatre mois au cours de l'année considérée.
10. Il résulte de l'instruction et plus précisément du rapport d'enquête établi le 2 octobre 2020 par un agent assermenté, qui fait foi en l'absence de preuve contraire, que Mme A a séjourné au Sénégal avec son fils du 27 août 2018 au 18 décembre 2018 soit 113 jours et que sa fille a également séjourné au Sénégal d'une part entre le 7 novembre 2016 et le 20 janvier 2017 soit 74 jours, d'autre part, entre le 16 octobre 2017 et le 18 décembre 2018 soit pendant une durée de 428 jours. La requérante et son fils ont ainsi été absents du territoire moins de 4 mois au cours de l'année 2018 de sorte qu'ils remplissaient, sur la période considérée, la condition de résidence posée à l'article R. 822-23 précitée du code de la construction et de l'habitation. Toutefois, si la fille de l'intéressée a été absente 74 jours, entre le 7 novembre 2016 et le 20 janvier 2017, elle a par la suite été absente pendant une période de 428 jours entre le 16 octobre 2017 et le 18 décembre 2018 comme rappelé précédemment de sorte qu'elle ne résidait pas sur le territoire lors de la période constitutive de l'indu. Mme A indique, sans l'établir, qu'elle a été contrainte de confier la garde de sa fille à sa mère qui réside au Sénégal en raison de son état de santé, il résulte toutefois du même rapport d'enquête, qu'elle n'a pas déclaré auprès de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône l'absence de sa fille sur le territoire entre le 16 octobre 2017 et le 18 décembre 2018 caractérisant ainsi une omission de déclaration frauduleuse. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle serait de bonne foi.
11. En outre, Mme A soutient qu'elle se trouve dans une situation particulièrement précaire dès lors qu'elle vit seule avec deux enfants à charge et que ses ressources sont uniquement constituées de l'allocation aux adultes handicapés à hauteur de 902 euros par mois. Toutefois, elle ne démontre pas par les pièces produites, composées seulement d'un avis d'échéance de loyer et d'une facture EDF qu'elle se trouverait dans une situation de précarité qui justifierait que lui soit accordée une remise totale ou partielle de sa dette.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de remise de dette présentées par la requête de Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du préfet des Bouches-du-Rhône qui n'est pas, dans la présente instance, pour l'essentiel, la partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête dirigées contre les indus d'allocations aux adultes handicapés, d'allocation de soutien familial et d'allocation familial sont rejetées comme étant portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
Le magistrat désigné,
signé
J-L. PECCHIOLILa greffière,
signé
S. IBRAM
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/ La greffière en chef,
Le greffier,
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026