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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2107961

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2107961

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2107961
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCHARTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 septembre 2021, Mme C B épouse A, représentée par Me Chartier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991;

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B épouse A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique ;

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Chartier, représentant Mme B épouse A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise née en 1987, déclare être entrée en France le 16 juillet 2016. Elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 18 juillet 2016, laquelle a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 avril 2018, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 17 octobre 2018. Par un arrêté du 13 novembre 2018, le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, décision confirmée par jugement du tribunal n° 1809748 du 3 janvier 2019. Le 26 novembre 2020, Mme B a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 8 avril 2021, dont elle demande l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de faire droit à cette demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de la requérante, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il mentionne les principaux éléments de la situation administrative et personnelle de Mme B, notamment le fait qu'elle a été déboutée de sa demande d'asile et ne remplit aucune des conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 ou de l'article L. 313-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. La requérante ne peut utilement soutenir que le préfet n'aurait pas tenu compte des deux jugements du tribunal annulant les décisions portant obligation de quitter le territoire français prises à l'encontre de son époux en tant qu'elles fixaient l'Albanie comme pays de destination dès lors, d'une part, que ces jugements concernent son époux et d'autre part, que la décision attaquée a comme seul objet de se prononcer sur son droit au séjour et n'est pas assortie d'une obligation de quitter le territoire français fixant un pays de destination.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui. ".

5. Mme B est arrivée en France en 2016, accompagnée de son époux et de leurs deux enfants, nés en 2007 et 2009. Le couple a donné naissance à deux autres enfants nés en 2016 et en 2021. M. A, son époux, est lui-aussi en situation irrégulière au regard de son droit au séjour en France et a fait l'objet d'une décision de refus de séjour le 8 avril 2021. Il n'est pas établi que les trois premiers enfants du couple ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Mme B ne justifie d'aucune insertion professionnelle ou sociale en France à la date de la décision attaquée et n'établit pas qu'elle serait dépourvue de toute attache familiale ou personnelle en Albanie, pays où elle a vécu jusque l'âge de 29 ans et dont l'ensemble des membres de sa famille a la nationalité. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet des Bouches-du-Rhône a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté contesté sur la situation personnelle et familiale de la requérante.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 avril 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère

Mme Simeray, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

La rapporteure,

Signé

C. DLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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