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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2108009

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2108009

jeudi 2 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2108009
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLEFEBURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2021, Mme A B, représenté par Me Lefebure, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Marseille l'a réformée et admise à faire valoir ses droits à la retraite par anticipation pour invalidité à compter du 1er juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Marseille de la réintégrer à un poste d'accueil à temps partiel thérapeutique ;

3°) de condamner la commune de Marseille au paiement de la somme de 5 000 euros dommages et intérêts pour procédure vexatoire et abusive ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la commune de Marseille aurait dû demander préalablement l'avis du comité médical ;

- cette décision est irrégulière en raison de l'absence de reclassement ;

- elle voulait travailler et en a fait plusieurs fois la demande en vain ;

- la décision de la réformer n'est pas contradictoire ;

- elle a subi un préjudice en raison du caractère vexatoire de la procédure au regard du nombre de postes dont dispose la commune de Marseille et de la perte conséquente de revenus qui en a résulté pour elle.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2022, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Birsen Sarac-Deleigne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B était adjointe technique territoriale employée par la commune de Marseille comme agent d'accueil et d'entretien de locaux scolaires. Elle a été placée en arrêt maladie à compter du 2 août 2015. Son congé de longue maladie, renouvelé, a pris fin le 23 août 2018. Elle a alors été placée en disponibilité pour raison de santé. A la suite d'un avis du comité médical du 27 novembre 2018, Mme B a été reconnue définitivement inapte à son emploi statutaire et, après un avis de la commission de réforme du 20 mai 2021, définitivement inapte à tout emploi dans la fonction publique. Le maire de la commune de Marseille l'a, par un arrêté du 2 juillet 2021, réformée et admise à la retraite anticipée pour invalidité à compter du 1er juillet 2021. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article 30 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraites des agents des collectivités territoriales dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'impossibilité définitive et absolue de continuer ses fonctions par suite de maladie, blessure ou infirmité grave dûment établie peut être admis à la retraite soit d'office, soit sur demande () ". Selon l'article 31 de ce décret : " Une commission de réforme est constituée dans chaque département pour apprécier la réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, les conséquences et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, l'incapacité permanente à l'exercice des fonctions. (). / Le pouvoir de décision appartient dans tous les cas à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales () ". Aux termes des dispositions de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ". L'article 37 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa version applicable au litige, dispose : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est soit reclassé dans un autre emploi, en application du décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 susvisé, soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis de la commission de réforme prévue par le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales () ". L'article 1 du décret du 30 septembre 1985, dans sa version applicable au litige, dispose : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, le fonctionnaire peut être affecté dans un autre emploi de son grade après avis de la commission administrative paritaire. / L'autorité territoriale procède à cette affectation après avis du service de médecine professionnelle et de prévention, dans l'hypothèse où l'état de ce fonctionnaire n'a pas rendu nécessaire l'octroi d'un congé de maladie, ou du comité médical si un tel congé a été accordé. Cette affectation est prononcée sur proposition du centre national de la fonction publique territoriale ou du centre de gestion lorsque la collectivité ou l'établissement y est affilié ".

3. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un fonctionnaire territorial, ayant épuisé ses droits aux congés de maladie, de longue maladie et de longue durée, se trouve définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, il est admis à la retraite, soit d'office, soit à sa demande, après avis de la commission de réforme, et que l'autorité territoriale doit, préalablement à la mise à la retraite, obtenir un avis conforme de la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales. Le juge administratif exerce un contrôle normal sur l'appréciation portée par l'autorité administrative sur l'inaptitude définitive d'un fonctionnaire.

4. En premier lieu, contrairement à ce qu'affirme la requérante, la commune de Marseille n'avait pas l'obligation de saisir le comité médical pour avis avant de prendre l'arrêté attaqué portant admission à faire valoir ses droits à la retraite par anticipation pour inaptitude définitive à l'exercice de tout emploi dans la fonction publique mais celle de saisir la commission de réforme conformément à l'article 37 du décret précité, ce qu'elle a fait. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'un vice de procédure tenant à l'absence d'avis du comité médical ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, la requérante a été reconnue aux termes de l'arrêté attaqué définitivement inapte à tout emploi dans la fonction publique. Dès lors, eu égard à la nature de l'inaptitude, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la commune était tenue de procéder à son reclassement, alors au demeurant qu'il ressort du compte rendu de suivi en repositionnement professionnel produit par la commune qu'à la suite de l'avis médical du 27 novembre 2018 reconnaissant Mme B comme définitivement inapte à son poste statutaire, plusieurs postes, dont des postes d'accueil, ont été proposées à la requérante qui les a tous refusés. Par suite, le moyen tiré de ce que la commune de Marseille aurait méconnu son obligation de reclassement doit être écarté.

6. En troisième lieu, si Mme B soutient que la décision de réformer n'est pas contradictoire, ce moyen n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, il doit être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, à supposer que Mme B ait entendu contester son inaptitude définitive en indiquant vouloir travailler et avoir fait plusieurs demandes en ce sens en vain, elle ne produit aucune pièce de nature à remettre en cause l'appréciation portée par la commune de Marseille sur son inaptitude définitive. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B à fin d'annulation de l'arrêté du 2 juillet 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

9. Pour les motifs indiqués aux points précédents, l'arrêté contesté du maire de la commune de Marseille n'est entaché d'aucune illégalité fautive. Par suite, en tout état de cause et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Marseille, les conclusions indemnitaires présentées par la requérante à fin de réparation des préjudices résultant selon elle d'une procédure vexatoire et d'une perte de revenu ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Marseille, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme B une somme quelconque au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Trottier, président,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

Le président,

signé

T. Trottier

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2108009

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