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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2108136

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2108136

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2108136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantERNST & YOUNG NANTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

F une requête et un mémoire enregistrés le 16 septembre 2021 et le 23 mai 2022, M. E A, représenté F Me Toumi :

1°) forme opposition au titre de recette émis le 17 mars 2021 F la directrice du conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres en vue du recouvrement de la somme de 13 000 euros, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

et demande au tribunal :

2°) de condamner le conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres à lui verser la somme de 653,15 euros en restitution des sommes versées à tort ;

3°) d'ordonner la mainlevée de l'avis à tiers détenteur émis le 9 juillet 2021 ;

4°) de mettre à la charge du conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire du titre de recettes attaqué, et le nom du comptable assignataire n'est pas renseigné avec précision ;

- le titre de recettes en litige n'indique pas les bases de liquidation, en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012, en particulier quant au montant de la taxe sur la valeur ajoutée, à laquelle est assujetti le conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres ;

- le titre de recettes critiqué n'est pas fondé dès lors qu'il double un jugement exécutoire, et qu'au surplus, le montant réclamé ne correspond pas aux termes de ce jugement du tribunal paritaire des baux ruraux ;

- il s'est déjà acquitté des sommes réclamées ;

- la somme de 653,15 euros, prélevée à tort, doit lui être restituée et l'avis à tiers détenteur, émis pour un montant de 11 114,15 euros, doit être levé ;

- la demande indemnitaire du conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres est infondée.

F des mémoires en défense enregistrés les 28 mars et 30 septembre 2022, le conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres, représenté F Me Briec, conclut au rejet de la requête, à titre reconventionnel, à ce que M. A soit condamné à lui verser la somme de 5 000 euros au titre des préjudices économique et moral qu'il estime avoir subi, et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés ;

- son préjudice économique et moral résultant de l'exercice abusif du recours de M. A doit être réparé à hauteur de 5 000 euros.

F lettre du 7 février 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur la requête de M. A, compte tenu de la nature judiciaire de la créance.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique,

- et les observations de Me Toumi pour M. A, ainsi que celles de Me Radi pour le conservatoire du littoral.

Considérant ce qui suit :

1. Occupant et exploitant, depuis le 1er décembre 1997, une fraction d'environ 35 hectares des parcelles d'une surface de 160 hectares du domaine dit du " Mas de Taxil ", sur le territoire de la commune des Saintes-Maries-de-la-Mer, M. A demande l'annulation du titre exécutoire émis le 17 mars 2021 F le conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres (" conservatoire du littoral ") pour un montant de 13 000 euros, ensemble la décision du 17 juillet 2021 de rejet de son recours gracieux, le remboursement de la somme de 653,15 euros qui a été prélevée, ainsi que la mainlevée de l'avis à tiers détenteur émis le 9 juillet 2021. Le conservatoire du littoral demande également, à titre reconventionnel, l'indemnisation du préjudice économique et moral qu'il estime avoir subi, à hauteur de 5 000 euros.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire en litige a été émis F le conservatoire du littoral pour recouvrer le montant mis à la charge de M. A F le tribunal paritaire des baux ruraux de Tarascon, dans son jugement du 30 novembre 2020, confirmé sur ce point F la cour d'appel d'Aix-en-Provence dans son arrêt du 16 décembre 2021, au titre du fermage dû F l'occupant en paiement du bail rural dont il bénéficie, pour la période de 2015 à 2019. S'il résulte de l'instruction que le domaine du Mas de Taxil est entré dans le domaine public du conservatoire du littoral à compter du 1er janvier 2017, date de publication de la délibération du 21 novembre 2013 F laquelle le conseil d'administration du conservatoire du littoral a décidé de son classement dans son domaine propre, jusqu'à cette date, le domaine du Mas de Taxil ne peut être regardé comme une dépendance de son domaine public. Il résulte de ce qui précède que le titre exécutoire émis F le conservatoire du littoral au titre du recouvrement du " fermage " dû pour la période antérieure au 1er janvier 2017 ne peut être regardé comme issu de relations juridiques de droit public. F suite, dans cette mesure, la contestation du bien-fondé de cette créance relève de la compétence des tribunaux judiciaires.

3. Il résulte de ce qui précède que, dans cette mesure, les conclusions présentées F M. A doivent être rejetées comme présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire en litige a été signé F M. C D, responsable du service budget et commande publique, sur le fondement de la délégation que la directrice générale du conservatoire du littoral lui a consentie à cet effet F une décision du 3 avril 2020. Si la rédaction de cette décision est imparfaite, il résulte de l'instruction que le signataire de l'acte attaqué s'est vu déléguer la signature de la directrice aux fins de signer notamment les transmissions à l'agent comptable d'ordres de recouvrer, qui, dans le cadre de la délégation en cause, sont nécessairement corrélés à la signature des titres eux-mêmes. Enfin, si est mentionnée la validation de " C. Boulet ", dès lors que le signataire du titre est M. D, est sans incidence sur la légalité de l'état exécutoire. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ".

6. Pour contester l'état exécutoire en litige, M. A soutient qu'il ne comporte pas les bases de liquidation, en particulier s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, le titre exécutoire fait référence au jugement du 30 novembre 2020, et indique que le montant réclamé correspond à la " redevance annuelle " pour la période du 1er décembre 2014 au 30 novembre 2019, et détaille le calcul F année. F ailleurs, le jugement du tribunal paritaire des baux ruraux a fixé un montant forfaitaire annuel de 2 600 euros, ce qui, multiplié F cinq années, correspond bien à un montant de 13 000 euros, ainsi que ce calcul figure également sur le titre en litige. Si M. A fait également valoir que le conservatoire du littoral n'a pas mentionné le montant de taxe sur la valeur ajoutée, alors qu'est précisé que la somme est " toutes taxes comprises ", il résulte de la consultation même du titre exécutoire qu'il s'agit d'une erreur matérielle, dès lors que le montant du titre est exclusivement fondé sur le jugement du tribunal paritaire des baux ruraux du 30 novembre 2020. En outre, il résulte de l'instruction, et en particulier du courrier de la direction générale des finances publiques du 24 octobre 2019, que le conservatoire du littoral se déclare non assujetti aux impôts commerciaux et donc non assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée. Le moyen tiré du défaut d'indication des bases de liquidation doit être écarté comme manquant en fait.

7. Il résulte de l'article R. 322-39 du code de l'environnement que le conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres peut émettre un titre exécutoire en vue du recouvrement de toute créance dont le fondement se trouve dans les dispositions d'une loi, d'un règlement ou d'une décision de justice, ou dans les obligations contractuelles ou quasi-délictuelles du débiteur.

8. Il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est pas davantage soutenu F M. A, que le conservatoire du littoral aurait recouvré deux fois le montant de 13 000 euros mis à sa charge F le tribunal paritaire des baux ruraux aux termes de son jugement du 30 novembre 2020. F ailleurs, alors même que le jugement est exécutoire de plein droit, l'émission d'un titre exécutoire pour le recouvrement de la créance, s'il est superfétatoire, n'entache pas d'illégalité la créance. F suite, le moyen tiré de ce que le titre de perception en litige serait illégal du fait de la réitération de la créance doit être écarté.

9. M. A soutient ensuite que le calcul opéré F le conservatoire du littoral est erroné, dès lors que le paiement de l'équivalent de cinq années de fermage, de 2015 à 2019, fait nécessairement courir la période du 1er décembre 2015 au 30 novembre 2020, jour du jugement. Alors que la compétence du tribunal se limite aux montants dus à compter du 1er janvier 2017, il ne résulte pas de l'instruction que le montant mis à la charge de M. A F le conservatoire du littoral soit erroné, alors que, si le tribunal paritaire des baux ruraux, confirmé F l'arrêt de la cour d'appel d'Aix-en-Provence du 16 décembre 2021, a refusé de condamner M. A au paiement des loyers à compter du 1er janvier 2014, il a considéré que la prescription permettait de procéder à cette condamnation à compter de " 2015 ", qui doit s'entendre comme la période d'échéance des loyers débutant le 1er décembre 2014 et comprenant l'année 2015. Dans ces conditions, le moyen soulevé doit être écarté.

10. A l'appui de sa demande d'annulation du titre exécutoire en litige, M. A se prévaut de ce qu'il a payé la somme de 11 114,15 euros, correspondant aux montants qui ont été mis à sa charge au titre des loyers, ôtés des sommes dont est redevable le conservatoire du littoral au titre des frais d'autres instances. Toutefois, alors qu'il conteste le bien-fondé du titre exécutoire en litige, M. A n'est pas fondé à demander que, pour le calcul de sa dette à l'égard du conservatoire du littoral au titre des loyers, soient déduits des sommes mises à la charge du conservatoire du littoral à l'occasion d'autres instances. Dans ces conditions, ce moyen n'est pas fondé.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à former opposition au titre de recettes émis le 17 mars 2021.

Sur les conclusions à fin de remboursement de la somme de 653,15 euros et de mainlevée de l'avis à tiers détenteur :

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de remboursement de la somme de 653,15 euros, au demeurant recouvrée avant la suspension des poursuites réalisée à la date d'introduction de la requête, et de mainlevée de l'avis à tiers détenteur, doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées F le conservatoire du littoral :

13. La requête de M. A ne présente pas un caractère abusif. Dès lors, les conclusions reconventionnelles du conservatoire du littoral tendant à ce que M. A soit condamné à lui payer la somme de 5 000 euros à titre de dommages et intérêts pour recours abusif ne peuvent être que rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. A tendant à l'annulation du titre exécutoire en tant qu'il concerne la période antérieure au 1er janvier 2017 sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, au conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistés de M. Giraud, greffier.

Rendu public F mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

A. B

Le président,

Signé

J-M. LasoLe greffier,

Signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

N°2108136

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