mercredi 18 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2108140 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ANGIARI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2021, Mme A B épouse C, représentée par Me Angiari, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de lui délivrer un titre de séjour spécial ;
2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour spécial ;
3°) de statuer ce que de droit sur les dépens.
Elle soutient qu'elle remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour spécial dès lors qu'elle réside en France depuis l'année 2009, que son époux et leurs trois filles sont titulaires d'un tel titre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer sollicite le rejet de la requête.
Il soutient que :
- il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier la légalité d'une décision refusant un titre de séjour spécial ;
- la ministre de l'Europe et des affaires étrangères est seule compétente pour défendre.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Vienne sur les relations consulaires du 24 avril 1963 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Gonneau, président-rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 4 juin 2021 Mme B a demandé la délivrance d'un titre de séjour spécial en qualité de membre de famille d'un employé consulaire. Mme B demande l'annulation de la décision implicite née du silence gardé par l'administration.
2. Aux termes de l'article 46 de la convention de Vienne : " 1. Les fonctionnaires consulaires et les employés consulaires, ainsi que les membres de leur famille vivant à leur foyer, sont exempts de toutes les obligations prévues par les lois et règlements de l'État de résidence en matière d'immatriculation des étrangers et de permis de séjour () ". Aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont dispensés de souscrire une demande de carte de séjour : / 1° Les membres des missions diplomatiques et consulaires accrédités en France, leur conjoint, leurs ascendants et leurs enfants mineurs ou non mariés de moins de vingt-et-un-ans vivant sous leur toit () ".
3. Aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé ". Aux termes de l'article L. 114-3 du même code : " Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la demande par l'administration initialement saisie ". Aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 2° Lorsque la demande ne s'inscrit pas dans une procédure prévue par un texte législatif ou réglementaire ou présente le caractère d'une réclamation ou d'un recours administratif () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, de nationalité marocaine, épouse d'un ressortissant marocain employé par le consulat du royaume du Maroc à Marseille, lui-même titulaire d'un titre de séjour délivré par le ministre des affaires étrangères, a demandé au ministre de l'intérieur, par un courrier reçu le 7 juin 2021, la délivrance d'un titre de séjour spécial en qualité de membre de la famille d'un employé consulaire. Ce titre de séjour étant délivré par le ministre des affaires étrangères, il appartenait au ministre de l'intérieur de lui transmettre cette demande. Par suite, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères doit être regardé comme ayant implicitement rejeté la demande de Mme B le 7 août 2021. Les conclusions aux fins d'annulation de Mme B doivent être regardées comme dirigées contre cette décision.
5. Les stipulations de l'article 46 de la convention de Vienne ouvrent droit, pour les personnes qu'elles visent, à un régime dérogatoire en matière de séjour des étrangers en France, en leur permettant de bénéficier d'un titre spécial de séjour dès leur inscription sur les listes consulaires. Le bénéfice de ce régime dérogatoire est, toutefois, subordonné au respect des formalités prévues par le I de l'article 24 de la même convention aux termes duquel : " Sont notifiés au Ministère des affaires étrangères de l'Etat de résidence ou à l'autorité désignée par ce ministère:/ a) La nomination des membres d'un poste consulaire, leur arrivée après leur nomination au poste consulaire, leur départ définitif ou la cessation de leurs fonctions, ainsi que tous autres changements intéressant leur statut qui peuvent se produire au cours de leur service au poste consulaire ;/ b) L'arrivée et le départ définitif d'une personne de la famille d'un membre d'un poste consulaire vivant à son foyer et, s'il y a lieu, le fait qu'une personne devient ou cesse d'être membre de sa famille ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée Mme B, résidant en France depuis l'année 2009, était mariée depuis l'année 2013 à M. C, titulaire d'un titre de séjour spécial valable jusqu'au 23 juillet 2022, de leur union étant née trois filles également titulaires d'un titre de séjour spécial. Il ressort du courrier du 10 juillet 2023 des services du protocole du ministère de l'Europe et des affaires étrangères que l'État ne s'oppose pas à la présence en France de Mme B. Par suite la décision implicite en litige n'échappe pas à la compétence de la juridiction administrative. Il ressort de ce même courrier que les services du protocole exigent de Mme B, pour lui délivrer le titre de séjour spécial, qu'elle se rende au Maroc afin de solliciter la délivrance d'un visa de long séjour. Au regard de la durée et des conditions du séjour de Mme B en France, rappelées ci-dessus, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale au regard du motif de la décision tenant à l'accomplissement d'une formalité administrative.
7. Il résulte de ce qui précède que la décision du 7 août 2021 par laquelle la ministre de l'Europe et des affaires étrangères a refusé de délivrer un titre de séjour spécial à Mme B doit être annulée.
8. Aux titre de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".
9. La présente décision implique seulement, dès lors notamment que le titre de séjour spécial de M. C est arrivé à expiration le 23 juillet 2022, que la ministre de l'Europe et des affaires étrangères réexamine la demande de Mme B. Il y a lieu de l'y enjoindre, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat () ". Les conclusions tendant à ce le tribunal statue ce que de droit sur les dépens sont sans objet dans la présente instance, qui n'en comporte pas.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite du 7 août 2021 par laquelle le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour spécial de Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères de réexaminer la demande de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejetée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
M. Argoud, premier conseiller,
Mme Devictor, première conseillère.
Rendu public par mis à disposition au greffe le 18 octobre 2023.
Le président - rapporteur,
signé
P-Y. GonneauL'assesseur le plus ancien,
signé
J-M. Argoud
La greffière,
signé
A. Martinez
La République mande et ordonne à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef ;
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026