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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2108284

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2108284

jeudi 2 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2108284
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCAMPAGNOLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 22 septembre 2021, 10 février et 15 mai 2023, M. A B, représenté par Me Campagnolo, demande dans le dernier état de ses écritures au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 juillet 2021 par laquelle l'inspecteur du travail de l'unité de contrôle Pays d'Aix de la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités des Bouches-du-Rhône a autorisé la société par actions simplifiée Technipipe à procéder à son licenciement pour inaptitude ;

2°) de mettre solidairement à la charge de l'Etat et de la société Technipipe la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure ;

- elle comporte une erreur de fait sur la date de la décision du comité social et économique et sur son absence de réponse au courrier de l'inspection du travail du 13 juillet 2021;

- la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation s'agissant du contrôle de l'absence de lien entre le licenciement et son mandat.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2022, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par trois mémoires en défense enregistrés les 6 janvier, 10 mars et 1er juin 2023, la société Technipipe, représentée par Me Vial, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 19 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de Mme Birsen Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bouchard représentant la société Technipipe.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté par la société Technipipe en contrat à durée indéterminée le 2 mai 1996 en qualité de technicien de chantier. Il a été élu membre suppléant du comité social et économique le 29 novembre 2019. Par un courrier du 25 juin 2021, la société Technipipe a sollicité l'autorisation de licencier M. B pour inaptitude avec impossibilité de reclassement, qui a été accordée par une décision de l'inspecteur du travail du 23 juillet 2021. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée :

2. Aux termes de l'article R. 2421-4 du code du travail : " L'inspecteur du travail procède à une enquête contradictoire au cours de laquelle le salarié peut, sur sa demande, se faire assister d'un représentant de son syndicat./() ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, lors de l'entretien du 13 juillet 2021 de l'inspecteur du travail avec M. B dans le cadre de l'enquête contradictoire préalable, ce dernier a souhaité remettre des pièces venant au soutien de ses déclarations, que l'inspecteur du travail a refusé de prendre au motif qu'elles étaient non classées et que certaines comportaient des éléments médicaux confidentiels sans rapport avec la procédure en cours. Le même jour, l'inspecteur du travail lui a en revanche adressé un courrier recommandé avec accusé de réception aux termes duquel il sollicitait la transmission de toutes les observations et pièces permettant d'établir la réalité de ses déclarations faites lors de l'entretien relatives à l'existence de faits de harcèlement moral et d'un lien de la procédure de licenciement avec son mandat, au plus tard le 22 juillet 2021. Cette lettre a été présentée le 15 juillet 2021 au domicile de M. B qui l'a retirée au bureau de poste le 26 juillet suivant. Ainsi, en prenant la décision d'autorisation de licenciement dès le 23 juillet 2021 sans attendre que le délai de retrait de la lettre recommandée qu'elle avait adressé au salarié ait expiré, l'autorité administrative n'a pas mis M. B en mesure, dans des conditions et délais lui permettant de présenter utilement sa défense, de remettre des pièces pourtant sollicitées qui pouvaient être de nature à modifier son appréciation de la situation notamment quant à l'existence d'un lien entre le licenciement et le mandat de l'intéressé. Dès lors, l'inspecteur du travail n'a pas procédé, dans les formes exigées, à l'enquête prévue par les dispositions précitées et qui constitue une garantie pour le salarié, quel que soit le motif du licenciement. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision de l'inspecteur du travail du 23 juillet 2021 est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière et est, par voie de conséquence, entachée d'illégalité.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 23 juillet 2021 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé le licenciement de M. B pour inaptitude doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les frais liés au litige soient mis à la charge de M. B qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Les conclusions présentées par la société Technipipe sur le fondement de ces dispositions doivent donc être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. B sur le fondement des mêmes dispositions, et de rejeter les conclusions présentées à ce titre par le requérant en tant qu'elles sont dirigées contre de la société Technipipe.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de l'inspecteur du travail du 23 juillet 2021 est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société par actions simplifiée Technipipe et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie en sera adressée au directeur régional de l'emploi, du travail et des solidarités de Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2108284

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