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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2108293

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2108293

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2108293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10e Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantDE ALMEIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2021, Mme A B veuve C, représentée par Me De Almeida, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juillet 2021, par laquelle la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a confirmé le montant de son droit à l'allocation de logement sociale fixé au taux mensuel de 60 euros à compter de janvier 2020 ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône de lui verser l'intégralité de ses droits à l'allocation de logement sociale dues depuis le 1er février 2020 à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, Me De Almeida, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a opéré un mode de calcul de ses droits en méconnaissance des dispositions de l'article L. 823-1 et D. 823-16 du code de la construction et de l'habitation ;

-le montant de son allocation de logement social aurait dû être supérieur à celui qui lui est actuellement versé ;

-sa situation est inchangée depuis 2016 ;

-la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 20 mars 2023 la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pecchioli, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Pecchioli, président-rapporteur.

Aucune partie n'était présente ou représentée.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est bénéficiaire de l'allocation de logement social dans le département des Bouches-du-Rhône. Par une décision du 22 juillet 2021, prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a confirmé le montant de ses droits à l'allocation de logement social qui a été fixé au taux mensuel de 60 euros à compter de janvier 2020. La requérante conteste cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre. Les aides personnelles au logement comprennent : () 2° Les allocations de logement : () b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article L. 823-1 du même code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; 3° Le montant du loyer payé, pris en compte dans la limite d'un plafond, ainsi que les dépenses accessoires retenues forfaitairement ; 4° La qualité du demandeur : locataire, colocataire ou sous-locataire d'un logement meublé ou non, accédant à la propriété ou résident en logement-foyer ( ) ". Aux termes de l'article R. 822-2 de ce même code alors en vigueur : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer () ". Aux termes de l'article R. 822-3 de ce même code alors en vigueur : " Sous réserve des cas où ces ressources sont évaluées forfaitairement, les ressources prises en compte pour l'établissement de l'aide personnelle au logement sont celles perçues pendant l'année civile de référence. L'année civile de référence est l'avant-dernière année précédant la période de paiement. ". Aux termes de l'article R. 822-4 de ce même code : " I.-Les ressources prises en compte s'entendent du total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu selon le barème progressif, des revenus taxés à un taux proportionnel ou soumis à un prélèvement libératoire de l'impôt sur le revenu ainsi que des revenus perçus hors de France ou versés par une organisation internationale () "

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

4. Il résulte de l'instruction que pour déterminer le montant de l'allocation de logement social de Mme B à compter de janvier 2020, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a intégré dans sa base de calcul les revenus perçus par la requérante au cours de l'année 2018, estimé à 11 300 euros ainsi que le montant de son loyer hors charges du mois de juillet 2019 soit 520,45 euros. Il résulte toutefois de l'instruction et plus précisément de l'avis d'imposition 2019 sur les revenus de 2018 que si le revenu brut global de l'intéressée était de 11 284 euros, celui-ci, après l'abattement pour personnes âgées ou invalides, a été ramené à 8 868 euros correspondant ainsi à son revenu net imposable. En intégrant dans sa base de calcul le revenu brut global au lieu de son revenu net perçu au titre de l'année 2018, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a méconnu les dispositions précitées de l'article R. 822-4 du code de la construction et de l'habitation. Par suite, Mme B est fondée à solliciter l'annulation de la décision querellée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

6. Il appartient au tribunal administratif, saisi d'une demande dirigée contre une décision réduisant le versement de l'allocation de logement social, non seulement d'apprécier la légalité de cette décision, mais aussi de se prononcer sur les droits du demandeur à cette allocation jusqu'à la date à laquelle il statue, compte tenu de la situation de droit et de fait applicable au cours de cette période.

7. Le juge administratif ne dispose pas des éléments qui lui permettrait de déterminer les droits à l'allocation de logement social. Il y a lieu de renvoyer la requérante pour le calcul de ses droits à compter de la date de réduction de l'allocation en cause aux services de la CAF des Bouches-du-Rhône. Les services devront se prononcer sur ce dossier dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

8. Mme B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me De Almeida renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me De Almeida de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 22 juillet 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a déterminé les droits à l'allocation de logement social de Mme B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône de procéder au calcul des droits de Mme B conformément aux motifs énoncés au point 4 du jugement dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me De Almeida la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B veuve C, à Me De Almeida et à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-L. PECCHIOLILa greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ La greffière en chef,

Le greffier,

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