jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2108356 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5e Ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | CAUCHON-RIONDET |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête n°2108356, enregistrée le 24 septembre 2021, M. C, représenté par Me Cauchon-Riondet, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision 6 septembre 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a refusé de le prendre en charge en qualité de jeune majeur ;
2°) à titre principal, d'enjoindre à la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône de le faire bénéficier d'un contrat jeune majeur dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône d'instruire à nouveau sa demande et de prendre une décision dans le mois de la notification du jugement à intervenir et, passé ce délai, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ladite astreinte courant pendant un délai de trois mois après lequel elle pourra être liquidée et une nouvelle astreinte fixée ;
4°) de mettre à la charge du conseil départemental des Bouches-du-Rhône la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 221-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles au regard au regard de sa situation personnelle et de ses difficultés cognitives ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2022, le conseil départemental des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 octobre 2021.
II. Par une requête n°2203836 et un mémoire, enregistrés le 4 mai 2022, M. C, représenté par Me Cauchon-Riondet, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision 6 septembre 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a refusé de le prendre en charge en qualité de jeune majeur, ensemble la décision implicite par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé le 22 septembre 2021 ;
2°) à titre principal, d'enjoindre à la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône de le faire bénéficier d'un contrat jeune majeur dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône d'instruire à nouveau sa demande et de prendre une décision dans le mois de la notification du jugement à intervenir et, passé ce délai, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ladite astreinte courant pendant un délai de trois mois après lequel elle pourra être liquidée et une nouvelle astreinte fixée ;
4°) de mettre à la charge du conseil départemental des Bouches-du-Rhône la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 221-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles au regard au regard de sa situation personnelle et de ses difficultés cognitives ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2022, le conseil départemental des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Guarnieri, substituant Me Cauchon-Riondet, représentant M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les deux requêtes visées ci-dessus concernent un même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a, ainsi, lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
2. M. C, ressortissant guinéen, né le 10 août 2003, est entré en France au début de l'année 2020. Le 21 février 2020, il a fait l'objet d'un accueil provisoire d'urgence. Une évaluation éducative et sociale effectuée le 28 mai 2020 a conclu à un doute sur sa minorité et il a été mis fin à sa prise en charge par le département des Bouches-du-Rhône le 4 juin 2020.
M. C a été orienté vers un centre d'hébergement et de réinsertion (CHRS). Par ordonnance du 6 août 2020, le juge des enfants du tribunal judiciaire de Marseille a prononcé un non-lieu sur sa demande de placement. Par un arrêt du 23 juin 2021, la cour d'appel d'Aix-en-Provence a infirmé l'ordonnance du 6 août 2020 et confié le requérant à l'aide sociale à l'enfance du département des Bouches-du-Rhône jusqu'à sa majorité. Aucun accompagnement ne lui a cependant été proposé. M. C est devenu majeur le 10 août 2021. Le 2 juillet 2021, il a demandé à bénéficier d'un contrat jeune majeur. Par une décision du 6 septembre 2021, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande. Par un courrier du 22 septembre 2021 adressé en recommandé, M. C a formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 6 septembre 2021 tendant à la réformation de cette décision de rejet et à l'octroi du bénéfice d'un contrat jeune majeur. Ce recours préalable est resté sans réponse. Par les deux requêtes susvisées, M. C doit être regardé comme demandant au Tribunal, d'une part, d'annuler la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire, laquelle s'est substituée à la décision explicite de rejet du 6 septembre 2021, et, d'autre part, d'enjoindre au conseil départemental des Bouches-du-Rhône de le prendre en charge en qualité de jeune majeur, en application des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code, dans sa rédaction issue de la loi n° 2022-140 du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : " () : 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article ".
4. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt-et-un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.
5. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.
6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. C, né le 10 août 2003, est arrivé en France au début de l'année 2020. Si, par une ordonnance du 6 août 2020, le juge des enfants du tribunal judiciaire de Marseille a dans un premier temps prononcé un non-lieu sur sa demande de placement, la cour d'appel d'Aix-en-Provence, par un arrêt du 23 juin 2021, a infirmé cette décision et confié le requérant à l'aide sociale à l'enfance du département des Bouches-du-Rhône jusqu'à sa majorité. Le département des Bouches-du-Rhône qui, ainsi qu'il a été dit, a pris en charge M. C au titre de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité est, dès lors qu'il n'est pas sérieusement contesté que M. C ne bénéficie d'aucun soutien familial ni d'aucune ressource ni d'aucune solution d'hébergement stable, légalement tenu de poursuivre cette prise en charge. Si le département fait valoir que la volonté d'insertion de M. C n'est pas ressortie du comportement adopté par ce dernier pendant son placement, de telles considérations, qui pouvaient être prises en compte dans le cadre du large pouvoir d'appréciation dont disposait auparavant le président du conseil départemental pour accorder ou maintenir la prise en charge d'un jeune majeur, ne sauraient suffire, pour l'application des dispositions du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles issues de la loi du 7 février 2022, à justifier la décision refusant sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance. Par suite, à la date du présent jugement, M. C, dont la fragilité psychologique et les troubles cognitifs ont au demeurant été relevés par sa référente sociale, est fondé à soutenir que la décision par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a refusé de le prendre en charge en qualité de jeune majeur méconnaît les dispositions précitées du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.
7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant une prise en charge en qualité de jeune majeur.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que M. C soit pris en charge en qualité de jeune majeur jusqu'à ce qu'il atteigne l'âge de 21 ans. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de prendre en charge M. C en qualité de jeune majeur et de lui proposer un contrat adapté à sa situation, au titre de la période sollicitée, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dès lors, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1990. Il y a donc lieu, sous réserve que Me Cauchon-Riondet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge du conseil départemental des Bouches-du-Rhône le versement à Me Cauchon-Riondet de la somme globale de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle, après exercice d'un recours administratif préalable obligatoire, le conseil départemental des Bouches-du-Rhône a refusé de prendre en charge
M. B C en qualité de jeune majeur est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au conseil départemental des Bouches-du-Rhône de prendre en charge M. C en qualité de jeune majeur jusqu'à l'âge de 21 ans et de lui proposer un contrat adapté à sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le conseil départemental des Bouches-du-Rhône versera à Me Cauchon-Riondet la somme globale de 1 000 (mille) euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1990, sous réserve que Me Cauchon-Riondet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au conseil départemental des Bouches-du-Rhône et à Me Cauchon-Riondet.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeait M. A.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
J-M. ALe greffier,
Signé
P. GIRAUD
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef
2, 2203836
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026