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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2108395

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2108395

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2108395
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL MICHEL PEZET & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 septembre 2021 et 3 octobre 2022, la société Pharmacie Rey, représentée par Me Pourrière, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mars 2021 par laquelle le directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur (ARS PACA) a rejeté sa demande de transfert de l'officine de pharmacie située 167 rue de Provence à Sisteron (04200) dans un nouveau local au lieu-dit Le Plan Roman, cadastré n° AD 538 et AD 543 à Sisteron (04200), ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux réceptionné le 27 mai 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'ARS PACA la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 16 mars 2021 attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de consultation de l'ensemble des syndicats représentatifs de la profession ;

- elle méconnaît l'article L. 5125-3-1 du code de la santé publique dès lors que la délimitation des quartiers n'est pas pertinente ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation relative à l'absence de reconnaissance du caractère optimal de la desserte en médicaments au regard des besoins de la population résidente ;

- elle méconnait le 1° de l'article L. 5125-3-2 du code de la santé publique compte tenu d'un accès facilité à la future officine ;

- le transfert aurait dû être accordé sur le fondement des dispositions de l'article L. 5125-6 du code de la santé publique autorisant le transfert d'une officine auprès d'un centre commercial.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, l'ARS PACA conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaspard-Truc,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public ;

- et les observations de Me Ganne substituant Me Pezet , représentant la société Pharmacie Rey.

Considérant ce qui suit :

1. La société Pharmacie Rey, qui exploite une officine de pharmacie au 167, rue de Provence à Sisteron, a demandé le 16 décembre 2020 au directeur général de l'ARS PACA de l'autoriser, sur le fondement de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique, à transférer son établissement dans un nouveau local situé Lieu-dit Le Plan Roman à Sisteron. Sa demande a été rejetée par une décision du 16 mars 2021. Le recours gracieux formé par la société requérante et réceptionné le 27 mai 2021 est demeuré sans réponse. La société Pharmacie Rey demande au tribunal l'annulation de la décision du 16 mars 2021 et de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique : " Lorsqu'ils permettent une desserte en médicaments optimale au regard des besoins de la population résidente et du lieu d'implantation choisi par le pharmacien demandeur au sein d'un quartier défini à l'article L. 5125-3-1, d'une commune ou des communes mentionnées à l'article L. 5125-6-1, sont autorisés par le directeur général de l'agence régionale de santé, respectivement dans les conditions suivantes : 1° Les transferts et regroupements d'officines, sous réserve de ne pas compromettre l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente du quartier, de la commune ou des communes d'origine. L'approvisionnement en médicaments est compromis lorsqu'il n'existe pas d'officine au sein du quartier, de la commune ou de la commune limitrophe accessible au public par voie piétonnière ou par un mode de transport motorisé répondant aux conditions prévues par décret, et disposant d'emplacements de stationnement () ".

3. D'une part, aux termes de l'article L. 5125-3-1 de ce code : " Le directeur général de l'agence régionale de santé définit le quartier d'une commune en fonction de son unité géographique et de la présence d'une population résidente. L'unité géographique est déterminée par des limites naturelles ou communales ou par des infrastructures de transport. Le directeur général de l'agence régionale de santé mentionne dans l'arrêté prévu au cinquième alinéa de l'article L. 5125-18 le nom des voies, des limites naturelles ou des infrastructures de transports qui circonscrivent le quartier ". Ces dispositions imposent au directeur général de l'agence régionale de santé de mentionner expressément dans l'arrêté, le nom des voies, limites naturelles ou infrastructures de transports qui circonscrivent le quartier d'accueil du projet de transfert, pour assurer l'information claire et intelligible du public concerné.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 5125-3-2 du même code : " Le caractère optimal de la desserte en médicaments au regard des besoins prévu à l'article L. 5125-3 est satisfait dès lors que les conditions cumulatives suivantes sont respectées : / 1° L'accès à la nouvelle officine est aisé ou facilité par sa visibilité, par des aménagements piétonniers, des stationnements et, le cas échéant, des dessertes par les transports en commun ; / 2° Les locaux de la nouvelle officine remplissent les conditions d'accessibilité mentionnées à l'article L. 111-7-3 du code de la construction et de l'habitation, ainsi que les conditions minimales d'installation prévues par décret. Ils permettent la réalisation des missions prévues à l'article L. 5125-1-1 A du présent code et ils garantissent un accès permanent du public en vue d'assurer un service de garde et d'urgence ; / 3° La nouvelle officine approvisionne la même population résidente ou une population résidente jusqu'ici non desservie ou une population résidente dont l'évolution démographique est avérée ou prévisible au regard des permis de construire délivrés pour des logements individuels ou collectifs ".

5. Pour refuser le transfert sollicité, le directeur général de l'ARS PACA s'est notamment fondé sur la circonstance que la population était inégalement répartie sur la commune de Sisteron, cette dernière étant majoritairement présente au sud de la commune et du tunnel de la Baume, et a considéré que le quartier d'accueil A, tel que délimité dans sa décision, numéroté quartier " 4 ", était dépourvu de population résidente, pour en déduire que la nouvelle officine ne répondait pas à une nécessité d'approvisionnement en médicament.

6. Il ressort des pièces du dossier que la population de Sisteron s'élève à 7 460 habitants pour quatre officines, toutes situées dans le centre-ville. Dans ses écritures en défense, l'ARS PACA indique que le territoire de la commune de Sisteron doit être découpé en six quartiers distincts, le transfert envisagé devant s'opérer du quartier du centre-ville, où se trouve l'emplacement actuel de la pharmacie Rey, au quartier dit A, situé au nord de la ville, une distance de six kilomètres séparant le nouveau local de l'ancien. Toutefois, les indications données par l'administration dans la décision contestée sont insuffisantes pour justifier une délimitation pertinente des quartiers retenus, notamment du quartier d'accueil. Selon l'ARS, le quartier " 4 " est délimité au Nord, par les limites communales, à l'Est, par l'autoroute A51, au Sud, par la rivière Durance et à l'Ouest, par la Durance et le canal EDF de Sisteron. Or, il ressort des pièces du dossier que ces limites comportent des incohérences s'agissant de la délimitation Ouest, qui ne peut être constituée à la fois par la Durance et par le canal EDF de Sisteron, qui ne suivent pas le même cours. Il ressort, en outre, des cartes fournies par l'administration que la limite Ouest du quartier a été fixée selon un tracé situé bien à l'ouest de ces limites naturelles, sans que la moindre explication ne soit apportée sur le choix d'une telle délimitation. A supposer que la limite Ouest du quartier " 4 ", qui matérialise aussi la limite Est du quartier " 5 ", soit délimitée par la limite naturelle représentée par le canal EDF de Sisteron, il n'est pas établi, ni même allégué, que ce canal constituerait une limite infranchissable, en l'absence notamment de voie piétonne permettant aux habitants de la traverser. En outre, contrairement à ce que soutient l'administration, il ressort des pièces du dossier, notamment du recensement effectué par la commune de Sisteron et des vues aériennes produites par la requérante, que les quartiers " 4 " et " 5 " comportent une population résidente, fût-elle de faible importance. Ainsi, l'unité géographique et humaine retenue par l'ARS pour définir les quartiers " 4 " et " 5 " ne revêt pas une pertinence particulière, alors qu'il appartenait à cette autorité de préciser de façon intelligible et cohérente les limites du quartier d'accueil de l'officine transférée. La société requérante est par suite fondée à soutenir que la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 5125-3-1 du code de la santé publique, étant précisé que cette erreur présente un caractère substantiel dès lors qu'elle ne permet pas de vérifier que les conditions posées par les dispositions de l'article L 5125-3-2 combinées à celles de l'article L. 5125-3-3 de ce code ont été satisfaites.

7. Enfin, s'il ressort des termes de la décision attaquée que l'ARS PACA a également considéré que le nouveau local ne présentait pas un accès facilité à la nouvelle officine par des aménagements piétonniers ni par des transports en commun, la société requérante produit des photographies, réalisées lors du confinement de la population en 2020, montrant qu'il existe un chemin piéton longeant l'emplacement prévu pour l'officine et un passage piéton reliant cet emplacement à la galerie marchande. Ces aménagements permettaient donc un accès facilité au local, au sens du 1° de l'article L. 5125-3-2 du code de la santé publique, à la date de la décision en litige, ce qui n'est pas sérieusement contesté par l'administration en défense, la desserte de l'officine par des transports en commun n'étant pas exigée par ce texte. Ainsi, il ne résulte donc pas de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en ne se fondant que sur ce motif.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 16 mars 2021 de l'ARS PACA doit être annulée, ainsi que la décision de rejet du recours gracieux réceptionné le 27 mai 2021.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'ARS PACA la somme de 1 500 euros à verser à la société requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 16 mars 2021 du directeur général de l'ARS PACA et la décision de rejet du recours gracieux réceptionné le 27 mai 2021 sont annulées.

Article 2 : L'ARS PACA versera à la société Rey la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Pharmacie Rey et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée à l'Agence régionale de santé de Provence-Alpes-Côte d'Azur et à la pharmacie du centre.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente de chambre,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Balussou, première conseillère,

Assistées de Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

F. Gaspard-Truc

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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