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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2108480

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2108480

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2108480
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBELAÏCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2021, Mme E A B, représentée par Me Belaiche, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a invitée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'invitation à quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'absence de débat contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre et invitation à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requérante n'a pas fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, mais seulement d'une invitation à quitter le territoire français, qui ne fait pas grief à l'intéressée ;

- les moyens soulevés par la requérante sont infondés.

Par un courrier du 30 septembre 2021, le Tribunal a informé les parties, sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce qu'il était susceptible de fonder sa décision sur le moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions en annulation dirigées contre l'invitation à quitter le territoire français, ladite décision ne faisant pas grief.

Me Belaiche a produit pour la requérante des observations en réponse à ce courrier, enregistrées le 5 octobre 2021, qui ont été communiquées au préfet des Bouches-du-Rhône.

Par une décision du 5 juillet 2021, Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E A B, ressortissante marocaine née le 2 janvier 1960, a présenté le 29 octobre 2020 une demande d'admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 313-11- 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 avril 2021 dont elle demande l'annulation au Tribunal, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et l'a invitée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire de l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par la décision précitée. Par suite, les conclusions susvisées sont devenues sans objet.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. Aux termes de l'article R. 311-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas de refus de délivrance de tout titre de séjour, l'étranger est tenu de quitter le territoire français. ".

4. Ainsi que l'a relevé le préfet des Bouches-du-Rhône dans son mémoire en défense, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'invitation à quitter le territoire français, qui ne constitue que le rappel des dispositions de l'article R. 311-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne fait pas grief à l'intéressée, sont irrecevables. Par suite, de telles conclusions doivent être rejetées et les moyens articulés autour de cette décision doivent être écartés comme inopérants. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, inexistante, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. L'arrêté attaqué, après avoir visé notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état de la situation personnelle et familiale de la requérante et précise les motifs pour lesquels le préfet a considéré qu'elle ne remplissait ni les conditions prévues au 7° de l'article L. 313-11, ni celles de l'article L. 313-14 du même code. Cet arrêté, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision manque en fait et doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ". Pour l'application des dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Mme A B, divorcée d'un ressortissant français avec lequel elle a eu deux enfants de nationalité française, déclare vivre à Arles, chez sa fille, Mme F A D, depuis le décès de son fils intervenu à Marseille en 2014. Toutefois, si la requérante verse aux débats de nombreuses pièces témoignant d'une résidence habituelle en France depuis 2014, l'ancienneté de séjour sur le territoire français ne saurait, à elle seule, justifier une admission au séjour au titre de la vie privée et familiale, en l'absence de démonstration particulière de la fixation de ses intérêts personnels et familiaux dans la société française. A cet égard, la requérante, qui est par ailleurs titulaire d'une carte de résident longue durée délivrée par les autorités italiennes le 13 mars 2015, ne démontre pas l'intensité des relations qu'elle entretient avec sa fille, ni la nécessité de devoir rester auprès d'elle. Elle ne démontre pas davantage une insertion socio professionnelle significative sur le territoire français, ni être dépourvue d'attaches privées et familiales au Maroc, où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait méconnu les dispositions précitées ou aurait porté sur son droit de mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la décision en litige.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut-être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / () ".

11. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

12. Eu égard aux éléments ci-dessus énoncés, la requérante ne démontre pas que son admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels. A cet égard, la requérante soutient que son ex époux a " kidnappé " ses enfants en 1989 et 1996 afin de les emmener illégalement en France, qu'il a été condamné à de multiples reprises par les autorités marocaines mais qu'il n'a jamais été inquiété en France pour ces faits. Toutefois, et à supposer même de telles allégations établies, la requérante ne démontre pas, ainsi qu'il a été dit, l'intensité des relations qu'elle entretiendrait avec sa fille qui l'héberge, ni la nécessité de devoir rester auprès d'elle en France, alors qu'elle est par ailleurs titulaire d'une carte de résident longue durée en Italie, où elle exerçait, selon ses propres déclarations, un emploi d'aide à domicile. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté. Pour les motifs précédemment énoncés, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 avril 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a invitée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par voie de conséquence, doivent être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Haïli, premier conseiller faisant fonction de président,

Mme Beyrend, première conseillère,

Mme Pilidjian, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

M. BEYRENDLe président,

signé

X. HAÏLI

La greffière,

signé

C. CHARLOIS

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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