jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2108679 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LEONARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 octobre 2021, M. A B, représenté par Me Léonard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2020 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours,
2°) d'annuler les arrêtés du 18 février 2021 et du 3 avril 2021 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assigné à résidence et la décision implicite de rejet par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux contre ces décisions ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros à Me Léonard sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions du 1er octobre 2020, du 18 février 2021 et du 3 avril 2021 sont insuffisamment motivées ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance du principe général du droit d'être entendu ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- les décisions attaquées sont attachées d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au non-lieu à statuer.
Par un courrier du 24 novembre 2023 les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office :
- l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des décisions du 18 février 2021 et du 3 avril 2021 par lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône a assigné à résidence M. B dès lors qu'elles sont tardives en application des dispositions de l'article L. 512-1 et L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté le recours gracieux de M. B contre ces décisions dès lors que, le recours gracieux ayant été exercé au-delà du délai de recours contentieux, cette décision n'est pas susceptible de recours.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Devictor.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité algérienne, a vu sa demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 juin 2018. Il a consécutivement fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire le 3 mai 2019. Le 1er octobre 2020, il a fait l'objet d'une seconde décision d'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours après avoir été interpellé la veille dans le cadre d'une affaire de vol. Par deux arrêtés du 18 févier 2021 et du 3 avril 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assigné à résidence pour des durées respectives de quarante-cinq jours et six mois. Le 6 mai 2021, M. B a formé un recours gracieux contre ces deux décisions d'assignation à résidence. Une décision implicite de rejet est née du silence de l'administration. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône du 1er octobre 2020 portant obligation de quitter le territoire français, des décisions du 18 février 2021 et du 3 avril 2021 portant assignation à résidence et de la décision implicite de rejet par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté son recours gracieux contre ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté d'assignation à résidence du 18 février 2021 :
2. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux décisions en litige : " I.- L'autorité administrative peut prendre une décision d'assignation à résidence à l'égard de l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, lorsque cet étranger : () 5° Fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an auparavant et pour laquelle le délai pour quitter le territoire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 512-1 du même code : " () III.- En cas de placement en rétention en application de l'article L. 551-1, l'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, de la décision refusant un délai de départ volontaire, de la décision mentionnant le pays de destination et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ou d'interdiction de circulation sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant, dans un délai de quarante-huit heures à compter de leur notification, lorsque ces décisions sont notifiées avec la décision de placement en rétention (). L'étranger faisant l'objet d'une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 561-2 peut, dans le même délai, demander au président du tribunal administratif l'annulation de cette décision. Les décisions mentionnées au premier alinéa du présent III peuvent être contestées dans le même recours lorsqu'elles sont notifiées avec la décision d'assignation ".
3. L'exercice, au-delà du délai de recours contentieux contre un acte administratif, d'un recours gracieux tendant au retrait de cet acte ne saurait avoir pour effet de rouvrir le délai de recours. Le rejet d'une telle demande n'est ainsi en principe, hors le cas où l'administration a refusé de faire usage de son pouvoir de retirer un acte administratif obtenu par fraude, pas susceptible de recours.
4. Il ressort des pièces du dossiers que l'arrêté d'assignation à résidence pris par le préfet des Bouches-du-Rhône sur le fondement de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 18 février 2021 a été notifié à M. B le 19 février 2021. En application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B disposait donc d'un délai de 48 heures pour contester cette décision à compter de sa notification. De plus, le recours gracieux exercé le requérant le 6 mai 2021, donc au-delà du délai de recours contentieux ne saurait avoir pour effet de rouvrir le délai de recours. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'annulation de la décision d'assignation à résidence du 18 février 2021 sont tardives et, par suite, irrecevables et les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté le recours gracieux de M. B contre cette décision, dirigée contre une décision insusceptible de recours, sont également irrecevables.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté d'assignation à résidence du 3 avril 2021 :
5. Aux termes de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à la date de la décision en litige : " Lorsque l'étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, l'autorité administrative peut, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l'assignant à résidence, dans les cas suivants : 1° Si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ou si le délai de départ volontaire qui lui a été accordé est expiré () ".
6. En visant notamment le 1° de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en relevant que M. B faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et que l'exécution de la mesure d'éloignement demeurait une perspective raisonnable même si elle ne pouvait être exécutée immédiatement, l'arrêté indique de manière suffisamment précise les motifs de fait et de droit pour lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a assigné M. B à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. B n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier de la part de l'administration au regard des éléments dont elle avait connaissance à la date de la décision. Par suite, le moyen tiré de l'absence de cet examen doit être écarté.
8. Si M. B fait valoir qu'il vit sur le territoire français avec son épouse et ses trois enfants, les conséquences de l'éloignement du territoire sur la vie privée et familiale de l'intéressé résulteraient de la décision d'obligation de quitter le territoire français du 1er octobre 2020 et non de la décision par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône s'est borné à prendre une mesure d'exécution de cette décision. Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision l'assignant à résidence.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 1er octobre 2020 :
9. Aux termes de l'article R. 776-14 du code de justice administrative : " La présente section est applicable aux recours dirigés contre les décisions mentionnées à l'article R. 776-1, lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence () ". Aux termes de l'article R. 776-18 du même code : " () Les décisions attaquées sont produites par l'administration ".
10. La production de la décision attaquée a été demandée par le tribunal administratif au préfet des Bouches-du-Rhône par un courrier du 16 novembre 2023 dont il a accusé la réception le même jour. En l'absence de production de la décision en litige, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision doit être regardé comme fondé. Par suite il y a lieu d'annuler la décision du 1er octobre 2020.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
12. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet des Bouches-du-Rhône réexamine la situation de M. B et qu'il délivre à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'ordonner une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, le versement de la somme de 1 200 euros à Me Anne Léonard, conseil de M. B, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 1er octobre 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a obligé M. B à quitter le territoire français est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente.
Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 4 : Sous réserve que Me Léonard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera une somme de 1 200 euros à Me Anne Léonard, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Anne Léonard et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, vice-président,
Mme Devictor, première conseillère,
Mme Delzangles, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
É. DevictorLe président,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026