vendredi 22 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2108706 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | PASSET |
Vu les procédures suivantes :
Sous le n° 2108706, par une requête et un mémoire enregistrés les 4 octobre 2021 et 6 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Passet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a refusé de faire droit à sa demande de revalorisation salariale ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, à l'administration de revaloriser sa rémunération à hauteur de 3 947,23 euros, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à l'administration de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la procédure est entachée d'irrégularité dès lors que les comptes rendus de ses entretiens professionnels ne mentionnent pas les informations nécessaires à la réévaluation de sa rémunération, que la question de sa revalorisation salariale n'a pas été abordée au cours des entretiens professionnels 2019 et 2020, et que les décisions attaquées n'ont pas été précédées d'une négociation ;
- le refus de réévaluer sa rémunération est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article 1-3 du décret du 17 janvier 1986 qui pose une obligation de réévaluation triennale ;
- compte tenu de la diversité et de l'évolution des fonctions qu'il exerce et de son ancienneté de 27 années, l'administration a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de réévaluer son salaire ;
- l'administration a méconnu l'article 3 de son contrat de travail en ne réévaluant pas sa rémunération et en n'appliquant pas la grille de référence indiciaire ;
- compte tenu de son ancienneté, il devrait percevoir une rémunération correspondant à celle du grade de psychologue de la protection judiciaire, soit 3 847,23 euros ;
- les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit dans l'application du décret du 17 janvier 1986 et du guide ministériel, dès lors que les décisions attaquées ne se fondent que sur l'évolution des fonctions et n'examinent pas sa qualification et son expérience ou sa compétence professionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Sous le n° 2200397, par une requête et un mémoire enregistrés les 14 janvier 2022 et 6 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Passet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 novembre 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a refusé de faire droit à sa demande de revalorisation salariale ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, à l'administration de revaloriser sa rémunération à hauteur de 3 947,23 euros, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à l'administration de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la procédure est entachée d'irrégularité dès lors que les comptes rendus de ses entretiens professionnels ne mentionnent pas les informations nécessaires à la réévaluation de sa rémunération, que la question de sa revalorisation salariale n'a pas été abordée au cours des entretiens professionnels 2019 et 2020, et que les décisions attaquées n'ont pas été précédées d'une négociation ;
- le refus de réévaluer sa rémunération est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article 1-3 du décret du 17 janvier 1986 qui pose une obligation de réévaluation triennale ;
- compte tenu de la diversité et de l'évolution des fonctions qu'il exerce et de son ancienneté de 27 années, l'administration a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de réévaluer son salaire ;
- l'administration a méconnu l'article 3 de son contrat de travail en ne réévaluant pas sa rémunération et en n'appliquant pas la grille de référence indiciaire ;
- compte tenu de son ancienneté, il devrait percevoir une rémunération correspondant à celle du grade de psychologue de la protection judiciaire, soit 3 847,23 euros ;
- les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit dans l'application du décret du 17 janvier 1986 et du guide ministériel, dès lors que les décisions attaquées ne se fondent que sur l'évolution des fonctions et n'examinent pas sa qualification et son expérience ou sa compétence professionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Charpy,
- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public,
- les observations de Me Passet, représentant M. B, requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, psychologue affecté au sein de la maison centrale d'Arles bénéficiant d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er septembre 2005, a vu sa demande de revalorisation salariale, formée par courrier du 7 juin 2021, implicitement rejetée par une décision née du silence gardé par l'administration pendant plus de deux mois. L'intéressé a formé une nouvelle demande de revalorisation par un courrier du 29 septembre 2021 qui a donné lieu à une décision du 2 novembre 2021 et qui, dès lors qu'elle rejette expressément les deux demandes formées par l'intéressé respectivement les 7 juin et 29 septembre 2021, s'est substituée à la décision implicite de rejet précitée. M. B doit ainsi être regardé comme demandant au tribunal, dans les instances n°s 2108706 et 2200397, d'annuler cette décision explicite du 2 novembre 2021 et d'enjoindre à l'administration, à titre principal, de revaloriser sa rémunération à hauteur de 3 947,23 euros, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n°s 2108706 et 2200397 concernent le même agent, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article 1-3 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'État : " Le montant de la rémunération est fixé par l'autorité administrative, en prenant en compte, notamment, les fonctions occupées, la qualification requise pour leur exercice, la qualification détenue par l'agent ainsi que son expérience. / La rémunération des agents employés à durée indéterminée fait l'objet d'une réévaluation au moins tous les trois ans, notamment au vu des résultats des entretiens professionnels prévus à l'article 1-4 ou de l'évolution des fonctions. () ". Aux termes des dispositions de l'article 1-4 du même décret : " I.- Les agents recrutés pour répondre à un besoin permanent par contrat à durée indéterminée ou par contrat à durée déterminée d'une durée supérieure à un an bénéficient chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à un compte rendu. () ".
En ce qui concerne la légalité externe :
4. Il ne résulte, ni des dispositions citées au point précédent, ni d'aucune disposition législative ou réglementaire, que l'obligation pour l'administration de réévaluer le salaire d'un agent contractuel ferait peser sur elle une obligation d'organiser un entretien permettant à celui-ci de faire valoir ses observations orales. Une telle obligation ne découle pas davantage de l'article 3 du contrat à durée indéterminée de M. B, lequel prévoit, conformément aux dispositions de l'article 1-3 du décret du 17 janvier 1986, la possibilité d'une négociation portant sur la revalorisation salariale tous les deux à trois ans. La circonstance que M. B ait formé plusieurs demandes de revalorisation salariale depuis 2019 n'implique pas davantage que l'administration, en s'abstenant de faire une contreproposition à l'intéressé, aurait entaché la décision rejetant sa demande d'une irrégularité procédurale. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'existence d'un vice de procédure.
En ce qui concerne la légalité interne :
5. En premier lieu, il résulte des dispositions citées au point 3 que seule la réévaluation est obligatoire, pas la revalorisation salariale. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit du seul fait que la revalorisation a été refusée alors qu'aucune revalorisation n'a eu lieu depuis 2015. De même, les stipulations de son contrat à durée indéterminée ne posant aucune obligation de revalorisation salariale n'ont pas été méconnues du seul fait de l'absence de cette revalorisation depuis six années.
6. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article 1-3 du décret du 17 janvier 1986 qu'il appartient au seul employeur de réévaluer le salaire des agents contractuels en tenant compte notamment des critères qu'elles énoncent, lesquels ne sont, contrairement à ce soutient le requérant, ni cumulatifs, ni limitatifs. Dans ces conditions, à supposer même, comme le soutient le requérant, que l'administration aurait rejeté le 2 novembre 2021 la demande de revalorisation salariale formulée par ce dernier au motif exclusif que le périmètre des fonctions qu'il occupe n'a pas suffisamment varié, elle n'a pas commis d'erreur de droit.
7. En troisième lieu, si en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires relatives à la fixation de la rémunération des agents non titulaires, l'autorité compétente dispose d'une large marge d'appréciation pour déterminer, en tenant compte notamment des fonctions confiées à l'agent et de la qualification requise pour les exercer, le montant de la rémunération ainsi que son évolution, il appartient au juge, saisi d'une contestation en ce sens, de vérifier qu'en fixant ce montant, l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
8. M. B soutient que sa rémunération, d'environ 2 249,15 euros n'a pas été revalorisée depuis le 1er septembre 2015 et qu'elle n'est pas proportionnée à son ancienneté de 27 ans, à son expertise professionnelle et à la diversité de ses missions. Il fait valoir à cet égard que les deux comptes rendus d'évaluation professionnelle de 2019 et 2020 renvoient à une note chiffrée de 16/20 et se prévaut, s'agissant de la nature et de la diversité de ses missions, de ses interventions à l'ENAP, de sa participation à une réunion de groupe de travail relatif à la réorganisation de la détention et qui avait pour objectifs majeurs la diminution des violences en détention et l'amélioration des conditions de travail des personnels ainsi que de sa participation à la formation des stagiaires affectés dans l'établissement.
9. Toutefois, d'une part, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir que depuis la conclusion de l'avenant à son contrat à durée indéterminée le 29 septembre 2015, la nature de ses tâches aurait sensiblement évolué, alors au surplus que l'intéressé a formulé une demande de revalorisation de plus de 30 % de son salaire. D'autre part, il ressort des comptes rendus des entretiens professionnels établis au titre des années 2019 et 2020 qu'il est reproché à M. B des difficultés en matière de communication tant avec la direction qu'avec l'encadrement qui souhaitent des échanges réguliers, et que sa capacité à rendre des comptes a été évaluée comme insuffisante en 2019 et 2020 alors que sa capacité à travailler en équipe, évaluée comme très bonne en 2019, a été évaluée comme bonne en 2020. Enfin, M. B ne peut pas utilement se référer à la grille indiciaire des psychologues de la protection judiciaire pour démontrer que sa rémunération est sous-évaluée, dès lors qu'il n'a pas un droit à recevoir une rémunération équivalente à celle des titulaires. Dans ces conditions, en dépit de ses qualifications et de son ancienneté, le ministre de la justice n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de réviser à la hausse la rémunération de M. B.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction du requérant doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans les deux présentes instances, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n° 2108706 est rejetée.
Article 2 : La requête n° 2200397 est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 23 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Charpy, première conseillère,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
C. Charpy
Le président,
Signé
J.B. Brossier
La greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
N°s 2108706, 2200397
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026