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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2108846

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2108846

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2108846
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8è ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantBOUTEILLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 octobre et 23 décembre 2021, 8 juin et 13 juillet 2022, et un mémoire récapitulatif enregistré le 27 juillet 2022, la société locale d'équipement et d'aménagement de l'aire métropolitaine (SOLEAM), représentée par Me Sindres, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler les neuf avis de sommes à payer émis le 12 août 2021 pour la ville de Marseille pour un montant total de 65 867 euros pour le remboursement de la somme de 65 867 euros au titre de l'hébergement des occupants de l'immeuble situé 4 rue d'Aix à Marseille pour la période allant du 23 novembre 2018 au 1er octobre 2020 ainsi que les deux décisions implicites rejetant ses recours gracieux du 1er septembre 2021 et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler les neuf avis de sommes à payer en tant qu'ils portent sur une période antérieure au 2 décembre 2019 et de prononcer la décharge de l'obligation de payer de la somme réclamée pour la même période, soit 35 012 euros ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les avis de sommes à payer ont été signés par une autorité compétente ;

- ils méconnaissent le 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- les bases de liquidation des avis de sommes à payer en litige n'ont pas été portées à sa connaissance de manière suffisamment précise ;

- il n'est pas établi que les personnes pour lesquelles le remboursement des frais d'hébergement est réclamé résidaient dans l'immeuble concerné par l'arrêté de péril imminent du 23 novembre 2018 à cette date ;

- les sommes réclamées ne pouvaient pas être mises solidairement à sa charge dès lors que l'arrêté de péril imminent du 23 novembre 2018 n'a pas été publié au fichier immobilier ou au livre foncier en vertu de l'article L. 541-2 du code de la construction et de l'habitation ;

- elle n'est pas redevable des sommes réclamées pour la période antérieure au 2 décembre 2019 dès lors qu'elle n'était pas propriétaire de l'immeuble à la date à laquelle le propriétaire a été mis en demeure de prendre toutes les mesures propres à assurer la sécurité publique ;

- il y a lieu de limiter le montant des sommes à rembourser à la période postérieure au 2 décembre 2019, date à laquelle elle est devenue propriétaire de l'immeuble.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 mai, 8 juillet et 31 août 2022, la ville de Marseille, représentée par Me Bouteiller, demande au tribunal de rejeter la requête et de mettre à la charge de la SOLEAM la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SOLEAM ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 septembre 2022, la clôture d'instruction est intervenue à la même date en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Frédéric Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Chavalarias, représentant la SOLEAM, et de Me Bouteiller, représentant la ville de Marseille.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté de péril imminent du 23 novembre 2018, le maire de la ville de Marseille a interdit toute occupation et utilisation de l'immeuble situé au 4 rue d'Aix, à l'exception du local commercial du rez-de-chaussée. La SOLEAM est devenue propriétaire de cet immeuble le 2 décembre 2019. Considérant que celle-ci devait prendre en charge l'hébergement des locataires de cet immeuble et constatant sa défaillance à ce sujet, la ville a garanti cet hébergement, et par neuf avis de sommes à payer émis le 12 août 2021 pour un montant total de 65 867 euros couvrant la période allant du 23 novembre 2018 au 1er octobre 2020, elle a demandé à la société requérante de lui rembourser les sommes engagées à cette fin. La SOLEAM a adressé le 1er septembre 2021 deux recours gracieux, reçus les 6 et 7 septembre 2021. Ces recours ont été implicitement rejetés. La SOLEAM demande au tribunal, à titre principal, d'annuler les avis de sommes à payer ainsi que les deux décisions implicites de rejet de ses recours gracieux et de la décharger de l'obligation de payer la somme réclamée de 65 867 euros et, à titre subsidiaire, d'annuler ces avis de sommes à payer en tant qu'ils portent sur une période antérieure au 2 décembre 2019 et de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme réclamée pour la même période, soit 35 012 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

En ce qui concerne la période du 23 novembre 2018 au 1er décembre 2019 :

2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable au litige : " Le maire peut prescrire la réparation ou la démolition des murs, bâtiments ou édifices quelconques lorsqu'ils menacent ruine et qu'ils pourraient, par leur effondrement, compromettre la sécurité ou lorsque, d'une façon générale, ils n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité publique, dans les conditions prévues à l'article L. 511-2. Toutefois, si leur état fait courir un péril imminent, le maire ordonne préalablement les mesures provisoires indispensables pour écarter ce péril, dans les conditions prévues à l'article L. 511-3 () ". Aux termes de l'article L. 511-3 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " En cas de péril imminent, le maire, après avertissement adressé au propriétaire, demande à la juridiction administrative compétente la nomination d'un expert qui, dans les vingt-quatre heures qui suivent sa nomination, examine les bâtiments, dresse constat de l'état des bâtiments mitoyens et propose des mesures de nature à mettre fin à l'imminence du péril s'il la constate. / Si le rapport de l'expert conclut à l'existence d'un péril grave et imminent, le maire ordonne les mesures provisoires nécessaires pour garantir la sécurité, notamment, l'évacuation de l'immeuble () ". Aux termes de l'article L. 521-1 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " Le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer le relogement ou l'hébergement des occupants ou de contribuer au coût correspondant dans les conditions prévues à l'article L. 521-3-1 dans les cas suivants : / () / -lorsqu'un immeuble fait l'objet d'un arrêté de péril en application de l'article L. 511-1 du présent code, si l'arrêté ordonne l'évacuation du bâtiment ou s'il est assorti d'une interdiction d'habiter ou encore si les travaux nécessaires pour mettre fin au péril rendent temporairement le logement inhabitable ; () ". Aux termes de l'article L. 521-3-1 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Lorsqu'un immeuble fait l'objet d'une interdiction temporaire d'habiter ou d'utiliser ou que son évacuation est ordonnée en application de l'article L. 511-3 ou de l'article L. 129-3, le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer aux occupants un hébergement décent correspondant à leurs besoins. / A défaut, l'hébergement est assuré dans les conditions prévues à l'article L. 521-3-2. Son coût est mis à la charge du propriétaire ou de l'exploitant () ". Aux termes de l'article L. 521-3-2 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Lorsqu'un arrêté de péril pris en application de l'article L. 511-1 ou des prescriptions édictées en application de l'article L. 123-3 ou de l'article L. 129-3 sont accompagnés d'une interdiction temporaire ou définitive d'habiter et que le propriétaire ou l'exploitant n'a pas assuré l'hébergement ou le relogement des occupants, le maire ou, le cas échéant, le président de l'établissement public de coopération intercommunale prend les dispositions nécessaires pour les héberger ou les reloger. / () / VI. - La créance résultant de la substitution de la collectivité publique aux propriétaires ou exploitants qui ne se conforment pas aux obligations d'hébergement et de relogement qui leur sont faites par le présent article est recouvrée soit comme en matière de contributions directes par la personne publique créancière, soit par l'émission par le maire ou, le cas échéant, le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le préfet d'un titre exécutoire au profit de l'organisme ayant assuré l'hébergement ou le relogement () ".

3. S'il ressort des dispositions précitées que lorsqu'un immeuble fait l'objet d'une interdiction temporaire d'habiter dans le cadre d'une procédure de péril imminent, si le propriétaire n'a pas assuré l'hébergement des occupants et que le maire prend les dispositions nécessaires pour l'assurer, son coût est mis à la charge du propriétaire, il ne ressort en revanche d'aucune disposition législative ou réglementaire que les propriétaires successifs qui ont acquis l'immeuble postérieurement à l'intervention de l'arrêté de péril imminent sont solidairement tenus avec le propriétaire de l'immeuble à la date de cet arrêté du paiement des sommes résultant des frais d'hébergement des occupants.

4. Il résulte de l'instruction que la ville de Marseille a émis six avis de sommes à payer à l'encontre de la SOLEAM pour l'hébergement des occupants de l'immeuble situé 4 rue d'Aix d'un montant de 8 844 euros pour les périodes du 23 novembre 2018 au 15 février 2019 et du 28 février au 31 mars 2019, de 2 060 euros pour les périodes du 15 au 27 décembre 2018 et du 15 au 28 février 2019, de 1 368 euros pour la période du 27 décembre 2018 au 15 janvier 2019, de 10 486 euros pour la période du 31 mars au 30 juin 2019, de 2 130 euros pour la période du 31 mai au 30 juin 2019 et de 10 124 euros pour la période du 30 juin au 1er octobre 2019. Toutefois, ces avis de sommes à payer sont dépourvus de base légale dès lors qu'ils mettent à la charge de la SOLEAM l'hébergement des occupants de l'immeuble situé au 4 rue d'Aix, assuré par la ville de Marseille, suite à l'intervention de l'arrêté de péril imminent du 23 novembre 2018 et portant interdiction d'occupation et d'utilisation de l'immeuble hormis pour le local du rez-de-chaussée, pour une période antérieure à l'acquisition de cet immeuble par la société requérante.

5. Il résulte de ce qui précède que les six avis de sommes à payer évoqués au point précédent doivent être annulés ainsi que, par voie de conséquence, en tant qu'elles concernent la période d'hébergement des occupants de l'immeuble situé au 4 rue d'Aix entre le 23 novembre 2018 et le 1er décembre 2019, les deux décisions implicites de rejet des deux recours gracieux adressées le 1er septembre 2021 par la SOLEAM. Il y a également lieu de décharger celle-ci du paiement de la somme correspondante de 35 012 euros, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

En ce qui concerne la période à compter du 2 décembre 2019 :

6. Aux termes du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public vaut notification de ladite ampliation. / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ".

7. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif adressée au redevable doit mentionner les noms, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur.

8. Si les avis de sommes à payer en litige comportent le nom, le prénom et la qualité de la personne qui les a émis, il n'est pas établi que le bordereau de titre de recettes, en l'absence de production devant le tribunal, comporte la signature de l'émetteur. La SOLEAM est par suite fondée à soutenir que les avis de sommes à payer en litige méconnaissent les dispositions précitées du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.

9. Il résulte de ce qui précède que les avis de sommes à payer, émis le 12 août 2021, d'un montant de 10 934 euros pour la période du 2 décembre 2019 au 2 mars 2020, d'un montant de 10 366 euros pour la période du 3 février au 3 avril 2020 et d'un montant de 9 555 euros pour la période du 2 juin au 1er octobre 2020 doivent être annulés ainsi que, par voie de conséquence, en tant qu'elles concernent la période d'hébergement des occupants de l'immeuble situé au 4 rue d'Aix entre le 2 décembre 2019 et le 1er octobre 2020, les deux décisions implicites de rejet des deux recours gracieux adressées le 1er septembre 2021 par la SOLEAM, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la ville de Marseille une somme de 1 500 euros à verser à la SOLEAM au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépense. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la collectivité demande au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : Les avis de sommes à payer émis le 12 août 2021 pour la ville de Marseille à l'encontre de la SOLEAM pour le remboursement de la somme de 65 867 euros au titre de l'hébergement des occupants de l'immeuble situé 4 rue d'Aix à Marseille pour la période allant du 23 novembre 2018 au 1er décembre 2020 sont annulés.

Article 2 : La SOLEAM est déchargée du paiement de la somme de 35 012 euros.

Article 3 : La ville de Marseille versera à la SOLEAM la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la ville de Marseille sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société locale d'équipement et d'aménagement de l'aire métropolitaine et à la ville de Marseille.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E-M. A

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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