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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2108976

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2108976

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2108976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSLUCKI-KRZYWKOWSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2021, M. A D, représenté par Me Slucki-Krzywkowski, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice.

Il soutient que :

- la signataire de la décision attaquée était incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré 20 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Delzangles.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant comorien, a sollicité le 30 décembre 2020 son admission au séjour sur le fondement de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 20 septembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Le requérant demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, titulaire d'une délégation de signature à l'effet de signer la décision attaquée, consentie par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 mars 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique également que les documents produits par le requérant ne justifient pas l'ancienneté et la stabilité des liens personnels et familiaux dont il se prévaut. Ainsi, l'arrêté contesté comporte de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait se rapportant à la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. D n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier de la part de l'administration au regard des éléments dont elle avait connaissance à la date de la décision. Par suite, le moyen tiré de l'absence de cet examen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. Si M. D déclare être entré en France en 2015, les pièces du dossier ne permettent pas d'établir la stabilité et la continuité de son séjour sur le territoire avant l'année 2018. En outre, si le requérant allègue avoir contracté un pacte civil de solidarité le 21 juin 2019 avec une compatriote avec laquelle il a eu deux enfants nés en France le 6 janvier 2019 et le 17 octobre 2020, il ressort des pièces du dossier que sa conjointe ne disposait pas, à la date de la décision attaquée, de titre de séjour, sa demande en ce sens adressée le 7 novembre 2019 à la préfecture des Bouches-du-Rhône ayant été implicitement rejetée le 7 mars 2020. Ainsi, le requérant n'établit pas avoir transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine dont sa conjointe et ses enfants ont la nationalité et où il peut reconstituer sa cellule familiale. Il s'ensuit que la décision par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé d'admettre le requérant au séjour n'a pas porté au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs pour lesquels elle a été prise et n'a, ainsi, pas méconnu les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D tendant à l'annulation de la décision du 20 septembre 2021 doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Devictor, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

B. Delzangles

Le président,

Signé

P-Y. GonneauLa greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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