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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2109001

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2109001

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2109001
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET NAUDIN AVOCATS JURISTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 octobre 2021 et le 13 avril 2022, le syndicat des copropriétaires de la résidence Les Marronniers, pris en la personne de son syndic, représenté par Me Naudin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision, née le 17 avril 2021 et attestée par un certificat délivré le 19 mai 2021, par laquelle le maire de la commune de Marseille a tacitement accordé à la SARL A et A Novelis et à la SARL Cube Développement un permis de construire autorisant la réalisation d'un immeuble de logement collectif comprenant 30 appartements, sur un terrain situé 6, impasse des Marronniers, dans le 14ème arrondissement de Marseille, ensemble le rejet implicite du recours gracieux formé contre cette autorisation ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Marseille ou tout succombant la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 76-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est recevable à agir contre le permis de construire en litige ;

- le projet méconnaît l'article UC12 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, en raison de l'exigüité de la voie de desserte ;

- l'accès au projet présentera un danger pour les usagers de la voie ;

- la voie interne au projet ne présente pas une largeur compatible avec l'OAP " Qualité d'aménagement et de formes urbaines " relative à la zone UC ;

- le projet méconnaît l'article UC13 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal dans ses dispositions relatives au raccordement à l'assainissement collectif, alors que les pétitionnaires ne justifient pas disposer d'une servitude pour procéder à ce raccordement ;

- il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le réseau d'assainissement étant déjà très fortement sollicité et ne pouvant supporter une charge supérieure.

Par un mémoire, enregistré le 17 février 2022, la commune de Marseille, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que:

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.

Par deux mémoires, enregistrés les 18 février et 28 février 2022, la société Groupe A et A Novelis et la société Cube Développement, représentée par Me Rosenfeld, conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire, au prononcé d'un sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;

- à titre très subsidiaire, de prononcer une annulation partielle sur le fondement de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme ;

- en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 3 000 euros à leur verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable pour tardiveté, pour absence de qulité pour agir du syndic, pour défaut d'intérêt pour agir ;

- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Par une ordonnance du 3 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 20 juin 2022.

Par une lettre du 26 septembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, que le tribunal pourrait juger fondés deux moyens, tirés de la méconnaissance des articles UC12 et UC13 du règlement du PLUi, estimer que ces vices seraient susceptibles d'être régularisés et, en conséquence, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois qu'il accorderait pour cette régularisation.

En réponse à la lettre d'information relative à l'emploi éventuel de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, une lettre, présentée pour les sociétés pétitionnaires a été enregistrée le 30 septembre 2022.

Vu :

- la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 ;

- le décret n° 67-223 du 17 mars 1967 ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Busidan, première conseillère,

- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,

- et les observations de Me Plantin pour la SARL Groupe A et A Novelis et la SARL Cube Développement.

Considérant ce qui suit :

1. Sur un terrain situé 6 impasse des Marronniers dans le 14ème arrondissement de la commune de Marseille, en zone UC4 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du territoire de Marseille Provence, la société Cube Développement et la société Groupe A et A Novelis ont été autorisées, par une décision tacite du 17 avril 2021 confirmée par un certificat de permis de construire tacite délivré le 19 mai 2021, à démolir des constructions existantes et à édifier un immeuble collectif en R+5 comprenant 30 logements. Le syndicat des copropriétaires de la résidence Les Marronniers demande l'annulation de cette décision, ainsi que de la décision par laquelle le maire de Marseille a rejeté le recours gracieux formé contre ce permis tacite.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

En ce qui concerne la capacité pour agir :

2. Dans sa rédaction applicable en l'espèce, l'article 55 du décret du 17 mars 1967, pris pour l'application de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, dispose, aux termes de ses deux premiers alinéas : " Le syndic ne peut agir en justice au nom du syndicat sans y avoir été autorisé par une décision de l'assemblée générale.// Seuls les copropriétaires peuvent se prévaloir de l'absence d'autorisation du syndic à agir en justice. ". Dès lors, il n'appartient ni à la commune de Marseille, ni aux sociétés pétitionnaires de contester l'absence d'autorisation du syndic à agir en justice. En outre, il est constant qu'à la date du recours gracieux qu'elle a formé contre l'autorisation en litige, la société Croset était le syndic de la copropriété de la résidence Les Marronniers. De ce fait même, elle avait mandat, contrairement à ce que soutiennent les sociétés pétitionnaires, pour effectuer les actes de gestion courante de la copropriété, au nombre desquels figure un recours gracieux. Et si à la date du recours contentieux, le syndic de la copropriété était un syndic judiciaire, il ressort de l'ordonnance du tribunal judiciaire de Marseille datée du 28 juin 2021 qui l'a désigné, que, parmi tous les pouvoirs d'administration donnés à ce syndic, et énumérés d'ailleurs de manière non exhaustive, figure explicitement celui de " représenter le syndicat dans tous les actes civils et en justice ".

En ce qui concerne l'intérêt pour agir :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat, justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction. Il en va de même lorsque le requérant est un syndicat de copropriétaires.

5. Le syndicat des copropriétaires de cette résidence fait valoir l'importance de l'immeuble projeté, qui comporte trente logements en R+5 et remplacerait la maison individuelle actuellement sur le terrain d'assiette. Outre la modification de l'environnement visuel des habitants d'un des bâtiments de la résidence, qui se trouve à une trentaine mètres du projet, le syndicat fait également valoir les nuisances qui résulteront vraisemblablement, aux abords immédiats de la résidence, du stationnement des habitants et visiteurs du projet en litige. Ces éléments, sur lesquels est sans effet la circonstance que la copropriété elle-même compte de hauts immeubles et un grand nombre de logements, suffisent à donner au syndicat requérant intérêt à poursuivre l'annulation de l'autorisation en litige.

6. Il résulte de ce qui précède que les fins de non-recevoir opposées en défense doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision attaquée :

7. D'une part, aux termes de l'article UC12 du règlement applicable du plan local d'urbanisme intercommunal du Territoire de Marseille Provence, relatif à la desserte par les voies publiques ou privées, " pour accueillir une construction nouvelle, un terrain doit être desservi par une voie ou une emprise publique existante ou créée dans le cadre du projet et dont les caractéristiques permettent de satisfaire :/' aux besoins des constructions et aménagements ;/'et aux exigences de sécurité routière, de défense contre l'incendie, de sécurité civile et de collecte des ordures ménagères ". D'autre part, l'en-tête de ce même article UC12 rappelle que les autorisations d'urbanisme doivent également être compatibles avec l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) intitulée " Qualité d'aménagement et des formes urbaines ", concernant notamment les gabarits des voiries de desserte externes aux opérations, laquelle prévoit que " " pour pouvoir accueillir une construction, le terrain doit être desservi : () par une voie ou emprise publique en double sens dont la largeur de chaussée est comprise entre 5,5m et 6m ". Enfin, le règlement écrit du PLUi relatif aux zones UC débute par des rappels au sein desquels figure celui-ci : " L'OAP " Qualité d'aménagement et des formes urbaines " complète, en pouvant être plus restrictive mais pas plus permissive, le règlement des zones UC ".

8. Il ressort des pièces du dossier, complétées par la consultation du site Géoportail accessible tant au juge qu'aux parties, que l'impasse des Marronniers est la voie publique qui, partant du boulevard Louis Villecroze et enjambant les voies ferrées, sinue jusqu'au terrain d'assiette du projet, avant d'aboutir à la traverse des Marronniers, qui dessert les bâtiments de la résidence requérante. Contrairement à ce qu'affirme la commune de Marseille, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette impasse des Marronniers, qui est à double sens et dont les pétitionnaires elles-mêmes disent qu'elle " fait environ 5 mètres ", présenterait sur la totalité de son tracé, et notamment sur le pont au-dessus des voies ferrées se trouvant juste avant le terrain d'assiette du projet en venant du boulevard Villecroze, un gabarit de 5 mètres de chaussée roulante, et des trottoirs ou accotements permettant une circulation sans risque des piétons. Alors que l'immeuble de trente logements projeté va nécessairement induire sur cette voie une circulation non négligeable, s'ajoutant à celle générée sans nul doute par la partie des nombreux habitants de la résidence requérante qui l'empruntent - même s'ils disposent aussi de la traverse des Marronniers pour leur desserte -, les caractéristiques présentées par cette voie de desserte externe ne satisfont pas aux besoins des constructions et aux exigences en matière de sécurité routière. Ces caractéristiques ne permettent pas de la regarder comme répondant aux exigences de l'article UC12 précité, ni comme compatible avec l'OAP " Qualité d'aménagement et des formes urbaines ", et le syndicat requérant est donc fondé à soutenir qu'en délivrant le permis de construire en litige, le maire de Marseille a méconnu ces dispositions.

9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature, en l'état de l'instruction, à entraîner l'annulation de l'arrêté en litige.

Sur l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

10. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

11. D'une part, il résulte des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme que, lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge administratif doit, en application de l'article L. 600-5-1, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5, si les conditions posées par cet article sont réunies.

12. D'autre part, les dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme permettent au juge de l'excès de pouvoir de procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où l'illégalité affecte une partie identifiable du projet et peut être régularisée par une mesure de régularisation.

13. Il ressort de ce qui a été dit au point 8 que l'illégalité retenue, qui tient aux caractéristiques propres de l'impasse des Marronniers, unique voie desservant le projet, affecte la réalisation de l'ensemble du projet litigieux et ne constitue pas un vice n'affectant qu'une partie identifiable du projet au sens de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que, compte tenu des travaux à entreprendre, notamment au-dessus des voies ferrées, pour l'élargissement de la voie, ce vice serait régularisable dans le délai raisonnable qui serait donné par le tribunal pour obtenir un permis de construire modificatif dans le cadre de la procédure de sursis à statuer prévue à l'article L. 600-5-1. Dès lors, les conclusions présentées par les sociétés pétitionnaires, tendant à l'application de l'article L. 600-5 ou de l'article L. 600-5-1 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les sociétés pétitionnaires sur ce fondement. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance demandés par le requérant.

D E C I D E :

Article 1er : Le permis de construire, tacitement obtenu le 17 avril 2021 par la société Cube Développement et la société Groupe A et A Novelis, et confirmé par le certificat de permis de construire tacite délivré le 19 mai 2021, ainsi que le rejet du recours gracieux formé contre cette autorisation, sont annulés.

Article 2 : La commune de Marseille versera, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros au syndicat des copropriétaires de la résidence Les Marronniers.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de la résidence Les Marronniers, à la société Cube Développement, à la société Groupe A et A Novelis et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hogedez, présidente,

- Mme Busidan, première conseillère,

- M. Peyrot, premier conseiller.

assistés de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

H. BusidanLa présidente de la 2ème chambre,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

Signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/Le greffier en chef,

Le greffier

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