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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2109062

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2109062

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2109062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10e Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantCARMIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 octobre 2021, Mme A B, représentée par Me Carmier demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a refusé de minorer les revenus issus de son placement en congé d'invalidité temporaire dans le cadre du calcul des droits à l'aide personnalisée au logement et a refusé de rétablir rétroactivement l'intégralité de ses droits ;

2°) d'enjoindre à titre principal à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône de rétablir rétroactivement ses droits à l'aide personnalisée au logement en ne prenant en compte que 50% des indemnités perçues au titre de son placement en congé d'invalidité temporaire, à titre subsidiaire, d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a commis une erreur de droit en prenant en compte l'intégralité des indemnités perçues au titre de sa maladie professionnelle pour le calcul de ses droits à l'aide personnalisée au logement ;

-la diminution du montant de ses droits à l'aide personnalisée au logement est illégale ;

-sa situation n'a pas évoluée ces deux dernières années ;

Par un mémoire enregistré le 22 mars 2024, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu le mémoire en réplique de Mme B, enregistré le 25 mars 2024 et non communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de la construction et de l'habitation ;

-le code général des impôts ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pecchioli, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pecchioli, président-rapporteur ;

- les observations de Me Carmier, représentant Mme B.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est bénéficiaire de l'aide personnalisée au logement dans le département des Bouches-du-Rhône. Suite à une maladie professionnelle, elle a été placée en congé d'invalidité temporaire à plein traitement à compter du 18 septembre 2014. Par un courrier du 17 juin 2016, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône lui a indiqué que ses indemnités de maladie professionnelle sont prises en compte dans leur totalité dans au titre des ressources pour le calcul de ses droits à l'aide personnalisée au logement à compter de janvier 2021. En date du 3 août 2021 Mme B a contesté cette décision par un recours administratif préalable obligatoire notifié le 6 août 2021, à la suite duquel est née une décision implicite de rejet. Elle demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre. Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement () ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer () ". Aux termes de l'article de ce code : R.822-4 : " I.-Les ressources prises en compte s'entendent du total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu, des revenus taxés à un taux proportionnel ou soumis à un prélèvement libératoire de l'impôt sur le revenu ainsi que des revenus perçus hors de France ou versés par une organisation internationale. Sont également pris en compte : 1°) Suivant les règles applicables en matière d'imposition aux traitements et salaires prévues au deuxième alinéa du 3° de l'article 83 et au 5 (a) de l'article 158 du code général des impôts, les indemnités journalières mentionnées au 2° de l'article L. 431-1 du code de la sécurité sociale () ".

3. Aux termes de l'article 158 du code général des impôts : " () 5. a) " Les revenus provenant de traitements publics et privés, indemnités, émoluments, salaires et pensions ainsi que de rentes viagères autres que celles mentionnées au 6 sont déterminés conformément aux dispositions des articles 79 à 90. ". Aux termes de l'article 81 du même code : " Sont affranchis de l'impôt () 8° Les indemnités temporaires, à hauteur de 50 % de leur montant, ainsi que les prestations et rentes viagères, servies aux victimes d'accidents du travail ou à leurs ayants droit () ".

4. Il résulte de ces dispositions que pour déterminer le montant de l'aide personnalisée au logement qu'elle doit verser à son allocataire, la caisse d'allocations familiales est tenue de prendre en compte, le cas échéant, les indemnités journalières qui sont dues à un agent placé en congé maladie professionnelle temporaire, pendant la période où il est arrêté, à hauteur toutefois du montant soumis à l'impôt sur le revenu, correspondant à la moitié du montant total de ces indemnités.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que pour procéder à la détermination des droits de Mme B à l'aide personnalisée au logement à compter du mois de janvier 2021, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a pris en compte dans sa base de calcul, au titre des ressources, la totalité des indemnités perçues par l'intéressée dans le cadre de son placement en congé d'invalidité temporaire. Toutefois, il ressort des dispositions précitées que, pour le calcul des droits à l'aide personnalisée au logement, les indemnités journalières temporaires que perçoit un allocataire doivent être pris en compte par la caisse d'allocations familiales en suivant les mêmes règles applicables à ces indemnités en matière d'imposition. Il résulte des dispositions de l'article 81 du code général des impôts précitées, que les indemnités temporaires sont affranchies de l'impôt à hauteur de 50% de leur montant. Par conséquent, en intégrant dans la base de calcul, au titre des ressources, l'intégralité des indemnités de maladie professionnelle perçues par Mme B pour la détermination de ses droits à l'aide personnalisée au logement, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a entaché sa décision d'une erreur de droit. Par suite, la requérante est fondée à en demander l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Il y a lieu d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de la situation de Mme B, eu égard aux motifs énoncés au point 5, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros qu'il paiera à Mme A B au titre des frais non compris dans les dépens que cette dernière a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a refusé de minorer les revenus de Mme B issus de son placement en congé d'invalidité temporaire dans le cadre du calcul des droits à l'aide personnalisée au logement et a refusé de rétablir rétroactivement l'intégralité de ses droits est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de la situation de Mme B, conformément aux motifs énoncés au point 5 de ce jugement dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à Mme A B en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-L. PECCHIOLILa greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ La greffière en chef,

Le greffier,

2

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