jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2109092 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | FOURCADE |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête n°2109092 et un mémoire, enregistrés le 20 octobre 2021 et le 20 juillet 2023, Mme C B, représentée par Me Fassié, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 10 mars 2021 par laquelle l'inspectrice du travail a autorisé la société Monoprix à procéder à son licenciement, la décision implicite née le 27 août 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a rejeté son recours hiérarchique, ainsi que la décision expresse du 17 novembre 2021 par laquelle la ministre, après avoir retiré cette décision implicite, a autorisé son licenciement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le signataire de la décision du 10 mars 2021 est incompétent ;
- la décision du 10 mars 2021 ainsi que celle du 17 novembre 2021 ne sont pas motivées ;
- ces décisions ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense ;
- la matérialité des faits sur lesquels est fondée la décision autorisant son licenciement n'est pas établie ;
- le licenciement est disproportionné ;
- son licenciement procède d'une discrimination à son égard en raison de son mandat syndical.
Par des mémoires en défense enregistrés les 17 avril et 10 mai 2022 et le 14 septembre 2023, la société Monoprix, représentée par Me Fourcade, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 septembre 2023, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions présentées contre la décision de l'inspectrice du travail du 10 mars 2021 et contre la décision implicite de rejet de la ministre du travail du 27 août 2021 sont devenues sans objet dès lors que la ministre du travail a annulé ces décisions par une nouvelle décision explicite du 17 novembre 2021 ;
- aucun des moyens invoqués n'est fondé.
II- Par une requête n°2200227 et un mémoire, enregistrés le 11 janvier 2022 et le 20 juillet 2023, Mme C B, représentée par Me Fassié, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 10 mars 2021 par laquelle l'inspectrice du travail a autorisé son licenciement ainsi que la décision explicite du 17 novembre 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a autorisé son licenciement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le signataire de la décision du 10 mars 2021 est incompétent ;
- cette décision ainsi que celle de la ministre du travail ne sont pas motivées ;
- cette décision a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense ;
- la matérialité des faits sur lesquels est fondée la décision autorisant son licenciement n'est pas établie ;
- la sanction de son licenciement est disproportionnée ;
- son licenciement procède d'une discrimination à son égard en raison de son mandat syndical.
Par des mémoires en défense enregistrés les 17 avril et 10 mai 2022 et le 14 septembre 2023, la société Monoprix, représentée par Me Fourcade, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 septembre 2023, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions en annulations présentées contre la décision de l'inspecteur du travail du 10 mars 2021 et contre la décision implicite de rejet du 27 août 2021 de la ministre du travail sont devenues sans objet dès lors que la ministre du travail a annulé ces décisions par décision explicite du 17 novembre 2021 ;
- aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabre, rapporteure,
- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,
- les observations de Me Fassié, représentant Mme B,
- et les observations de Me Fouquoire représentant la société Monoprix.
Considérant ce qui suit :
1. La société Monoprix a demandé le 7 janvier 2021 à l'inspection du travail, l'autorisation de licencier pour motif disciplinaire Mme B, occupant le poste de cheffe de caisse accueil et investie des mandats de membre titulaire du comité social et économique et de membre du comité social et économique du magasin situé rue de la République à Marseille depuis le 3 octobre 2019. Elle a été également désignée déléguée syndicale au sein de ce magasin le 17 août 2020. Par décision du 10 mars 2021, l'inspectrice du travail a autorisé son licenciement. Par une décision née le 27 août 2021, la ministre du travail a implicitement rejeté le recours hiérarchique de Mme B. Enfin, par décision explicite du 17 novembre 2021, la ministre a retiré sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique, a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 10 mars 2021 et a autorisé la société Monoprix à licencier Mme B. Par une requête enregistrée sous le n°2109092, Mme B demande au tribunal d'annuler ces trois décisions, et par une requête enregistrée sous le n°2200227, elle demande au tribunal d'annuler les décisions respectives de l'inspectrice du travail et de la ministre du travail du 10 mars et du 17 novembre 2021 par lesquelles son licenciement a été autorisé.
2. Les requêtes n°2109092 et 2200227 concernent un même litige et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige :
3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.
4. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 17 novembre 2021, la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a retiré sa décision implicite née le 27 août 2021 rejetant le recours hiérarchique formé par la requérante, a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 10 mars 2021 et a autorisé le licenciement de Mme B.
5. En conséquence, les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 10 mars 2021 ainsi que de la décision implicite de la ministre du travail portant rejet de son recours hiérarchique née le 27 août 2021 sont devenues sans objet en cours d'instance, ces deux décisions ayant disparu de l'ordonnancement juridique. Par ailleurs, la décision expresse de la ministre du 17 novembre 2021, en tant qu'elle procède par ses articles 1 et 2 au retrait de ces deux décisions, a acquis un caractère définitif en l'absence de recours de la société Monoprix qui seule avait intérêt à la contester sur ce point. Il n'y a dès lors pas lieu de statuer sur ces conclusions. Il y a lieu, en revanche, de statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision de la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion du 17 novembre 2021 en tant que celle-ci, par son article 3, a autorisé le licenciement de Mme B.
Sur la légalité de la décision de la ministre du travail du 17 novembre 2021 en tant qu'elle autorise le licenciement de Mme B :
En ce qui concerne la légalité externe :
6. En premier lieu, lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, le ministre chargé du travail doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision. Dans le cas où le ministre, ainsi saisi d'un recours hiérarchique, annule la décision par laquelle un inspecteur du travail s'est prononcé sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, il est tenu de motiver l'annulation de cette décision ainsi que le prévoit l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, que cette annulation repose sur un vice affectant la légalité externe de la décision ou sur un vice affectant sa légalité interne. Dans le premier cas, si le ministre doit indiquer les raisons pour lesquelles il estime que la décision de l'inspecteur du travail est entachée d'illégalité externe, il n'a pas en revanche à se prononcer sur le bien-fondé de ses motifs. Dans le second cas, il appartient au ministre d'indiquer les considérations pour lesquelles il estime que le motif ou, en cas de pluralité de motifs, chacun des motifs fondant la décision de l'inspecteur du travail est illégal.
7. Il ressort des termes de la décision de la ministre en litige qu'elle précise le motif de l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 10 mars 2023 tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire. Puis, se prononçant à nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement, la ministre a autorisé le licenciement de la requérante, après avoir estimé, d'une part, que les faits reprochés à la salariée présentaient une gravité suffisante pour justifier son licenciement, d'autre part, qu'il n'existait aucun indice de lien entre la demande d'autorisation de licenciement et l'exercice des mandats détenus par la salariée. Si Mme B soutient que la décision du ministre n'indique pas la nature de ses responsabilités et que l'anonymisation des noms des témoins ne serait pas justifiée, il ressort toutefois des termes de la décision en litige que la ministre a indiqué les noms de l'ensemble des témoins cités dans sa décision, laquelle mentionne de manière détaillée tous les griefs reprochés à la salariée, précise leur caractère de gravité et vise les textes et éléments de la procédure suivie. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, et est suffisamment motivée.
8. En second lieu, le caractère contradictoire de l'enquête menée conformément aux dispositions des articles L. 2421-4 et R. 2421-11 du code du travail impose à l'inspecteur du travail, saisi d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé fondée sur un motif disciplinaire, de mettre à même l'employeur et le salarié de prendre connaissance de l'ensemble des éléments déterminants qu'il a pu recueillir, y compris les témoignages, et qui sont de nature à établir ou non la matérialité des faits allégués à l'appui de la demande d'autorisation. C'est seulement lorsque l'accès à certains de ces éléments serait de nature à porter gravement préjudice à leurs auteurs que l'inspecteur du travail doit se limiter à informer le salarié protégé, de façon suffisamment circonstanciée, de leur teneur.
9. Pour contester la décision de la ministre du travail du 17 novembre 2021, la requérante soutient que l'inspectrice du travail a omis, à tort, d'indiquer l'identité des témoins dans sa décision du 10 mars 2021 et que leur identité ne lui a été révélée que par courriel du 9 juillet 2021, soit postérieurement à cette décision. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, la ministre du travail, par sa décision du 17 novembre 2021, a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 10 mars 2021, précisément au motif que les identités des victimes des agissements de la requérante ne lui avaient pas été révélées, et a communiqué à celle-ci, par courriel du 9 juillet 2021 l'identité des personnes concernées ainsi que la teneur de leurs déclarations. Mme B ne conteste d'ailleurs pas avoir formulé des observations en réponse à cette transmission de la ministre par un courriel du 12 juillet 2021. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la ministre aurait méconnu le caractère contradictoire de la procédure d'autorisation de licenciement ni davantage les droits de la défense à son égard.
En ce qui concerne la légalité interne :
S'agissant de la matérialité des faits reprochés à Mme B :
10. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives ou de fonctions de conseiller prud'homme, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Le caractère contradictoire de l'enquête menée conformément aux dispositions de l'article R. 436-4 du code du travail impose à l'inspecteur du travail, saisi d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé fondée sur un motif disciplinaire, de mettre à même l'employeur et le salarié de prendre connaissance de l'ensemble des éléments déterminants qu'il a pu recueillir, y compris des témoignages, et qui sont de nature à établir ou non la matérialité des faits allégués à l'appui de la demande d'autorisation.
11. La société Monoprix a reproché à Mme B d'exercer sur les salariés des pressions psychologiques, de leur faire subir des humiliations, des moqueries, des inégalités de traitement et des mesures de rétorsion, et de discriminer les salariés en fonctions de leur origine ou de leur genre. Par sa décision du 17 novembre 2021, la ministre du travail a considéré que le premier grief, constitué par le comportement inadapté de Mme B ayant porté atteinte à la dignité et à la santé de plusieurs salariés, était établi et d'un degré de gravité suffisant pour justifier le licenciement de l'intéressée. Il ressort des pièces des dossiers qu'à la suite d'une lettre ouverte du 29 septembre 2020 signée par seize salariés et adressée à la fois à l'employeur et aux services d'inspection du travail et de la médecine du travail, dénonçant les pressions psychologiques et les discriminations exercées par Mme B, la société Monoprix a mené une enquête interne dont les conclusions ont été rendues le 10 décembre 2020 auprès du comité social et économique d'établissement (CSEE), des salariés pétitionnaires et de ceux affectés au secteur " caisse ". Il résulte notamment de cette enquête que cinq salariées ont indiqué subir, de la part de la requérante, des remarques humiliantes et dégradantes portant sur leur aspect ou leur aptitude physiques, sur leur capacités intellectuelles et leurs compétences professionnelles, et que Mme B instaurait des différences de traitement entre les salariés, un climat de peur et des rapports de force avec certains d'entre eux générant des souffrances psychologiques à l'origine parfois d'arrêts de travail pour quatre des salariées concernées. Il ressort également du rapport de la contre-enquête du 16 juillet 2021, réalisée par la ministre du travail dans le cadre de l'instruction du recours hiérarchique exercé par la requérante, que l'inspectrice du travail a notamment recueilli le témoignage de quatre des salariées concernées, lesquelles ont décrit, de manière précise et détaillée, les différentes pressions, humiliations et mesures de rétorsion exercées par Mme B ainsi que leurs effets sur la santé de chacune d'elles. Si Mme B fait valoir qu'elle a toujours nié ces faits, elle n'apporte aucun élément permettant de remettre en cause les divers témoignages des salariées évoqués ci-dessus. A cet égard, la production, dans le cadre de l'instance, des témoignages de treize salariés attestant, pour la plupart, de l'investissement et des qualités relationnelles de la requérante ou n'avoir jamais été victimes ou témoins d'attitudes managériales malveillantes de sa part, ne sont pas de nature à remettre en cause le caractère probant des constatations circonstanciées faites par l'employeur et confirmées lors de l'enquête contradictoire dont le caractère régulier et le bien-fondé ne sont pas, au demeurant, sérieusement contestés par la requérante. En outre, la circonstance que l'employeur et l'inspecteur du travail aient pris en compte les antécédents d'un comportement similaire de Mme B observé en septembre 2010 et en 2013 sur le site de la Canebière est sans incidence sur l'appréciation de la matérialité des faits reprochés dès lors que la décision, demeurant seule en litige, de la ministre ne se fonde pas sur ce motif mais sur les griefs exprimés par les témoignages des salariés employés sur le site de la rue de la République et recueillis dans le cadre de la procédure préalable au licenciement. Par ailleurs, la circonstance que les entretiens professionnels de la requérante auraient été élogieux de l'année 2014 à 2018 n'est pas susceptible, en elle-même, de remettre en cause la matérialité et la gravité des faits reprochés alors qu'au demeurant, le compte rendu des entretiens professionnels de Mme B des années 2019 et 2020 indique qu'un management bienveillant constitue pour elle un " axe de développement ". Elle n'établit pas davantage que la procédure préalable au licenciement aurait été menée exclusivement à charge ou qu'elle serait le résultat d'une vengeance personnelle de certains témoins et signataires de la lettre ouverte affiliés à une organisation syndicale concurrente. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enquête interne à la société réalisée conjointement par la direction et les membres du comité social et économique dont Madame B était membre, qui a permis l'audition de dix-neuf salariés occupés en caisse accueil excepté Mme B, Mme A et cinq salariés absents serait entachée de partialité, alors d'ailleurs que certains des salariés interrogés ont témoigné en faveur de la requérante. Dans ces conditions, la matérialité des faits reprochés à la salariée s'agissant des griefs liés aux pressions psychologiques, humiliations, moqueries, inégalités de traitement et mesures de rétorsion infligées aux salariés, seuls retenus par le ministre, doit être considérée comme établie. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.
S'agissant du caractère disproportionné de la sanction :
12. Si la requérante soutient que le licenciement revêt un caractère disproportionné au regard de l'absence d'antécédent disciplinaire durant ses trente précédentes années de service au sein de la société, il ressort toutefois des pièces des dossiers que les agissements de Mme B, dont il n'est pas contesté qu'ils ont entrainé d'importantes répercussions notamment sur la santé mentale des salariées concernées, lesquelles ont été, pour l'une d'entre elles, déclarée inapte au travail pour dépression sévère et pour deux autres en arrêts de travail prolongés pour maladie, doivent être regardés comme suffisamment graves et, par suite, de nature à justifier le licenciement de Mme B.
S'agissant du lien entre le licenciement et le mandat syndical de la requérante :
13. Si Mme B fait valoir que l'engagement de la procédure de licenciement était immédiatement postérieur à sa désignation en qualité de déléguée syndicale le 17 août 2020, mandat pour lequel elle se serait particulièrement investie, et que Mme A, membre du même syndicat, a été également licenciée pour motif disciplinaire à quelques jours d'intervalle, elle n'apporte aucun élément circonstancié permettant de considérer qu'elle aurait fait l'objet d'une discrimination syndicale par l'employeur. Dans ces conditions, ces seules circonstances ne sont pas de nature à laisser présumer l'existence d'un lien entre l'activité syndicale de Mme B et son licenciement.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B à fin d'annulation de la décision de la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion du 17 novembre 2021 en tant qu'elle autorise son licenciement doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B les sommes demandées par la société Monoprix sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B aux fins d'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 10 mars 2021 et de la décision implicite de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion née le 27 août 2021 portant rejet de son recours hiérarchique.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme B est rejeté.
Article 3 : Les conclusions de la société Monoprix tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société Monoprix.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Fabre, première conseillère,
Mme Hétier-Noël, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
E. Fabre
La présidente,
Signé
M.-L. Hameline
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2109092
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026