lundi 28 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2109115 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CARMIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2021, M. C A, représenté par Me Carmier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Carmier en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le signataire de la décision était incompétente ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, le préfet n'ayant pas saisi la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de son comportement qui ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- l'invitation à quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité du refus d'admission au séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête de M. A est tardive ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Delzangles.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain, a sollicité le 23 septembre 2020 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 février 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Sauf dans le cas où des dispositions législatives ou réglementaires ont organisé des procédures particulières, toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours dudit délai. Aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : () /3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ". En cas de décision d'admission ou de rejet du bureau d'aide juridictionnelle, le délai recommence à courir à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours après la notification à l'intéressé de la décision prise sur sa demande d'aide juridictionnelle, quel que soit le sens de cette décision et quand bien même, en cas d'admission totale, seul le ministère public ou le bâtonnier ont vocation à contester cette décision.
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 26 février 2021 du préfet des Bouches-du-Rhône portant refus de titre de séjour a été notifiée à M. A le 12 mars 2021. L'intéressé a, par un courrier du 22 mars 2021 reçu le 7 avril 2021, formé un recours gracieux contre cette décision auprès du préfet des Bouches-du-Rhône, lequel a été implicitement rejeté, à l'issue d'un délai de deux mois. Le 15 juin 2021, M. A a présenté une demande d'aide juridictionnelle qui a été acceptée le 10 août 2021 par une décision lui accordant le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans le cadre de la présente instance. Ainsi, la demande d'aide juridictionnelle doit être regardée comme ayant prorogé le délai de recours contentieux. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision ait été notifiée au requérant par courrier avec accusé de réception. Par suite le préfet des Bouches-du-Rhône n'est pas fondé à soutenir que la requête de M. A est tardive. La fin de non-recevoir opposée par le préfet en défense doit donc être écartée.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
4. L'arrêté en litige a été signé par Mme D B, adjointe au chef de bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait d'une délégation à l'effet de signer les refus de séjour, consentie par un arrêté du préfet en date du 11 février 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions portées au casier judiciaire de l'intéressé, qu'entre 1991 et 2018, celui-ci a fait l'objet de quinze condamnations pénales dont plusieurs assorties de peine d'emprisonnement d'une durée de deux mois à deux ans, dont deux avec sursis, pour des faits de vol, recel de bien provenant d'un vol, obtention frauduleuse de document administratif ou encore abus de confiance, tromperie sur une marchandise à l'aide de faux poids ou mesures ou de procédés frauduleux notamment. Compte tenu de l'ensemble des faits commis, qui ont justifié les condamnations pénales susvisées, et eu égard à leur multiplicité et à leur gravité, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas commis d'erreur appréciation en estimant que la présence en France de M. A constituait, à la date de la décision attaquée, une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ".
8. M. A, né en 1964, qui soutient résider en France depuis 1985, se prévaut de la durée de sa présence sur le territoire où se trouveraient ses intérêts personnels, familiaux et professionnels. Toutefois, l'intéressé ne démontre pas la date de son entrée sur le territoire ni n'apporte d'éléments permettant d'établir la durée et la continuité de sa présence en France notamment entre le 25 janvier 2013, date d'expiration de son dernier titre de séjour, et le 23 septembre 2020, date à laquelle il a sollicité, en dernier lieu, un titre de séjour. Ensuite, si M. A se prévaut de liens familiaux en France, notamment de la présence de ses deux filles nées en France en 2002 et en 2003 et dont l'ainée a acquis la nationalité française, l'intéressé, divorcé depuis 2015, se borne à produire les extraits d'acte de naissance de ses filles majeures sans justifier la réalité de ses liens avec ces dernières. L'intéressé soutient être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, ses parents et son frère étant décédés mais n'apporte aucun élément permettant d'étayer ses dires. M. A indique également avoir travaillé pendant de nombreuses années depuis 1992 et avoir créé une association d'insertion professionnelle et deux entreprises en 2009 et en 2011. Cependant, ces circonstances ne suffisent pas à démontrer une insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire. Enfin, le requérant fait valoir que son état de santé l'empêche de travailler et que la régularisation de sa situation lui permettrait d'avoir droit à un accompagnement social et financier. Il résulte de ce qui précède qu'au regard de la durée incertaine de son séjour en France et des conditions de celui-ci, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts pour lesquels elle a été prise et méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3 () ". Aux termes de l'article L. 313-14 du même code : " () /L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles L. 313-11, L. 314-11, L. 314-12 et L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Il doit également, en vertu de l'article L. 313-14 du même code, saisir cette commission lorsqu'un étranger sollicitant un titre de séjour sur le fondement de cet article établit résider habituellement en France depuis plus de dix ans.
10. Ainsi qu'il a été dit au point 8, M. A ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et n'établit pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'un vice de procédure que le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas soumis la demande du requérant, pour avis, à la commission du titre de séjour avant de refuser de l'admettre au séjour.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 février 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et la demande présentée sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Delzangles, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
B. Delzangles
Le président,
Signé
P-Y. Gonneau La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2109115
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026