mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2109177 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | COURREGES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 octobre 2021 et le 27 janvier 2022, Mme B A représentée par Me Courrèges, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser une provision de 500 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices imputables aux conséquences de l'infection nosocomiale relevant de la solidarité nationale ;
2°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- Elle a été opérée le 30 juin 2008 pour la pose d'une prothèse totale de hanche gauche ; cette intervention s'étant compliquée d'une infection nosocomiale, elle a été réopérée à quatre reprises, dont le changement total de sa prothèse ; suite à une chute le 2 juillet 2009, une révision prothétique partielle a été réalisée à l'hôpital Sainte-Marguerite, qui dépend de l'Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille (APHM) ; Le 27 novembre 2013, Madame A s'est présentée au service des urgences de l'Hôpital de la Conception de Marseille qui dépend également de l'APHM pour la réapparition de difficultés fonctionnelles à la hanche gauche après plusieurs épisodes de chutes et de faux mouvements ; un scanner a montré un descellement prothétique de la tige fémorale gauche ; une ponction sous scanner a ramené du liquide de la tuméfaction, et une analyse bactériologique a mis en évidence un staphylocoque epidermidis multirésistant sur un prélèvement, qui a donné lieu à un traitement antibiotique de 6 mois ; le descellement de la prothése étant constaté, il a été procédé au retrait de la prothèse, le 3 mars 2015, et à la mise en place d'un spacer ciment avec antibiotiques, trois prélèvements superficiels au niveau de la hanche gauche ayant permis d'isoler un streptococcus agalactie ; après une nouvelle hospitalisation durant l'été, le 3 décembre 2015, il a été procédé à l'Hôpital Sainte-Marguerite (APHM) à la réimplantation de la prothèse de hanche gauche mais une désunion cutanée a nécessité un nouveau lavage le 25 décembre 2015. Les prélèvements biologiques per-opératoires ont permis l'isolement d'un staphylocoque aureus et d'un klebsiella pneumoniAe ; devant la récidive infectieuse, le 27 janvier 2016, l'impasse thérapeutique a imposé l'ablation de la prothèse de hanche gauche réalisée le 9 février 2016 lors d'un séjour à l'hôpital Sainte-Marguerite (APHM) du 3 au 25 février 2016 et une triple antibiothérapie a été mise en place durant 7 mois ;
- une expertise a été ordonnée par le tribunal judiciaire de Marseille le 22 mars 2019 ; les conclusions des experts ont été rendues le 10 juillet 2020 ; ils constatent que la seconde infection nosocomiale, contractée le 27 novembre 2013 a abouti à un échec thérapeutique sur le plan fonctionnel malgré la guérison de l'infection confirmée par la consolidation médicolégale retenue au 9 juillet 2017 et Mme A conserve des séquelles fonctionnelles majeures ;
- compte tenu des conclusions de l'expertise, son droit à indemnisation par l'ONIAM n'est pas contestable, le lien avec la première infection nosocomiale ayant été écarté par les experts ;
- elle entre dans le champ d'application de la solidarité nationale définie à l'article L. 1142-1-1-1° du code de la santé publique, un déficit fonctionnel permanent de 35 % strictement imputable à l'infection étant relevé par les experts ;
- le 17 août 2021, elle a formulé une demande d'indemnisation préalable à hauteur de 1 628 450,94 euros auprès de l'Office qui lui a opposé un refus par lettre du 23 août 2021.
- l'évaluation prévisionnelle de ses préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux, tel qu'elle ressort de l'expertise ordonnée par le tribunal judiciaire, lui permet d'ores et déjà de solliciter une provision d'un montant de 500 000 euros ; elle justifie de la nature et du montant de chacun des chefs de préjudice invoqués.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 novembre 2021 et le 2 mars 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Fitoussi demande au tribunal de lui donner acte de ce qu'il ne conteste pas son obligation d'indemniser Mme A au titre d'une infection nosocomiale mais de réduire la provision sollicitée à de plus justes proportions.
Il fait valoir que :
- l'indemnisation provisionnelle mise à la charge de l'ONIAM doit être limitée au montant non sérieusement contestable du droit indemnitaire de Madame A pour conserver un caractère provisionnel et conformément au référentiel de l'ONIAM, réactualisé au 1er janvier 2018, il conviendra de ramener les prétentions de Madame A à de plus justes proportions sur ce point, s'agissant en particulier de l'assistance à expertise (700 euros), du déficit fonctionnel temporaire qui ne saurait excéder 21 673,34 euros, des souffrances endurées, soit 1 3531 euros, des préjudices esthétiques, temporaire à 2 000 euros et permanent à 5 000 euros, du préjudice fonctionnel permanent soit 34 825 euros ;
- s'agissant de l'assistance tierce-personne, la demande présente un caractère contestable et ne saurait justifier une indemnisation provisionnelle au stade des référés ; il en est de même de sa demande relative aux protections urinaires, non retenues par les experts et de l'assistance à tierce personne, eu égard aux aides déjà perçues par l'intéressée ainsi que des préjudices sexuels et d'établissement ;
- s'agissant des frais de logement adaptés, il rappelle que la solidarité nationale ne prend pas en charge l'achat d'un logement mais seul le coût lié aux aménagements ;
- s'agissant du préjudice professionnel, le lien avec l'infection n'est pas établi, la requérante ayant déjà cessé son activité professionnelle avant l'opération.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande de provision :
1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.
En ce qui concerne le caractère non sérieusement contestable de l'obligation de l'ONIAM :
2. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. () ". Et aux termes de l'article D. 1142-1 du même code, alors en vigueur : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. Un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale présente également le caractère de gravité mentionné à l'article L. 1142-1 lorsque la durée de l'incapacité temporaire de travail résultant de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale est au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois. A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence. ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment de l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal judiciaire, que l'origine du préjudice subi par la requérante réside dans l'infection nosocomiale par staphylocoque epidermis multi résistant résultant de l'intervention du 27 novembre 2013 réalisée à l'hôpital public de la Conception, établissement relevant de l'Assistance Publique Hôpitaux de Marseille. L'existence de l'obligation dont se prévaut l'intéressée à l'encontre de l'ONIAM apparaît, dès lors, non sérieusement contestable et n'est d'ailleurs pas contestée dans son principe par l'Office.
Sur les préjudices :
5. S'agissant en premier lieu de l'assistance à tierce-personne, de la demande relative aux protections urinaires, des préjudices sexuels et d'établissement qui n'ont pas été retenus par les experts, les demandes de la requérante sur ces points présentent, en l'état de l'instruction, un caractère contestable et il ne peut être donné suite aux prétentions de la requérante sur ces points.
6. S'agissant, en second lieu, des frais de logement adaptés, la solidarité nationale ne prend pas en charge l'achat d'un logement mais seul le coût lié aux aménagements. Les prétentions de la requérante tendant à obtenir une provision lui permettant d'acquérir un immeuble, ne peuvent, par suite, également qu'être rejetées.
7. Enfin, s'agissant des pertes de gains professionnels, ce chef de préjudice ne peut donner lieu au versement d'une provision, étant sérieusement contesté notamment du fait que Mme A était en invalidité deux ans avant l'intervention litigieuse.
8. En revanche, s'agissant de l'assistance à expertise, du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, des préjudices esthétiques, temporaire et permanent, et du préjudice fonctionnel permanent, et l'ONIAM admettant, dans le dernier état de ses écritures, le principe et le montant de ces indemnisations, il y a lieu d'allouer à Mme A une provision d'un montant de 78 000 euros.
9. Il suit de là que la requérante est seulement fondée à demander la condamnation de l'ONIAM à lui verser, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, la somme provisionnelle de 78 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur la déclaration de décision commune :
10. La caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, à laquelle la requête a été communiquée, n'ayant pas produit de mémoire, il y a lieu de lui déclarer commune la présente ordonnance.
Sur les frais de l'instance :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est condamné à verser à Mme A la somme de 78 000 (soixante et dix-huit mille) euros à titre de provision sur la réparation des préjudices subis.
Article 2 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est condamné à verser à Mme A la somme 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance est déclarée commune à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à l'ONIAM et à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.
Fait à Marseille, le 18 octobre 2022.
La présidente du tribunal,
Juge des référés
signé
P. ROUSSELLE
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026