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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2109186

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2109186

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2109186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantFOURCADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête n°2109186 et un mémoire, enregistrés le 22 octobre 2021 et le 26 juillet 2023, Mme C B, représentée par Me Fassié, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 5 mars 2021 par laquelle l'inspectrice du travail a autorisé la société Monoprix à procéder à son licenciement, la décision implicite née le 27 août 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a rejeté son recours hiérarchique, ainsi que la décision expresse du 17 novembre 2021 par laquelle la ministre, après avoir retiré cette décision implicite, a autorisé son licenciement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision du 5 mars 2021 est incompétent ;

- la décision du 5 mars 2021 ainsi que celle du 17 novembre 2021 ne sont pas motivées ;

- la décision rendue par l'inspecteur du travail du 5 mars 2021 ainsi que celle du 17 novembre 2021 ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense ;

- la matérialité des faits sur lesquels est fondée la décision autorisant son licenciement n'est pas établie ;

- son licenciement procède d'une discrimination à son égard en raison de son mandat syndical.

Par des mémoires en défense enregistrés les 10 mai 2022 et le 14 septembre 2023, la société Monoprix, représentée par Me Fourcade, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de Mme B une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 septembre 2023, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions présentées contre la décision de l'inspectrice du travail du 5 mars 2021 et contre la décision implicite de rejet de la ministre du travail du 27 août 2021 sont devenues sans objet dès lors que la ministre du travail a annulé ces décisions par une nouvelle décision explicite du 17 novembre 2021 ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé.

II- Par une requête n°2200226 et un mémoire, enregistrés le 11 janvier 2022 et le 26 juillet 2023, Mme C B, représentée par Me Fassié, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision explicite du 17 novembre 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a autorisé son licenciement ainsi que la décision du 5 mars 2021 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision du 5 mars 2021 est incompétent ;

- cette décision ainsi que celle de la ministre du travail du 17 novembre 2021 ne sont pas motivées ;

- la décision rendue par l'inspecteur du travail décision a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense ;

- la matérialité des faits sur lesquels est fondée la décision autorisant son licenciement n'est pas établie ;

- son licenciement procède d'une discrimination à son égard en raison de son mandat syndical.

Par des mémoires en défense enregistrés le 10 mai 2022 et le 14 septembre 2023, la société Monoprix, représentée par Me Fourcade, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de Mme B une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 septembre 2023, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions en annulations présentées contre la décision de l'inspecteur du travail du 5 mars 2021 et contre la décision implicite de rejet de la ministre du travail du 27 août 2021 sont devenues sans objet dès lors que la ministre du travail a annulé ces décisions par décision explicite du 17 novembre 2021 ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, rapporteure,

- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- les observations de Me Fassié, représentant Mme B,

- et les observations de Me Fouquoire représentant la société Monoprix.

Considérant ce qui suit :

1. La société Monoprix a demandé le 7 janvier 2021 à l'inspection du travail l'autorisation de licencier pour motif disciplinaire Mme B, occupant le poste de chargée de service de caisse accueil et investie des mandats de délégué syndical, de membre titulaire du comité social et économique et de membre du comité social et économique du magasin situé rue de la République à Marseille depuis le 3 octobre 2019. Par une décision du 5 mars 2021, l'inspectrice du travail a autorisé son licenciement. Par une décision implicite née le 27 août 2021, la ministre du travail a rejeté le recours hiérarchique de Mme B. Enfin, par décision explicite du 17 novembre 2021, la ministre a retiré sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique, a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 5 mars 2021 et a autorisé la société Monoprix à licencier Mme B. Par une requête enregistrée sous le n°2109186, Mme B demande au tribunal d'annuler ces trois décisions, et par une requête enregistrée sous le n°2200226, la requérante demande au tribunal d'annuler les décisions respectives de l'inspectrice du travail et de la ministre du travail du 5 mars et du 17 novembre 2021 par lesquelles son licenciement a été autorisé.

2. Les requêtes n° 2109186 et 2200226 concernent un même litige et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

4. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 17 novembre 2021, la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a retiré sa décision implicite née le 27 août 2021 rejetant le recours hiérarchique formé par la requérante, a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 5 mars 2021 et a autorisé le licenciement de Mme B.

5. En conséquence, les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 5 mars 2021 ainsi que de la décision implicite de la ministre du travail portant rejet de son recours hiérarchique née le 27 août 2021 sont devenues sans objet en cours d'instance, ces deux décisions ayant disparu de l'ordonnancement juridique. Par ailleurs, la décision expresse de la ministre du 17 novembre 2021, en tant qu'elle procède par ses articles 1 et 2 au retrait de ces deux décisions, a acquis un caractère définitif en l'absence de recours de la société Monoprix qui seule avait intérêt à la contester sur ce point. Il n'y a dès lors pas lieu de statuer sur ces conclusions. Il y a lieu, en revanche, de statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision de la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion du 17 novembre 2021 en tant que celle-ci, par son article 3, a autorisé le licenciement de Mme B.

Sur la légalité de la décision de la ministre du travail du 17 novembre 2021 en tant qu'elle autorise le licenciement de Mme B :

En ce qui concerne la légalité externe :

6. En premier lieu, lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, le ministre chargé du travail doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision. Dans le cas où le ministre, ainsi saisi d'un recours hiérarchique, annule la décision par laquelle un inspecteur du travail s'est prononcé sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, il est tenu de motiver l'annulation de cette décision ainsi que le prévoit l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, que cette annulation repose sur un vice affectant la légalité externe de la décision ou sur un vice affectant sa légalité interne. Dans le premier cas, si le ministre doit indiquer les raisons pour lesquelles il estime que la décision de l'inspecteur du travail est entachée d'illégalité externe, il n'a pas en revanche à se prononcer sur le bien-fondé de ses motifs. Dans le second cas, il appartient au ministre d'indiquer les considérations pour lesquelles il estime que le motif ou, en cas de pluralité de motifs, chacun des motifs fondant la décision de l'inspecteur du travail est illégal.

7. Il ressort des termes de la décision de la ministre en litige qu'elle précise le motif de l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 5 mars 2023 tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire. Puis, se prononçant à nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement, la ministre a autorisé le licenciement de la requérante, après avoir estimé, d'une part, que les faits reprochés à la salariée présentaient une gravité suffisante pour justifier son licenciement, d'autre part, qu'il n'existait aucun indice de lien entre la demande d'autorisation de licenciement et l'exercice des mandats détenus par la salariée. Si Mme B soutient que la décision de la ministre n'indique pas sa position hiérarchique et que l'anonymisation des noms des témoins ne serait pas justifiée, il ressort toutefois des termes de la décision en litige que la ministre a indiqué les noms de l'ensemble des témoins cités dans sa décision, laquelle mentionne de manière détaillée tous les griefs reprochés à la salariée, précise leur caractère de gravité et vise les textes et éléments de la procédure suivie. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

8. En second lieu, le caractère contradictoire de l'enquête menée conformément aux dispositions des articles L. 2421-4 et R. 2421-11 du code du travail impose à l'inspecteur du travail, saisi d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé fondée sur un motif disciplinaire, de mettre à même l'employeur et le salarié de prendre connaissance de l'ensemble des éléments déterminants qu'il a pu recueillir, y compris les témoignages, et qui sont de nature à établir ou non la matérialité des faits allégués à l'appui de la demande d'autorisation. C'est seulement lorsque l'accès à certains de ces éléments serait de nature à porter gravement préjudice à leurs auteurs que l'inspecteur du travail doit se limiter à informer le salarié protégé, de façon suffisamment circonstanciée, de leur teneur.

9. Pour contester la décision de la ministre du travail du 17 novembre 2021, la requérante soutient que l'inspectrice du travail a omis, à tort, d'indiquer l'identité des témoins dans sa décision du 5 mars 2021, que leur identité ne lui a été révélée que par courriel du 9 juillet 2021, soit postérieurement à cette décision, et qu'en tout état de cause si le nom de l'un des témoins, M. A, dont l'identité n'est pas sérieusement contestée, lui a été communiqué par courriel du 9 novembre 2021, elle n'a pas été destinataire de son témoignage, et qu'elle n'a pas davantage eu connaissance de l'identité et du témoignage de M. G avant que la ministre ne prenne sa décision. Il ressort toutefois des pièces du dossier, d'une part, que la ministre du travail a communiqué à la requérante, par un courriel du 9 novembre 2021 dans lequel il lui était demandé de lui faire part de ses observations, non seulement l'identité de M. A mais également son témoignage reproduit directement dans ce courriel. D'autre part, s'il n'est pas établi que le témoignage de M. G et son identité aient été transmis à la requérante antérieurement à la décision de la ministre, il ressort des termes même de cette décision qu'elle est fondée sur des griefs corroborés notamment par huit témoignages différents de salariés de la société Monoprix, et que celui de M. G, qui ne fait que confirmer, en sa qualité de responsable de secteur d'une entreprise sous-traitante de livraison pour la société Monoprix les déclarations de M. A, salarié de cette entreprise, qui a demandé à changer de lieu de travail afin d'échapper au comportement de Mme B à son égard, ne constituait pas un élément déterminant pour apprécier la matérialité des griefs retenus par la ministre du travail. Enfin, le témoignage en défaveur de la requérante de M. D, qui s'est finalement rétracté, a été explicitement écarté selon les termes du rapport de l'inspectrice du travail et n'a pas été pris en compte par la ministre du travail. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la ministre aurait méconnu le caractère contradictoire de la procédure d'autorisation de licenciement ni davantage les droits de la défense à son égard.

En ce qui concerne la légalité interne :

S'agissant de la matérialité des faits reprochés à Mme B :

10. En premier lieu, en vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives ou de fonctions de conseiller prud'homme, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Le caractère contradictoire de l'enquête menée conformément aux dispositions de l'article R. 436-4 du code du travail impose à l'inspecteur du travail, saisi d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé fondée sur un motif disciplinaire, de mettre à même l'employeur et le salarié de prendre connaissance de l'ensemble des éléments déterminants qu'il a pu recueillir, y compris des témoignages, et qui sont de nature à établir ou non la matérialité des faits allégués à l'appui de la demande d'autorisation.

11. La société Monoprix a reproché à Mme B, d'une part, d'adopter un mode relationnel fondé sur des moqueries, des humiliations et des discriminations envers les salariés, et d'autre part, d'exercer des pressions psychologiques et d'adopter un comportement inadapté constitutif de harcèlement sexuel envers certains personnels masculins. Par sa décision du 17 novembre 2021, la ministre du travail a considéré que le second grief tiré d'un comportement de harcèlement sexuel, constitué par des attouchements non désirés, des pressions répétées dans le but d'obtenir un acte de nature sexuelle ainsi que des propos et comportements à connotation sexuelle répétés ayant porté atteinte à la dignité de plusieurs salariés, était d'un degré de gravité suffisant pour justifier le licenciement de l'intéressée. Il ressort des pièces des dossiers qu'à la suite d'une lettre ouverte du 29 septembre 2020 signée par seize salariés et adressée à la fois à l'employeur et aux services d'inspection du travail et de la médecine du travail dénonçant le comportement déviant et le climat malsain instauré par Mme B, la société Monoprix a mené une enquête interne le 10 octobre 2020 auprès du comité social et économique d'établissement (CSEE), des salariés pétitionnaires et de ceux affectés au secteur " caisse ", de laquelle il ressort notamment que quatorze salariés ont indiqué que la requérante avait un comportement inadapté avec les personnes de sexe masculin et que neuf d'entre eux ont rapporté avoir été soit victimes d'attouchements de la part de Mme B ou de propos à caractère sexuel non consentis, soit témoins de telles remarques ou de propositions non désirées d'ordre sexuel, adressées en particulier à certains personnels de caisse et de livraison. Il ressort également du rapport de la contre-enquête du 23 juillet 2021 réalisée par le ministre du travail dans le cadre de l'instruction du recours hiérarchique exercé par la requérante que l'inspectrice du travail a notamment recueilli le témoignage des quatorze salariés concernés, a pu s'entretenir avec certains d'entre eux et que ceux-ci ont déclaré, de manière précise et détaillée, que Mme B avait des gestes déplacés et répétés envers certains collaborateurs masculins, qu'elle tenait des propos sexuellement allusifs et qu'elle adressait des messages au contenu sexuellement explicite sur les réseaux sociaux aux livreurs du magasin. A cet égard, l'enquête sur site du 17 février 2021 puis les entretiens téléphoniques du 2 mars 2021 ont, en particulier, permis à l'inspectrice du travail de recueillir les témoignages de deux victimes directes des agissements de Mme B, à savoir celui de M. F, qui a décrit de manière circonstanciée un comportement de l'intéressée caractérisé par de fréquentes allusions sexuelles accompagnées de gestes inappropriés, et celui de M. A, livreur pour la société Monoprix, qui a déclaré que Mme B lui avait envoyé un message à caractère sexuel sur son téléphone mobile personnel et avait eu à plusieurs reprises des gestes déplacés, ce qui l'a contraint à demander à son employeur de le muter sur un autre secteur. Si Mme B fait valoir qu'elle a toujours nié les faits, elle n'a apporté dans le cadre de l'enquête menée par l'inspecteur du travail ou ultérieurement, en se bornant à affirmer que les accusations à son endroit sont fausses, aucun élément permettant de remettre utilement en cause les multiples témoignages des salariés évoqués ci-dessus. A cet égard, la production, dans le cadre de l'instance, de témoignages de sept autres salariés attestant, pour la plupart, de l'investissement professionnel de la requérante ou de ce qu'ils n'ont pas été victimes ou témoins d'un comportement déviant de sa part, ne sont pas de nature à remettre en cause le caractère probant des constatations circonstanciées opérées par l'employeur et confirmées lors de l'enquête contradictoire. En outre, la circonstance que M. D se soit rétracté de son témoignage initial est sans incidence dès lors que le rapport de la contre-enquête de la ministre chargée du travail ne l'a pas pris en compte et que sa décision est fondée sur d'autres éléments de preuve. Mme B n'établit pas davantage, en se bornant à alléguer que l'employeur aurait choisi des témoins hostiles ou que les témoignages seraient faux, la partialité de l'enquête interne menée par la société Monoprix, et en tout état de cause ne critique pas celle menée ultérieurement par l'administration dans les conditions précédemment rappelées. Elle n'établit pas davantage que les enquêtes de l'employeur et de l'inspectrice du travail auraient été menées exclusivement à charge ou seraient le résultat d'une vengeance personnelle de certains témoins et signataires de la lettre ouverte affiliés à une organisation syndicale concurrente. Dans ces conditions, la matérialité des faits reprochés à la salariée, s'agissant des griefs liés aux propos et remarques et aux gestes déplacés à connotation sexuelle, seuls retenus par la ministre, et dont la gravité n'est par ailleurs pas contestée, doit être considérée comme établie. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.

S'agissant du lien entre le licenciement et le mandat syndical de la requérante :

12. Si Mme B soutient avoir été sanctionnée en raison de son investissement particulier dans le cadre de son mandat, ayant initié un mouvement du personnel qui aurait pu conduire à une grève en 2019, elle n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses allégations. La circonstance que Mme E, membre du même syndicat, a également fait l'objet d'un licenciement à quelques jours d'intervalle n'est pas davantage de nature à laisse présumer une discrimination en lien avec le mandat syndical détenu. Dans ces conditions, ces seules circonstances ne sont pas de nature à laisser présumer l'existence d'un lien entre l'activité syndicale de Mme B et son licenciement.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B à fin d'annulation de la décision de la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion du 17 novembre 2021 en tant qu'elle autorise son licenciement doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, les sommes que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B les sommes demandées par la société Monoprix sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B aux fins d'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 5 mars 2021 et de la décision implicite de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion née le 27 août 2021 portant rejet de son recours hiérarchique

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme B est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la société Monoprix tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société Monoprix.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

E. Fabre

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2109186

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