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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2109266

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2109266

mercredi 10 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2109266
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL VALADOU-JOSSELIN & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré enregistré le 25 octobre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Berre-l'Etang a délivré un permis de construire à Mme et M. C pour la construction de deux pavillons, comprenant chacun deux logements et deux garages, sur les parcelles cadastrées BY n°219, 220 et 221 et situées au hameau de Mauran.

Il soutient que :

- le maire de la commune de Berre-l'Etang a méconnu l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors que le projet contesté se situe en dehors d'un espace urbanisé et que le dossier de demande de permis de construire ne contenait pas l'avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites ;

- le projet en litige, situé en zone UD du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Berre-l'Etang, méconnaît les dispositions du plan de prévention des risques naturels d'inondation (PPRI) approuvé le 15 juin 2001.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, la commune de Berre-l'Etang, représentée par Me Varnoux et Me Nadan, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le préfet des Bouches du Rhône ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2023, Mme B C et M. A C, représentés par Me Callen, concluent au rejet de la requête et demandent que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que les moyens soulevés par le préfet des Bouches-du-Rhône ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'environnement ;

-le code de l'urbanisme ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Ridings, rapporteure,

-les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

-et les observations de Callen, représentant M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 avril 2021, le maire de la commune de Berre-l'Etang a délivré à Mme et M. C un permis de construire pour l'édification de deux pavillons, comprenant chacun deux logements et deux garages, sur les parcelles cadastrées BY n°219, 220 et 221 et situées au hameau de Mauran. Par une lettre du 24 juin 2021, reçue en mairie le 25 juin 2021, le sous-préfet d'Istres a saisi le maire de ladite commune d'observations quant à la légalité de ce permis de construire et a demandé son retrait. A la suite de ce recours gracieux, une décision implicite de rejet est née le 25 août 2021. Le préfet des Bouches-du-Rhône demande l'annulation de l'arrêté du 27 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-3 du code de l'urbanisme : " () Le schéma de cohérence territoriale précise, en tenant compte des paysages, de l'environnement, des particularités locales et de la capacité d'accueil du territoire, les modalités d'application des dispositions du présent chapitre. Il détermine les critères d'identification des villages, agglomérations et autres secteurs déjà urbanisés prévus à l'article L. 121-8, et en définit la localisation ". Aux termes de l'article L. 121-8 du même code, dans sa version issue de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 (dite loi ELAN) : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. / L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Elle est refusée lorsque ces constructions et installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages ".

3. Si les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, citées plus haut, ont été modifiées par le a) du 2° du I de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 énoncée au point précédent, cette modification ne s'applique pas, conformément au V du même article 42, aux demandes d'autorisation d'urbanisme déposées avant le 31 décembre 2021. Dès lors, les pétitionnaires, du présent litige, ayant présenté leur demande de permis de construire le

8 décembre 2020 et l'ayant complétée le 16 mars 2021, il y a donc lieu d'appliquer, en l'espèce, le premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2015-1174 du 23 septembre 2015. Ainsi, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige, antérieure à la loi du

23 novembre 2018 précitée : " L'extension de l'urbanisation se réalise soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement ". Il résulte des dispositions précitées que les constructions peuvent être autorisées dans les communes littorales en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions. Constituent des agglomérations ou des villages où l'extension de l'urbanisation est possible, au sens et pour l'application de ces dispositions, les secteurs déjà urbanisés caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions. Le respect de cette règle de continuité doit être apprécié en resituant le terrain d'assiette du projet dans l'ensemble de son environnement.

4. Il ressort des pièces du dossier que le projet contesté, ayant pour objet la construction de deux pavillons d'une superficie totale de plancher de 480 m2, s'implante sur les parcelles cadastrées n°219, 220 et 221 d'une contenance globale de 2 040 m2 et classées en zone UD du PLU de la commune de Berre-l'Etang. Il se situe par ailleurs à l'extrémité Sud du hameau de Mauran, qualifié de village pour l'application de la loi littorale par le schéma de cohérence territoriale du territoire du Pays Salonnais approuvé le 15 avril 2013 et le PLU de ladite commune. Les photographies aériennes, visibles sur Géoportail, site officiel accessible tant au juge qu'aux parties, montrent que la parcelle n°221, d'une superficie de 988 m2, jouxte des terrains bâtis sur les côtés Nord, Est et Ouest. Toutefois, les parcelles n°219 et 220 d'une superficie totale de 1 052 m2 s'ouvrent au Sud et à l'Est sur un vaste espace boisé et sont contiguës au Nord et à l'Ouest à des terrains vierges de toutes constructions. Dans ces conditions, le projet en litige, constitué de deux pavillons, doit être regardé comme en continuité du hameau de Mauran uniquement en tant qu'il s'implante sur la parcelle n°221. Par suite, le préfet est seulement fondé à soutenir que ledit projet méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme en tant qu'il s'implante sur les parcelles n°219 et 220.

5. En second lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles qu'éclairées par les travaux parlementaires ayant précédé l'adoption de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique que le troisième alinéa de cet article, qui prévoit la consultation de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS) préalablement à la délivrance d'une autorisation d'urbanisme porte uniquement sur les autorisations délivrées dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages existants. Par suite, dès lors que le projet des pétitionnaires, implanté sur les parcelles n°219 et 220, n'est pas situé au sein d'un secteur déjà urbanisé ni en continuité d'une agglomération ou d'un village existant, et que ce-dernier, implanté sur la parcelle n°221, aura pour effet d'étendre l'urbanisation en continuité avec le hameau de Mauran, identifié comme étant un village par le schéma de cohérence territoriale du territoire du Pays Salonnais, l'autorisation d'urbanisme en litige n'avait pas à être soumise pour avis à la CDNPS. Par suite, le moyen tiré du défaut de consultation de la CDNPS est inopérant et doit être écarté.

Sur la méconnaissance des dispositions du règlement du plan de prévention des risques naturels prévisibles de 2001 :

6. Aux termes de l'article L. 562-1 du code de l'environnement : " I.- L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les cyclones. / II.- Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : / 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles, pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ; / () ".

7. En vertu d'un principe général, il incombe à l'autorité administrative de ne pas appliquer un règlement illégal. Ce principe trouve à s'appliquer, en l'absence même de toute décision juridictionnelle qui en aurait prononcé l'annulation ou les aurait déclarées illégales, lorsque les dispositions d'un document d'urbanisme, ou certaines d'entre elles si elles en sont divisibles, sont entachées d'illégalité, sauf si cette illégalité résulte de vices de forme ou de procédure qui ne peuvent plus être invoqués par voie d'exception en vertu de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme. Ces dispositions doivent ainsi être écartées, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, par l'autorité chargée de délivrer des certificats d'urbanisme ou des autorisations d'utilisation ou d'occupation des sols, qui doit alors se fonder, pour statuer sur les demandes dont elle est saisie, sur les dispositions pertinentes du document immédiatement antérieur ou, dans le cas où celles-ci seraient elles-mêmes affectées d'une illégalité dont la nature ferait obstacle à ce qu'il en soit fait application, sur le document encore antérieur ou, à défaut, sur les règles générales fixées par les articles L. 111-1 et suivants et R. 111-1 et suivants du code de l'urbanisme.

8. Le préfet des Bouches-du-Rhône soutient que le projet en litige méconnaîtrait les dispositions du règlement du plan de prévention des risques naturels prévisibles (PPRI) de 2001 dès lors que les parcelles des requérants sont classées en zone rouge, qui présente un risque grave d'inondation du fait de la hauteur ou de la vitesse d'écoulement des eaux et dans laquelle les constructions nouvelles ne sont pas autorisées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le préfet a, le 25 août 2016, porté à connaissance de plusieurs communes, et notamment à la commune de Berre-l'Etang, l'étude d'aléa inondations de l'Arc, en indiquant, dans sa lettre de présentation, que les cartographies annexées à ce document " constituent à la date du présent courrier la connaissance actualisée de référence ". Il a également été précisé, dans un courriel du 5 octobre 2016 de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) des Bouches-du-Rhône que " les nouvelles cartographies des zones inondables du PAC induisent une évolution de la réalité matérielle du risque : il est donc tout à fait légitime que vous basiez votre instruction sur l'analyse des cartes du PAC uniquement, et non plus sur celle du

PPRI ". Ce même courriel expose que le règlement de ce PPRI reste applicable, mais que la cartographie du porter à connaissance, plus actualisée, doit se substituer à celle du PPRI en cause. Dans ces conditions particulières, et en l'absence de contestation des données du porter à connaissance du 25 août 2016 par le préfet des Bouches-du-Rhône, le règlement de ce PPRI doit prendre pour référence la cartographie du porter à connaissance précité. Il ressort ainsi de cette cartographie que les parcelles en cause sont classées en zone de risque inondation modéré dont l'équivalence, selon la DDTM des Bouches-du-Rhône, est la zone bleue du règlement du PPRI, dans laquelle les constructions nouvelles sont autorisées sous certaines conditions. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaîtrait les dispositions du PPRI de 2001, tel qu'apprécié au vu du porter à connaissance du 25 août 2016 précité.

Sur l'application de l'articles L. 600-5 du code de l'urbanisme :

9. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".

10. Il ressort des pièces du dossier que l'illégalité relevée au point 4 n'affecte qu'une partie du projet et est susceptible d'être régularisée. Dans ces conditions, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme et de prononcer l'annulation partielle de l'arrêté du 27 avril 2021, en tant qu'il méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme en autorisant la construction en litige sur les parcelles n°219 et 220.

Sur les frais liés au litige :

11. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. et Mme C, ainsi que par la commune de Berre-l'Etang sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 avril 2021 du maire de la commune de Berre-l'Etang est annulé en tant que le projet autorisé sur les parcelles n°219 et 220 ne se situe pas en continuité du hameau de Mauran conformément à l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

Article 2 : Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par Mme et M. C et la commune de Berre-l'Etang sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et M. A C, à la commune de Berre-l'Etang et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

Mme Ridings, conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2024.

La rapporteure,

signé

M. Ridings

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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