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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2109331

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2109331

mardi 1 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2109331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10eme Chambre
Avocat requérantHAMRI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a annulé l'arrêté du 17 mai 2021 par lequel le maire de Châteauneuf-le-Rouge s'est opposé à la déclaration préalable déposée par les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France pour l'installation d'un pylône et d'antennes de radiotéléphonie mobile. Le tribunal a jugé que le maire ne pouvait fonder son opposition sur l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques, qui n'impose pas d'obligation de partage des sites entre opérateurs. Il a également estimé que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme n'était pas fondé, le projet ne portant pas atteinte au caractère des lieux avoisinants. En conséquence, le tribunal a enjoint au maire de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée dans un délai d'un mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 octobre 2021, le 14 février 2024, les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France, représentées par Me Karim Hamri, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 mai 2021 par laquelle le maire de la commune de Châteauneuf-le-Rouge s'est opposé à la réalisation des travaux objet de la déclaration

DP 01302521L0012 déposée auprès de ses services le 8 mars 2021, ensemble la décision prise le 28 août 2021 rejetant le recours gracieux du 1er juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre au maire de Châteauneuf-le-Rouge de procéder à une nouvelle instruction la déclaration préalable déposée le 8 mars 2021 et d'y statuer dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Châteauneuf-le-Rouge une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué n'est pas motivé ;

- le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article AU2 du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article D. 98-6-1 du code des communications électroniques.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 décembre 2023, la commune de Châteauneuf-le-Rouge, représentée par Me Frédéric Laurie, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge de la société Bouygues Telecom une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société Bouygues Telecom ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 21 mars 2024.

Par courrier en date du 2 juin 2025, les parties ont été informées, en application de l'article L. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de prononcer d'office une injonction tendant à ce que le maire de Chateauneuf-Le-Rouge délivre une autorisation d'urbanisme en vertu des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Juste,

- les conclusions de Mme Noire, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les sociétés Cellnex et Bouygues Télécom ont déposé, le 14 avril 2021, un dossier de déclaration préalable n° DP 01302521L0012 auprès des services de la maire de Châteauneuf-le-Rouge en vue de l'installation d'un pylône et d'antennes de radiotéléphonie mobile sur un terrain situé à La Galinière Auberge, sur le territoire de la commune. Par arrêté en date du 17 mai 2021, le maire de cette commune s'est opposé à ce projet, décision contestée par les sociétés le 1er juillet 2021. Le maire de Châteauneuf-le-Rouge, par décision du 28 août 2021, a rejeté ce recours gracieux. Les sociétés Cellnex et Bouygues Télécom demandent au tribunal d'annuler, ensemble, ces décisions d'opposition et de rejet du recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué se réfère notamment aux articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et D. 98-6-1 du code des postes et communications électroniques, et mentionne les éléments de faits qui justifient, selon le maire, de la non-conformité du projet à ces règles. Par suite, il comporte les considérations de faits et de droit sur lesquelles il se fonde. Le moyen tiré de l'absence de motivation doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 98-6-1 du code des postes et communications électroniques dispose que " () Lorsque l'opérateur envisage d'établir un site ou un pylône et sous réserve de faisabilité technique, il doit à la fois : / privilégier toute solution de partage avec un site ou un pylône existant ; / veiller à ce que les conditions d'établissement de chacun des sites ou pylônes rendent possible, sur ces mêmes sites et sous réserve de compatibilité technique, l'accueil ultérieur d'infrastructures d'autres opérateurs ; / répondre aux demandes raisonnables de partage de ses sites ou pylônes émanant d'autres opérateurs. ".

4. L'arrêté en litige se borne à mentionner que " l'obligation des opérateurs n'est pas respectée " selon les dispositions de l'article cité au point précédent. Toutefois, à supposer qu'un autre opérateur ait implanté un pylône à proximité du lieu d'implantation du projet, aucune obligation de partage des sites ou des pylônes entre les opérateurs ne résulte de l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques. Par suite, le maire ne pouvait utilement fonder son opposition sur ces dispositions.

5. En troisième lieu, selon l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, dont les termes sont repris à l'article 11 du règlement de zone A du PLU de la commune : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

6. Dès lors que les dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme invoquées par le requérant ont le même objet que celles, également invoquées, d'un article du code de l'urbanisme posant les règles nationales d'urbanisme et prévoient des exigences qui ne sont pas moindres, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan d'occupation des sols que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée. En conséquence, le juge exerce un contrôle normal sur la conformité à ces dispositions de la décision attaquée.

7. Il ressort des pièces du dossier que le projet doit être implanté sur une parcelle cadastrée n° AL 0433 classée en zones A et 2AU, en lisière d'une zone boisée de surface modérée. Le secteur d'implantation, essentiellement rural, est composé de champs et de petits espaces boisés ne présentant aucune caractéristique particulière ou remarquable, la seule circonstance invoquée par la commune que le bosquet en lisière duquel sera implanté le pylône radiotéléphonique est un " espace boisé classé " ne conférant pas en elle-seule un caractère remarquable à cet espace. Par ailleurs, le projet a fait l'objet d'un traitement spécifique afin de limiter son impact visuel sur son environnement puisqu'il s'agit d'un pylône treillis de couleur verte permettant à la fois de laisser au maximum passer la lumière, d'éviter ainsi un effet de masse, et de l'intégrer dans son environnement à dominante boisée. Par suite, le maire de Châteauneuf-le-Rouge a entaché son arrêté d'opposition d'une erreur d'appréciation en se fondant sur les dispositions précitées du code de l'urbanisme pour s'opposer au projet.

8. En quatrième lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. En l'espèce, la commune entend opposer le règlement de la zone 2AU et l'article 2 du règlement de la zone A au projet dans ses écritures en défense. Ce faisant, elle doit être regardée comme demandant au tribunal de procéder à une substitution de motifs.

10. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment des plans joints à la déclaration préalable, et plus particulièrement du plan cadastral sur lequel est matérialisé l'emplacement exact de l'implantation du projet, que le pylône doit être construit au sud-ouest de la parcelle AL 0433, en lisière d'une zone boisée bordant la parcelle à l'ouest, et d'une autre la bordant au sud. Or, cette parcelle est partiellement classée en zone agricole " A " et en zone 2AU, et c'est précisément dans la partie classée en zone agricole qu'est implanté le projet. Par suite, la commune ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 2AU.

11. D'autre part, aux termes de l'article A2 du PLU, sont autorisés : " Les constructions,

ouvrages techniques et installations nécessaires au fonctionnement des services publics ou d'intérêt collectif à condition que leur localisation géographique dans la zone soit rendue nécessaire par leur fonctionnement et que cette même localisation soit compatible avec l'exercice de l'activité agricole sur l'unité foncière d'implantation et que le projet ne porte pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages ".

12. Le projet en litige, qui participe à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile, constitue une installation nécessaire au fonctionnement des services publics ou d'intérêt collectif au sens des dispositions précitées du plan local d'urbanisme de la commune de Châteauneuf-le-Rouge. La commune, en se bornant à invoquer les dispositions de l'article A2 de son PLU, n'établit ni que l'antenne et son mât, implantés en lisière de zone boisée, seraient incompatibles avec les activités agricoles menées sur la parcelle d'implantation, ni que cette construction porterait atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, compte tenu de ce qui a été dit au point 7. La demande de substitution fondée sur l'article A2 du PLU doit donc également être écartée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté d'opposition à déclaration préalable en date du 17 mai 2021 ainsi que la décision de rejet du recours gracieux formé contre cet arrêté doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. "

15. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, le présent jugement, qui annule l'arrêté attaqué dans tous ses motifs, implique d'enjoindre au maire de Châteauneuf-le-Rouge de délivrer aux sociétés Cellnex et Bouygues Telecom une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par elles le 14 avril 2021 dans un délai d'un mois, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des sociétés Cellnex et Bouygues Telecom, qui ne sont pas la partie perdante, la somme réclamée par la commune de Châteauneuf-le-Rouge au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Châteauneuf-le-Rouge une somme de 1 500 euros à verser aux sociétés Cellnex et Bouygues Telecom en application de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 17 mai 2021 par laquelle la maire de Châteauneuf-le-Rouge s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 01302521L0012 déposée par les sociétés Cellnex et Bouygues Telecom est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Châteauneuf-le-Rouge de prendre une décision de non-opposition à cette déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Châteauneuf-le-Rouge versera aux sociétés Cellnex et Bouygues Telecom, une somme globale de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Bouygues Telecom, à la société Cellnex France et à la commune de Châteauneuf-le-Rouge.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Pecchioli, président,

M. Juste, premier conseiller,

Mme Houvet, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2025.

Le rapporteur,

Signé

C. JUSTE

Le président,

Signé

J.L PECCHIOLI Le greffier,

Signé

F. BENMOUSSA

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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