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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2109548

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2109548

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2109548
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL ADDEN MEDITERRANEE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistré le 2 novembre et 20 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Giudicelli, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 août 2021 par laquelle le directeur général de l'Assistance Publique - hôpitaux de Marseille (AP-HM) a prévu que celle du 9 octobre 2018, prononçant l'exclusion temporaire de fonctions de M. B pour une durée de deux ans, prendra effet au 1er septembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle abroge illégalement la décision du 5 avril 2019 prévoyant que la sanction infligée prendra effet à l'issue de sa période de maladie ;

- elle sanctionne des faits qui l'ont déjà été ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est illégale car elle applique une sanction d'exclusion de plus de deux ans ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, l'AP-HM, représentée par la SELARD Cornet - Vincent - Segurel, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Un mémoire, enregistré le 3 novembre 2023, présenté par Me Giudicelli pour M. B, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Derollepot, rapporteur,

- les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Marjary, substituant Me Giudicelli, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 9 novembre 2018, le directeur général de l'AP-HM a prononcé à l'encontre de M. B, infirmier titulaire à l'AP-HM depuis le 8 août 2011, la sanction d'exclusion temporaire de deux ans. Par un jugement n°1810219 du 29 juin 2020, confirmé en appel le 21 octobre 2021 sous le n° 20MA03267 puis par le Conseil d'Etat le 5 août 2022 sous le n°459670, le tribunal administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B à l'encontre de cette décision. Parallèlement, cet agent ayant été placé en congé de maladie, par une décision du 30 avril 2021 dont il demande l'annulation, le directeur général de l'AP-HM a fixé la prise d'effet de l'exclusion temporaire de deux ans de ce dernier au 1er septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ".

3. La décision attaquée comporte dans ses visas et motifs toutes les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et qui permettent de vérifier que le directeur général de l'AP-HM a procédé à un examen de la situation particulière du requérant qui a été mis à même de la discuter utilement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".

5. Par une décision du 5 avril 2019, le directeur général de l'AP-HM a reporté la date de prise d'effet de la sanction du 9 novembre 2018 à l'issue de son congé de maladie et s'est ainsi borné à en définir les modalités d'exécution. Dès lors, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de retirer une décision créatrice de droits. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration précitées à l'encontre de la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 62 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son établissement, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. () / La disponibilité est prononcée soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 41 () ". Aux termes de l'article 17 du décret du 19 avril 1988 : " Lorsque le fonctionnaire est dans l'incapacité de reprendre son service à l'expiration de la première période de six mois consécutifs de congé de maladie, le comité médical est saisi pour avis de toute demande de prolongation de ce congé dans la limite des six mois restant à courir./ Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service qu'après l'avis favorable du comité médical./ Si l'avis du comité médical est défavorable, le fonctionnaire est soit mis en disponibilité, soit, s'il le demande, reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme des agents des collectivités locales. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite ".

7. Lorsque l'agent a épuisé ses droits à un congé de maladie ordinaire, il appartient à l'établissement qui l'emploie, d'une part, de saisir le comité médical, qui doit se prononcer sur son éventuelle reprise de fonctions ou sur sa mise en disponibilité, son reclassement dans un autre emploi ou son admission à la retraite, et, d'autre part, de verser à l'agent un demi-traitement dans l'attente de la décision du comité médical. Il appartient à l'administration, tenue de placer le fonctionnaire dans une position statutaire régulière, dans l'attente de l'avis du comité médical départemental, et à titre provisoire, de placer le fonctionnaire qui a épuisé ses droits à congé de maladie ordinaire, et sous réserve de régularisation ultérieure, en disponibilité d'office.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été placé en congé de maladie ordinaire du 5 juin 2018 au 4 juin 2019 et maintenu à demi-traitement à compter du 5 juin 2019. Du fait de l'épuisement de ses droits à congé de maladie, cet agent qui ne pouvait, du seul fait de la fin de ses périodes d'arrêts de travail, reprendre son service en l'absence d'avis du comité médical ni, en tout état de cause, prétendre à la prise d'effet de la sanction au 1er février 2021, l'exécution de celle-ci ayant alors au demeurant été suspendue, d'ailleurs à sa demande, par la décision du 5 avril 2019. M. B ayant ensuite été placé en absence irrégulière du 21 avril 2021 au 31 août 2021, la décision du 30 août 2021 n'a pas pu avoir pour effet de prononcer une sanction d'exclusion temporaire de fonction d'une durée supérieure à deux ans. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

9. En dernier lieu, la décision attaquée, qui, comme il a été dit au point 5, se borne à préciser les modalités d'exécution de la sanction prononcée le 9 octobre 2018 en fixant la période d'exclusion des fonctions de M. B, n'est pas une nouvelle décision de sanction. Dès lors, les moyens tirés de la violation de la règle dite " non bis in idem ", de l'erreur de fait ou de la disproportion doivent être écartés comme inopérants.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais du litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'AP-HM, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que le requérant demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'AP-HM tendant à la condamnation de M. B à ce même titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'AP-HM tendant à la condamnation de M. B au paiement des frais exposés et non compris dans les dépens sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Assistance publique - hôpitaux de Marseille.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Frédérique Simon, présidente,

M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,

Mme Ludivine Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

A. Derollepot

La présidente,

signé

F. Simon

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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