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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2109621

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2109621

mercredi 24 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2109621
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantFONT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2109621 le 4 novembre 2021, et un mémoire, enregistré le 10 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Blanchard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la ville de Marseille a rejeté sa demande de protection fonctionnelle du 8 avril 2021, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux du 1er juillet suivant ;

2°) de mettre à la charge de la ville de Marseille une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ne sont pas motivées ;

- alors qu'il est victime d'agissements de harcèlement moral, la décision refusant de lui accorder la protection fonctionnelle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, la ville de Marseille, représentée par Me Sindrès, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2200542 le 20 janvier 2022, et un mémoire, enregistré le 10 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Blanchard, demande au tribunal :

1°) de condamner la ville de Marseille à lui verser la somme de 14 200 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral, la somme de 4 200 euros devant être augmentée des intérêts au taux légal à compter du 13 avril 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la ville de Marseille une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été victime de faits constitutifs de harcèlement moral dans l'exercice de ses fonctions ;

- du fait de son évincement des astreintes à compter du 1er avril 2020, il a subi un préjudice financier estimé à 4 200 euros ;

- l'administration doit réparer son préjudice moral à hauteur de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2022, la ville de Marseille, représentée par Me Sindrès, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive et par suite irrecevable ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaspard-Truc,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Voskarides substituant Me Blanchard, représentant M. B, et de Me Chavalarias, représentant la ville de Marseille.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, agent de maîtrise principal, exerce les fonctions d'agent chargé du contrôle des entreprises délégataires du service public de la fourrière à la division animale de la direction santé publique, solidarité et inclusion de la ville de Marseille depuis 2015. S'estimant victime de faits de harcèlement moral, M. B a, par un courrier du 8 avril 2021, demeuré sans réponse, sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle et demandé au maire de Marseille de lui verser une somme de 10 000 euros en réparation du préjudice qu'il estimait avoir subi. Son recours gracieux du 1er juillet 2021 à l'encontre de la décision ayant implicitement rejeté sa demande de protection fonctionnelle a également été implicitement rejeté. Par les présentes requêtes, M. B demande l'annulation de la décision implicite rejetant sa demande de protection fonctionnelle du 8 avril 2021 et de la décision implicite rejetant son recours gracieux, ainsi que la condamnation de la ville à lui verser une somme de 14 200 euros à titre d'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2109621 et 2200542 sont relatives à la situation d'un même agent public et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. Le moyen tiré de ce que les décisions implicites attaquées ne sont pas motivées est inopérant. Au demeurant, il résulte des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration qu'une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas entachée d'illégalité du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Elle ne peut être regardée comme illégale qu'en l'absence de communication de ses motifs dans le délai d'un mois par l'autorité saisie. A cet égard, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait sollicité la communication des motifs de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

5. Aux termes du IV de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre () les agissements constitutifs de harcèlement () dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. / Lorsqu'elle est informée, par quelque moyen que ce soit, de l'existence d'un risque manifeste d'atteinte grave à l'intégrité physique du fonctionnaire, la collectivité publique prend, sans délai et à titre conservatoire, les mesures d'urgence de nature à faire cesser ce risque et à prévenir la réalisation ou l'aggravation des dommages directement causés par ces faits () ". Aux termes de l'article 6 quinquies de la même loi, dans sa version alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".

6. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. M. B soutient qu'après avoir exprimé à plusieurs reprises son opposition à la réalisation d'opérations visant à relever des manquements non fondés du titulaire dans l'exécution du contrat pour la gestion de la fourrière animale dans le but de favoriser un autre prestataire, ses interventions auraient déclenché, à la fin de l'année 2019, de la part de ses supérieurs hiérarchiques, des comportements constitutifs de harcèlement moral. Selon un compte rendu de réunion du 26 novembre 2019 joint au dossier, le titulaire du marché de la fourrière a ouvertement attaqué la municipalité et il a alors été demandé à M. B, par son supérieur hiérarchique n+2, d'être en symbiose avec l'équipe. Il ressort également des pièces du dossier, notamment d'un article de presse du 28 janvier 2022, qu'une série de perquisitions a été menée au service des marchés publics et à la délégation de l'animal de la ville de Marseille par la brigade financière à la suite de soupçons de délit de favoritisme dans l'attribution du marché de la fourrière animale en 2020. Par ordonnance n° 2008567 du 25 novembre 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a annulé la procédure de passation de l'accord-cadre portant sur le lot 1 intitulé " Capture, transport des animaux errants et/ou dangereux, et/ou blessés et/ou morts sur le territoire de la Ville de Marseille, mise en fourrière et gestion du suivi des animaux " au motif que l'offre alors retenue avait été dénaturée, lésant ainsi le précédent titulaire du marché. Par jugement n° 2009719 du 14 mars 2023, devenu définitif, le tribunal administratif a également annulé l'arrêté du 27 novembre 2020 du maire de la ville de Marseille portant réquisition d'un centre pour animaux, autre que l'ancien prestataire, pour assurer les missions de fourrière et de ramassage des animaux morts de la ville. Enfin, il ressort de la fiche d'évaluation de M. B au titre de l'année 2019 que son supérieur hiérarchique n+2 a, le 1er décembre 2020, observé que cet agent avait manqué à ses obligations de devoir de réserve, d'obéissance et de loyauté, sans toutefois illustrer les manquements de l'intéressé. Il en résulte, alors que la ville de Marseille se borne à soutenir que l'intéressé n'a pas subi de pressions de la part de sa hiérarchie, qu'il y a lieu de tenir pour établi que M. B a ouvertement manifesté son désaccord sur certaines pratiques de son service.

8. Pour faire présumer le harcèlement moral dont il soutient avoir été victime pendant près de deux en raison des dénonciations visées au point précédent, M. B soutient que sa hiérarchie l'a écarté du service en ne le plaçant pas dans une position régulière en avril 2020, a supprimé les astreintes qu'il avait vocation à effectuer selon sa fiche de poste, a méconnu son obligation d'évaluation professionnelle au titre des années 2019 et 2020, l'a affecté dans un centre de vaccination durant plusieurs mois à titre de sanction déguisée et l'a fortement incité à effectuer une mobilité pour l'éloigner du service.

9. Alors que toute l'activité de la division était assurée en télétravail, il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité, à plusieurs reprises courant avril 2020 et alors qu'il reprenait son service à l'issue d'un congé de maladie, ses supérieurs pour savoir quelles étaient les modalités d'organisation de son travail, sans qu'aucune réponse concrète ne lui soit apportée. Il ressort par ailleurs de la fiche de poste de l'intéressé, actualisée au 27 mars 2018, que le poste occupé par M. B supposait d'assurer des astreintes de sécurité et salubrité liées au domaine animal. Or, il est constant qu'à compter du 1er avril 2020, ses astreintes ont été supprimées. En outre, par un courriel du 23 mars 2021, le directeur général adjoint " Ville durable et expansion " a affecté M. B au centre de vaccination Orange Vélodrome à compter du 29 mars suivant et pour une durée de trois mois. Une élue de la ville de Marseille atteste par ailleurs qu'à sa nomination en qualité de déléguée à l'animal dans la ville, et après avoir rencontré toute l'équipe du service animal à l'exception de M. B, elle a par deux fois demandé à sa hiérarchie à le voir, sans succès. Ayant pris contact directement avec lui, elle soutient avoir pris conscience des difficultés qu'il rencontrait à effectuer ses missions de service public et a sollicité de sa hiérarchie qu'elle procède à sa notation. Il ressort également de la fiche de notation de cet agent au titre de l'année 2019 qu'un objectif de mobilité lui a été fixé pour l'année à venir. Enfin, M. B, placé en arrêt de travail du 2 janvier au 31 mars 2020, produit un avis d'arrêt de travail attestant qu'il souffre d'un épisode dépressif moyen que l'intéressé explique être dû aux difficultés professionnelles rencontrées. Les éléments de fait avancés par M. B sont susceptibles de faire présumer un harcèlement moral à son encontre.

10. En réponse, la ville de Marseille, auquel incombe de produire une argumentation en sens contraire, fait valoir que les faits allégués ne sont pas établis.

11. S'agissant de la position dans laquelle M. B a été placé en avril 2020, la ville soutient, sans être utilement contredite, que les réponses tardives sur les modalités d'organisation de son travail au cours de cette période résultent des difficultés liées au confinement national dû à l'épidémie de Covid-19. Elle précise, en outre, que si l'intéressé s'étonne de ne pas avoir bénéficié du télétravail mis en place pour assurer la continuité du service, il ne conteste pas sérieusement que son activité ne pouvait alors s'effectuer qu'en présentiel.

12. S'agissant de la suppression des astreintes, la collectivité explique qu'elles étaient réalisées, selon un système de roulement, par M. B et par son supérieur hiérarchique. A la suite du placement en congé de maladie de ce dernier, l'administration n'a pas souhaité que les astreintes soient assurées exclusivement par le requérant et a ainsi substitué, à titre temporaire, un système d'astreinte générale relevant de la direction de la prévention et de la gestion des risques aux astreintes spécifiques assumées par le service animal, ce que confirme le courriel du responsable hiérarchique du 29 juin 2020. Dès lors, cette mesure a été prise dans l'intérêt du service, étant précisé, au surplus, qu'un agent ne dispose pas d'un droit au maintien des astreintes qu'il assumait.

13. S'agissant de l'affectation de M. B dans un centre de vaccination pendant plusieurs semaines, il ressort des pièces du dossier, notamment du courriel du 20 mai 2021 du directeur de la santé, de la solidarité et de l'inclusion, que cette mesure était justifiée par la participation de la collectivité au programme municipal de vaccination contre le Covid-19, chaque direction de la ville ayant dû mettre à disposition un de ses agents pour participer à la campagne vaccinale.

14. S'agissant de l'évaluation professionnelle de l'intéressé, il ressort des éléments du dossier qu'en raison de l'absence prolongée de son supérieur hiérarchique, une telle évaluation n'a pu être effectuée de manière satisfaisante, dans un premier temps, au titre de l'année 2019. Toutefois, la commune produit le compte rendu de l'entretien professionnel complété le 1er décembre 2020 par le responsable hiérarchique de M. B, son supérieur n+2, permettant d'établir que le requérant a fait l'objet d'une évaluation plus circonstanciée au titre de cette année. Si l'intéressé soutient que cette pièce aurait été falsifiée, aucun élément du dossier n'est de nature à remettre en cause son authenticité. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'une évaluation au titre de l'année 2020, qui a été réalisée le 24 septembre 2021.

15. En ce qui concerne l'incitation de l'intéressé à solliciter sa mutation, l'administration explique que cette démarche résulte du constat d'une situation dégradée au sein du service de l'intéressé, constat partagé par une élue, la déléguée à l'animal de la ville, dans son attestation du 5 décembre 2021. Si M. B a bien fait l'objet d'une mutation au sein d'une autre collectivité, la métropole Aix-Marseille-Provence, le 1er novembre 2021, il ne soutient, ni même n'allègue que cette mutation lui aurait été imposée par l'autorité territoriale. Il ne ressort en outre d'aucun élément du dossier que l'intéressé aurait contesté cette mesure.

16. Au vu de ce qui précède, s'il ressort des pièces du dossier que des difficultés relationnelles ont existé dans le service dans lequel était affecté M. B et s'il ne peut être contesté que cet agent était en souffrance dans ses relations de travail, les faits dénoncés par M. B, pris isolément ou dans leur ensemble, ne sont pas de nature à révéler l'existence de faits de harcèlement moral à son encontre. En tout état de cause, le refus d'accorder la protection fonctionnelle ne saurait, à lui seul, être constitutif d'un indice de harcèlement moral, alors même qu'il serait infondé, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

17. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. B n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité de la ville de Marseille doit être engagée à raison d'agissements de harcèlement moral. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par M. B soient mises à la charge de la ville de Marseille, qui n'est pas la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B les sommes que réclame la ville sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la ville de Marseille sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la ville de Marseille.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente de chambre,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées de Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.

La rapporteure,

signé

F. Gaspard-Truc

La présidente,

signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière

signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°s 2109621,

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