lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2109691 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | IKHLEF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 novembre 2021, la SCI Sirine, représentée par Me Ikhlef, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 septembre 2021 n° 2021-115 par laquelle la directrice de l'établissement public foncier de Provence-Alpes-Côte-d'Azur (EPF PACA) a exercé son droit de préemption sur la parcelle cadastrée section AL n° 57 située Lieu-dit Billard à Gignac-la-Nerthe ;
2°) de mettre à la charge de l'EPF PACA la somme de 3 600 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision en litige n'est pas suffisamment motivée ;
- le projet de la commune sur le terrain préempté est insuffisamment tangible, le terrain ne présentant pas de caractère stratégique, le projet dans laquelle la préemption litigieuse n'étant pas concret mais très incertain, en méconnaissance de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2022, l'EPF PACA, représenté par Me Heitzmann, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à la Métropole Aix-Marseille-Provence qui n'a pas produit d'observations.
Par ordonnance du 6 mai 2024 a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Houvet,
- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteur public ;
- les observations de Me Ikhlef pour la SCI Sirine et de Me Meriaux pour l'EPF PACA.
Considérant ce qui suit :
1. Par une déclaration d'intention d'aliéner du 14 juin 2021, les époux A ont informé la commune de Gignac-la-Nerthe qu'ils entendaient vendre un bien situé en zone de préemption urbaine à la SCI Sirine en vertu d'un compromis de vente signé en juin 2021. Par la décision attaquée du 3 septembre 2021, la directrice de l'EPF PACA a préempté ce bien.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme dans sa version applicable : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau et à permettre l'adaptation des territoires au recul du trait de côte, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. () Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. Toutefois, lorsque le droit de préemption est exercé à des fins de réserves foncières dans le cadre d'une zone d'aménagement différé, la décision peut se référer aux motivations générales mentionnées dans l'acte créant la zone. () ". Aux termes de l'article L. 310-1 du même code dans sa version applicable : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser. / L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations. ".
3. Il résulte des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.
4. D'une part, la décision de préemption en litige vise le code de l'urbanisme et plus particulièrement son article L. 210-1, ainsi que la délibération du conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence du 15 octobre 2020 instaurant le droit de préemption urbain renforcé sur le territoire de Marseille Provence à l'exception de la ville de Marseille et la décision de la présidente de la métropole délégant l'exercice du droit de préemption urbain renforcé à l'EFP PACA sur le bien des époux A concerné par la déclaration d'intention d'aliéner. La décision attaquée identifie la parcelle, sa référence cadastrale et sa superficie et précise qu'elle est classée en zone AU2 du plan local d'urbanisme intercommunal. Elle indique en outre que la commune de Gignac-la-Nerthe et la métropole souhaitent engager la requalification du secteur Billard-Bricard dans lequel se situe le terrain préempté par l'implantation d'un pôle d'activités multi-utilisateurs favorable au bon développement de la commune et répondant au déficit de l'offre foncière et immobilière à vocation économique. Elle ajoute que le secteur dans lequel se situe le projet est identifié par le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du plan local d'urbanisme intercommunal approuvé le 19 décembre 2019 comme un espace économique d'enjeux communautaires à développer en vue d'une meilleure articulation avec les pôles de compétitivité aéronautiques et logistiques de proximité. La décision mentionne enfin que " la localisation et la capacité contributive du bien présente un caractère stratégique en contribuant à la réalisation d'un projet économique global sur le secteur Billard-Bricard ". Cette motivation, qui est suffisante, permet d'identifier la nature de l'opération pour la réalisation de laquelle l'EPF PACA a exercé son droit de préemption. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la métropole Aix-Marseille-Provence et la commune ont signé une convention d'anticipation foncière sur le site Billard-Bricard le 8 janvier 2020 qui confie à l'EPF PACA une mission d'anticipation foncière sur le secteur, ce dernier étant identifié par le dispositif de production de l'offre foncière et immobilière à vocation économique de la métropole. Cette convention précise que l'opération envisagée par la métropole correspond à un projet de requalification du site, par la création d'une ZAC d'activités économiques sur le secteur Billard-Bricard et qu'il est nécessaire de continuer le remembrement entrepris et la constitution de réserves foncières ainsi que de mettre en place une ingénierie de traitement des sols pollués. Ce secteur est identifié par le PADD, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la commune souhaitant " inscrire son développement dans une stratégie d'ensemble avec la zone des Florides et la future zone du Billard " (point 4.1.2) et " inscrire le projet du Billard dans la continuité du développement des Florides et du projet Henri Fabre, afin de dynamiser le tissu économique sur le site du projet et sur les zones intercommunales voisines " (point 4.2.2.). Des études ont été réalisées bien en amont de la décision attaquée, démontrant ainsi la volonté des acteurs publics en cause de préparer le projet. Ainsi, un diagnostic a été réalisé pour évaluer la qualité des eaux souterraines de la commune en décembre 2018 et mentionne que des sites à proximité immédiate sont pollués par plusieurs milliers de mètres cubes de déchets ; la métropole a par ailleurs commandé une étude réalisée le 22 décembre 2016 pour la mise en œuvre d'une ZAC à vocation économique dans le périmètre de laquelle se situe le bien préempté. La circonstance que l'EPF PACA ne fasse aucune référence à un projet d'expropriation des parcelles avoisinantes s'insérant dans le prolongement de la décision de préemption litigieuse est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse, qui est une décision de préemption, d'une nature différente. Dans ces conditions, le caractère réel de l'opération d'aménagement du secteur Billard-Bricard dans le périmètre de laquelle se situe le terrain dont la préemption est contestée est établi. Enfin, le projet d'aménagement s'inscrit dans les objectifs d'intérêt général définis par l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme en programmant la création d'une ZAC dans le secteur Billard-Bricard. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme doit être écarté.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les frais :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'EPF PACA la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a en revanche lieu de mettre à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros à verser à l'EPF PACA à ce titre.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la SCI Sirine est rejetée.
Article 2 : La SCI Sirine versera à l'établissement public foncier Provence-Alpes-Côte d'Azur la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'établissement public foncier Provence-Alpes-Côte d'Azur à la SCI SIRINE et à la métropole Aix-Marseille-Provence.
Délibéré après l'audience du 10 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Salvage, président,
- Mme Le Mestric, première conseillère,
- Mme Houvet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
A. HOUVETLe président,
Signé
F. SALVAGE
La greffière,
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
N°2109691
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026