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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2109697

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2109697

lundi 5 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2109697
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPUIGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 novembre 2021 et 15 septembre 2022, M. B A représenté par Me Philippon, doit être regardé comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures:

1°) d'annuler l'article 3 de l'arrêté du 14 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Marseille l'a placé en position de disponibilité pour raison de santé à compter du 30 mai 2021, ainsi que la décision née du silence gardé sur son recours gracieux du 8 juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Marseille de respecter son droit au maintien dans l'emploi ;

3°) d'enjoindre à la commune de Marseille de procéder au réexamen de sa situation, de reconstituer sa carrière, de rétablir le maintien de sa rémunération à demi traitement à compter du 30 mai 2021 et jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite, et de lui verser les sommes indument retenues lors de son placement d'office en disponibilité dès la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à la commune de Marseille d'effacer les passages de ses écritures relatifs aux conditions de son changement d'affectation du 10 septembre 1990 et aux sanctions disciplinaires portant exclusions temporaires de fonctions du 25 au 28 janvier 2001, du 15 au 18 mars 2002 et du 3 au 6 août 2004 ;

6°) de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 4 du décret du 30 juillet 1987, le comité médical n'ayant pas été préalablement saisi ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé dès lors qu'il se réfère à un bulletin médical du 1er juin 2021 du médecin contrôleur de l'administration dont il n'a pas eu connaissance ;

- la décision implicite de rejet attaquée est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'aucune réponse n'a été apportée à sa demande de communication de motifs ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'il n'a pas été invité à présenter une demande de reclassement avant son placement en disponibilité d'office ;

- la commune de Marseille aurait dû saisir le comité médical à l'issue de son congé de maladie ordinaire ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un détournement de procédure.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 juillet et 5 septembre 2022, la commune de Marseille, représentée par Me Puigrenier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été recruté par la commune de Marseille le 7 septembre 1984 et a été titularisé dans le grade de technicien territorial le 1er décembre 2010. Par un arrêté du 14 juin 2021, le maire de la commune de Marseille l'a placé en position de congé de maladie ordinaire à demi-traitement du 28 août 2020 au 29 mai 2021 inclus puis en position de disponibilité pour raison de santé à compter du 30 mai 2021. M. A a formé un recours gracieux le 8 juillet 2021 contre l'article 3 de cet arrêté le plaçant en position de disponibilité d'office à compter du 30 mai 2021, qui est resté sans réponse. Il demande au tribunal l'annulation de l'article 3 de l'arrêté du 14 juin 2021 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, désormais codifié à l'article L. 621-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () /2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 58. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. ". Le deuxième alinéa de l'article 72 de la même loi, désormais codifié à l'article L. 514-1 du code général de la fonction publique, dispose que : " La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57. Le fonctionnaire mis en disponibilité qui refuse successivement trois postes qui lui sont proposés dans le ressort territorial de son cadre d'emploi, emploi ou corps en vue de la réintégration peut être licencié après avis de la commission administrative paritaire ".

3. Aux termes de l'article 4 du décret du 30 juillet 1987, dans sa version alors applicable : " Le comité médical est chargé de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées par le présent décret, un avis sur les questions médicales soulevées par l'admission des candidats aux emplois publics, l'octroi et le renouvellement des congés de maladie et la réintégration à l'issue de ces congés, lorsqu'il y a contestation./ / Il est consulté obligatoirement pour : ()// f) La mise en disponibilité d'office pour raison de santé et son renouvellement ;() ".

4. Il appartient à l'autorité administrative, qui est tenue de placer tout fonctionnaire qu'elle emploie dans une position statutaire régulière, de mettre d'office l'agent en position de disponibilité à l'expiration des droits à congés prévus notamment au 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984. L'application de ces dispositions implique qu'avant que les droits à congés de maladie ordinaire d'un fonctionnaire territorial aient expiré, la collectivité qui l'emploie doit saisir le comité médical afin qu'il détermine si l'intéressé est physiquement apte à reprendre ses fonctions.

5. Il est constant que la commune de Marseille a placé M. A, dont les droits à congé de maladie ordinaire étaient épuisés à compter du 29 mai 2021, en position de disponibilité d'office le 30 mai 2021 sans avoir saisi préalablement le comité médical. La circonstance qu'elle avait par ailleurs saisi la commission de réforme est sans incidence à cet égard dès lors que cette saisine portait uniquement sur la question distincte de l'imputabilité au service de la pathologie de M. A. Par suite, M. A ayant ainsi été privé d'une garantie, le moyen tiré de ce que l'article 3 de l'arrêté du 14 juin 2021 le plaçant en disponibilité d'office est entaché d'un vice de procédure doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'article 3 de l'arrêté du 14 juin 2021 plaçant M. A en disponibilité d'office à compter du 30 mai 2021 doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 8 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que la commune de Marseille procède au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu de faire droit aux autres conclusions d'injonction présentées par le requérant, ni dans les circonstances de l'espèce d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte.

Sur les conclusions à fin de suppression d'écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires :

8. Aux termes de l'article L. 741-2 du code de justice administrative : " Sont également applicables les dispositions des alinéas 3 à 5 de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 ci-après reproduites : / " Art. 41, alinéas 3 à 5.-Ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure ou outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux. / Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts. / Pourront toutefois les faits diffamatoires étrangers à la cause donner ouverture, soit à l'action publique, soit à l'action civile des parties, lorsque ces actions leur auront été réservées par les tribunaux et, dans tous les cas, à l'action civile des tiers" ".

9. Les passages des écritures de la commune de Marseille relatifs aux conditions du changement d'affectation de M. A du 10 septembre 1990 et aux sanctions disciplinaires portant exclusions temporaires de fonctions du 25 au 28 janvier 2001, du 15 au 18 mars 2002 et du 3 au 6 août 2004, qui n'excèdent pas le droit à la libre discussion des parties, ne présentent pas de caractère injurieux, outrageant ou diffamatoire. Il n'y a dès lors pas lieu de faire usage des pouvoirs tirés de l'article L. 741-2 du code de justice administrative et d'en ordonner la suppression.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Marseille au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'article 3 de l'arrêté du 14 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Marseille a placé M. A en position de disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 30 mai 2021 ainsi que la décision née du silence gardé sur son recours gracieux du 8 juillet 2021 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Marseille de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Marseille versera à M. A une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2024.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

signé

M-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

.

No 2109697

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