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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2109784

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2109784

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2109784
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL ABEILLE & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 novembre 2021 et le 21 novembre 2022, M. D C, représenté par Me Pontier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 16 août 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a fixé la date de consolidation de son état de santé au 6 juillet 2021 et a conclu à l'absence d'incapacité permanente partielle ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) à titre subsidiaire, de désigner, avant dire-droit, un expert ;

3°) d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision du 16 août 2021 n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la date de consolidation de son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle retient un état antérieur à son accident de service et ne retient pas une incapacité permanente partielle de 20 %.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 octobre 2022 et 8 septembre 2023, le département des Bouches-du-Rhône, représentée par Me Briand, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal autorise la communication des rapports d'expertise établis par les docteurs A et B et de sursoir à statuer dans l'attente de cette communication, et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, rapporteure,

- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Kharroubi-Mattei représentant le département des Bouches-du-Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, titulaire du grade d'agent de maitrise territorial employé par le département des Bouches-du-Rhône en qualité d'agent de maintenance des bâtiments au collège Jean Giono à Marseille, a été victime d'un accident le 1er février 2021 reconnu imputable au service par une décision du 7 mai 2021. Par arrêté du 21 juin suivant, l'intéressé a été placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 1er février au 31 mai 2021 qui a été prolongé du 1er juin au 6 juillet 2021 par arrêté du 9 août 2021. Par une décision du 16 août 2021, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a décidé de fixer la date de consolidation de l'état de santé de M. C au 6 juillet 2021 et de ne pas lui accorder le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité en l'absence d'incapacité permanente partielle consécutive à son accident de service. M. C a présenté un recours gracieux contre cette décision le 2 septembre 2021, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. M. C demande au tribunal l'annulation de la décision du 16 août 2021 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir " et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

3. D'une part, la décision attaquée du 16 août 2021, en tant qu'elle fixe la date de consolidation de l'état de santé de M. C au 6 juillet 2021, ne peut être regardée comme refusant à l'intéressé un avantage au sens des dispositions précitées. Par suite, celle-ci n'a pas à être motivée sur ce point. D'autre part, l'administration, qui par cette décision ne retient aucun taux d'incapacité permanente partielle ouvrant droit à M. C au bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité, a suffisamment motivé sa décision en mentionnant et en s'appropriant les conclusions du rapport d'expertise du docteur B. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite /() ".

5. La date de consolidation de l'état de santé correspond au moment où l'état de santé est stabilisé, ce qui permet d'évaluer l'incapacité permanente en résultant, elle est donc sans incidence sur la persistance de l'affection dont peut souffrir la victime et, partant, sans incidence sur l'imputabilité à un accident de service des troubles en résultant et qui ont persisté après cette date.

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment des rapports d'expertise du docteur B du 6 juillet 2021 et du docteur A du 25 novembre 2021 que M. C a subi un traumatisme lombaire et du bassin en lien avec son accident de service du 1er février 2021 et qu'il souffrait, antérieurement à son accident de service, d'une coxarthrose bilatérale majeure mise en évidence par un bilan médical réalisé le 1er février 2021. Si le requérant soutient, pour remettre en cause la date de consolidation de son état de santé fixée par les experts au 6 juillet 2021 et l'existence d'un état antérieur de coxarthrose responsable d'un taux d'incapacité permanente partielle évalué à 20 %, que l'intervention chirurgicale du 14 septembre 2021 consistant en la pose d'une prothèse de hanche est en lien direct avec son accident de service, les pièces médicales versées au dossier, constituées d'un certificat médical de son chirurgien indiquant que la pose d'une prothèse de hanche est en rapport avec son accident de service, ainsi qu'un certificat de son kinésithérapeute ne sont pas de nature, à elles seules, à remettre en cause les conclusions des experts mentionnés précédemment, lesquels ont relevé, outre l'état antérieur de coxarthrose majeure dont souffrait l'intéressé, que les nombreuses explorations réalisées par scanner, imagerie par résonnance magnétique, échographie, radiographie simple et scintigraphie n'avaient pas mis en évidence de lésion post traumatique à l'accident de service. En outre, aucune pièce versée au dossier ne permet de corroborer l'allégation de M. C selon laquelle son intervention chirurgicale n'aurait pas eu lieu si l'accident de service ne s'était pas produit. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait commis une erreur d'appréciation en fixant la date de consolidation de son état de santé au 6 juillet 2021 et en estimant que son incapacité permanente partielle évaluée à 20 % n'est pas imputable à son accident de service.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de désigner un expert ni d'ordonner la communication de la partie médicale des rapports d'expertise réalisés par les docteurs B et A, ni par conséquent de sursoir à statuer dans l'attente de la communication de ces éléments, que les conclusions présentées par M. C à fin d'annulation de la décision du 16 août 2021 ainsi que de la décision de rejet de son recours gracieux doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais d'instance :

8. Le département des Bouches-du-Rhône n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme demandée par M. C au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le département des Bouches-du-Rhône sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du département des Bouches-du-Rhône tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

signé

E. Fabre

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2109784

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