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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2110142

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2110142

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2110142
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCOULAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 18 novembre 2021 et 1er décembre 2023, ainsi que les 31 janvier, 19 février, 21 mars et 24 avril 2024, l'association pour la sauvegarde d'Ondres, de son pont et de son environnement, représentée par Me Coulaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née du silence conservé par le syndicat d'énergie des Alpes-de-Haute-Provence sur sa demande du 16 juillet 2021 tendant à la mise hors tension de la ligne électrique desservant le hameau d'Ondres ;

2°) d'enjoindre au syndicat d'énergie des Alpes-de-Haute-Provence de mettre hors tension la ligne électrique desservant le hameau d'Ondres, dans un délai de deux mois et sous astreinte de 250 euros par jour de retard et de " statuer sur la question de la mise aux normes de la ligne électrique ", dans un délai de six mois ;

3°) de mettre à la charge du syndicat d'énergie des Alpes-de-Haute-Provence la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'illégalité de l'arrêté du 7 juillet 2011 par lequel le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a autorisé l'exécution des travaux de construction de la ligne électrique desservant le hameau d'Ondres entache d'illégalité la décision implicite en litige, dès lors qu'il a méconnu les dispositions de l'arrêté n° 2007-1697 du 1er août 2007, faute de prévoir des mesures de sécurité et de prévention des incendies suffisantes ; l'arrêté du 7 juillet 2011 méconnaît les dispositions de l'article 12 de la loi du 15 juin 1906 et a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de déclaration d'utilité publique préalable ; les règles techniques applicables en matière d'enfouissement des câbles électriques ont été méconnues.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 janvier, 16 février, 5 mars et 8 avril 2024, le syndicat d'énergie des Alpes-de-Haute-Provence, représenté par Me Fages, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le câble " moyenne tension " de la ligne électrique d'Ondres a été remplacé par un " câble torsadé " ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-de-Haute-Provence, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

L'instruction a été close le 14 juin 2024 par une ordonnance du même jour prise en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Par une lettre du 25 juin 2024, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen portant sur l'irrecevabilité de l'exception d'illégalité de l'arrêté du 7 juillet 2011 portant autorisation d'exécution pour un projet de distribution publique d'énergie électrique, dès lors que cet acte individuel était devenu définitif à la date à laquelle l'exception d'illégalité a été soulevée (CE, 5/4 SSR, 28 juillet 2011, commune de Bourg Saint-Maurice, n° 336945, A).

Par deux courriers enregistrés les 2 et 3 juillet 2024, qui ont été communiqués, l'association pour la sauvegarde d'Ondres, de son pont et de son environnement a répondu à ce moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Niquet,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- et les observations de M. A pour l'association pour la sauvegarde d'Ondres, de son pont et de son environnement, ainsi que celles de Me Bouteiller pour le syndicat d'énergie des Alpes-de-Haute-Provence.

Une note en délibéré présentée par l'association pour la sauvegarde d'Ondres, de son pont et de son environnement, a été enregistrée le 5 septembre 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat d'énergie des Alpes-de-Haute-Provence est, en vertu de ses statuts, l'autorité organisatrice de la distribution d'électricité de ce département. Ce syndicat a concédé, aux termes d'un contrat de concession conclu pour une durée de trente ans à compter du 1er janvier 2020, le développement et l'exploitation du réseau public de distribution d'énergie électrique et la fourniture de cette énergie à la société Enedis. A été édifiée en 2011, sur le territoire de la commune de Thorame-Haute, une ligne électrique desservant le hameau d'Ondres, aérienne sur une distance d'environ 1 500 mètres depuis le lieudit " Clot Hubert " et, au-delà, souterraine sur une distance d'environ 450 mètres. Estimant que l'électrification de cette ligne n'était pas conforme aux prescriptions en vigueur et de nature à favoriser les incendies, l'association pour la sauvegarde d'Ondres, de son pont et de son environnement a demandé au syndicat d'énergie des Alpes-de-Haute-Provence, par un courrier du 16 juillet 2021, de mettre hors tension cette ligne électrique. Par sa requête, l'association pour la sauvegarde d'Ondres, de son pont et de son environnement demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence conservé par le syndicat d'énergie des Alpes-de-Haute-Provence sur cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 49 du décret du 29 juillet 1927 portant RAP pour l'application de la loi du 15 juin 1906 sur les distributions d'énergie, décret abrogé depuis le 1er janvier 2012 : " Les projets d'ouvrages du réseau d'alimentation générale en énergie électrique, des réseaux de distribution aux services publics, des réseaux de distribution publique d'énergie électrique et des lignes privées établies par permission de voirie doivent, préalablement à toute exécution, faire l'objet d'une approbation dans les conditions fixées par l'article 50 ci-après ". En outre, aux termes de l'article 50 du même décret : " Le demandeur adresse à l'ingénieur en chef chargé du contrôle le projet d'exécution de l'ouvrage. (). / L'ingénieur en chef communique aux maires des communes traversées et, s'il y a lieu, à l'organisme de groupement concédant des réseaux de distribution publique, les dispositions générales du projet d'ouvrage, lorsque ce dernier n'a pas fait l'objet de l'instruction préalable à la déclaration d'utilité publique prévue par le décret n° 70-492 du 11 juin 1970 susvisé. / Les avis des services intéressés doivent être donnés dans le délai d'un mois en ce qui concerne les projets des ouvrages établis par permission de voirie, des ouvrages de distribution publique, des ouvrages du réseau d'alimentation générale ou de distribution aux services publics de tension inférieure à 63 kV et situés dans un seul département. Pour tous les autres ouvrages, ce délai est porté à deux mois. / L'ingénieur en chef chargé du contrôle transmet, sans délai, les résultats des consultations au demandeur ; au vu de la réponse de celui-ci il provoque en tant que de besoin, dans les trente jours qui suivent, une conférence avec les services intéressés et le demandeur./En cas d'accord, s'il s'agit d'ouvrages du réseau d'alimentation générale en énergie électrique ou des réseaux de distribution aux services publics, l'ingénieur en chef de la circonscription électrique approuve le projet et autorise l'exécution des travaux. Pour tous les autres ouvrages, les approbations et autorisations sont données par le préfet. / En cas de désaccord, l'affaire est soumise au comité technique de l'électricité ".

3. D'autre part, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte réglementaire, une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

4. Il résulte de l'instruction que, par arrêté du 7 juillet 2011, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a d'une part, approuvé le projet présenté par le SIE de la région du Verdon tendant à la réalisation d'ouvrage de distribution d'énergie électrique sur le territoire de la commune de Thorame Haute, au hameau d'Ondres, au titre de l'article 50 du décret du 29 juillet 1927 précité et, d'autre part, autorisé l'exécution des travaux sur les réseaux selon les conditions qu'il définit. A l'appui de sa demande d'annulation de la décision attaquée, l'association requérante invoque, par voie d'exception, l'illégalité de cet arrêté du préfet des Alpes-de-Haute-Provence du 7 juillet 2011. Toutefois, si ce moyen est recevable, d'une part, au regard de son objet même, la décision implicite de refus de mettre hors tension la ligne électrique desservant le hameau d'Ondres n'a pas été prise pour l'exécution de l'arrêté du 7 juillet 2011, dont l'objet est, ainsi qu'il a été indiqué, d'approuver le projet d'extension du réseau électrique " HTA-AU " jusqu'au hameau d'Ondres, et d'autoriser l'exécution des travaux de restructuration des réseaux. D'autre part, cet arrêté ne constitue pas davantage la base légale du refus implicite critiqué, qui doit être regardé comme se fondant sur l'objet même des missions incombant au syndicat d'énergie des Alpes-de-Haute-Provence de gérer le service public de l'électricité, en sa qualité d'autorité organisatrice de la distribution publique d'électricité, conformément aux articles 2 et 3 de ses statuts. Dans ces conditions, l'exception d'illégalité de l'arrêté du 7 juillet 2011 doit être écartée.

5. Il résulte de ce qui précède que l'association pour la sauvegarde d'Ondres, de son pont et de son environnement n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par la requérante sur le fondement exclusif de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

7. En tout état de cause, alors que l'association requérante n'a pas demandé l'annulation d'une décision refusant de " statuer sur la mise aux normes " la ligne électrique concernée, les conclusions présentées à titre principal à fin d'injonction à cet égard, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par l'association pour la sauvegarde d'Ondres, de son pont et de son environnement et dirigées contre le syndicat d'énergie des Alpes-de-Haute-Provence, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association pour la sauvegarde d'Ondres, de son pont et de son environnement est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association pour la sauvegarde d'Ondres, de son pont et de son environnement et au syndicat d'énergie des Alpes-de-Haute-Provence.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistées de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

A. Niquet

La présidente,

signé

M. Lopa Dufrénot

Le greffier,

signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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