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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2110439

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2110439

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2110439
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP BERENGER BLANC BURTEZ-DOUCEDE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 novembre 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 9 mars 2023, qui n'a pas été communiqué, la société par actions simplifiée (SAS) Burger King Construction, représentée par Me Reboul, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° PC 13103 20 E0112 du 8 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Salon-de-Provence a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Salon-de-Provence, à titre principal, de lui délivrer un certificat de permis tacite dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de lui délivrer le permis de construire sollicité dans les même conditions ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Salon-de-Provence une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué doit être regardé comme un retrait du permis de construire tacite obtenu le 18 avril 2021 et est entaché d'un vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire préalable ;

- la lettre majorant le délai d'instruction est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'arrêté attaqué est illégal en raison de l'illégalité de la lettre majorant le délai d'instruction ;

- il est entaché d'une incompétence du signataire de l'acte ;

- les motifs de refus sont infondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2023, la commune de Salon-de-Provence, représentée par Me Margaroli, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 décembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 26 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fayard, rapporteure,

- les conclusions de M. Trébuchet, rapporteur public,

- et les observations de Me Reboul, représentant la société Burger King constructions et de Me Herau, représentant la commune de Salon de Provence.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n° PC 13103 20 E0112 du 8 juin 2021, le maire de la commune de Salon-de-Provence a refusé de délivrer à la SAS Burger King Construction le permis de construire un restaurant sur les parcelles BD207, BD227 et CZ35 sise 70 allée de Szentendre. La société a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, qui a été implicitement rejeté le 9 octobre 2021. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 8 juin 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de ce que l'arrêté du 8 juin 2021 doit être requalifié en décision de retrait illégale d'un permis de construire tacite :

2. Aux termes de l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme : " () le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". L'article R. 423-38 dispose que : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. ". Selon l'article R. 423-41 : " Une demande de production de pièce manquante notifiée après la fin du délai d'un mois prévu à l'article R. 423-38 ou ne portant pas sur l'une des pièces énumérées par le présent code n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R. 423-23 à R. 423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R. 423-42 à R. 423-49. ". Aux termes de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut () : / () / Permis de construire () tacite. ".

3. En outre, aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; / () / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. ". L'article R. 431-5 de ce code, alors en vigueur, dispose que : " La demande de permis de construire précise : / () / h) Les éléments, fixés par arrêté, nécessaires au calcul des impositions ; / () ". En outre, aux termes de l'article R. 431-6 du code précité : " Lorsque le terrain d'assiette comporte des constructions, la demande précise leur destination, par référence aux différentes destinations définies à l'article R. 123-9, leur surface de plancher et indique si ces constructions sont destinées à être maintenues et si leur destination est modifiée par le projet ". Selon l'article A. 431-4 du même code : " La demande de permis de construire prévue aux articles R. 421-1 et R. 421-14 à R. 421-16 est établie conformément aux formulaires enregistrés par le secrétariat général pour la modernisation de l'action publique : / () / b) Sous le numéro Cerfa 13409 lorsque la demande porte sur une construction autre qu'une maison individuelle ou ses annexes. ".

4. Il résulte des articles R. 423-22, R. 423-23, R. 423-38, R. 423-39, R. 423-41 et R. 424-1 du code de l'urbanisme qu'à l'expiration du délai d'instruction tel qu'il résulte de l'application des dispositions du chapitre III du titre II du livre IV du code relatives à l'instruction des déclarations préalables, des demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir, naît une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite. En application de ces dispositions, le délai d'instruction n'est ni interrompu, ni modifié par une demande, illégale, tendant à compléter le dossier par une pièce qui n'est pas exigée en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme. Dans ce cas, une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite naît à l'expiration du délai d'instruction, sans qu'une telle demande puisse y faire obstacle.

5. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet comporte d'ores-et-déjà une construction dont il n'est pas mentionné la destination, la surface de plancher et si ce bâtiment sera maintenu. Ces informations, qui sont au nombre de celles prévues au a) de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme, ne sont ni présentes dans le formulaire Cerfa, ni dans les autres pièces du dossier de permis de construire. Dans ces conditions, et au vu de cette seule carence, il appartenait en toutes hypothèses au maire de la commune de Salon-de-Provence de compléter le dossier avec cette information manquante.

6. Il résulte de tout ce qui précède que le délai d'instruction de la demande présentée par la SAS Burger King Construction, de 5 mois eu égard aux dérogations prévu par l'article R. 423-25 du code de l'urbanisme, a couru à compter du 15 février 2021, date de réception des pièces complémentaires produites par la pétitionnaire. Il n'est pas contesté que ce délai n'était pas échu à la date de notification de l'arrêté du 8 juin 2021. En conséquence, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle serait titulaire depuis le 9 mai 2021 d'un permis de construire tacite et que l'arrêté attaqué constituerait le retrait, irrégulier faute d'avoir été précédé d'une procédure contradictoire, de ce permis tacite.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 8 juin 2021 :

7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A, adjointe au maire de Salon-de-Provence et signataire de l'arrêté attaqué, a reçu, par arrêté du 11 décembre 2020, transmis le même jour au contrôle de légalité, délégation du maire pour signer les décisions relatives à l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

8. En deuxième lieu, Aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés ". En outre, en vertu des dispositions de l'article L. 332-6 du code de l'urbanisme, les bénéficiaires d'autorisations de construire peuvent être tenus de réaliser et de financer les équipements propres à l'opération autorisée mentionnés à l'article L. 332-15 du même code, aux termes duquel : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l'évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l'éclairage, les aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés. Les obligations imposées par l'alinéa ci-dessus s'étendent au branchement des équipements propres à l'opération sur les équipements publics qui existent au droit du terrain sur lequel ils sont implantés et notamment aux opérations réalisées à cet effet en empruntant des voies privées ou en usant de servitudes. () L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures. () ".

9. Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un permis de construire doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, que d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

10. D'une part, par avis rendu le 21 janvier 2021, le gestionnaire de réseau d'électricité Enedis a estimé que le raccordement aux réseaux publics du projet de la SAS Burger King Construction nécessitait des travaux d'extension pour un coût d'environ 10 180,80 euros pour une longueur d'extension de 150 mètres en dehors du terrain d'assiette de l'opération. D'autre part, l'avis de la société ENEDIS, consulté préalablement par le maire de Salon-de-Provence, qui a ainsi accompli les diligences appropriées en recueillant les informations utiles à son appréciation auprès du gestionnaire du réseau public de distribution d'électricité, précise que le délai de travaux serait de 4 à 6 mois après l'ordre de service de la CCU et l'accord du client. Toutefois, la seule circonstance que cet opérateur soit en capacité de réaliser l'extension dans les délais précités ne peut être regardé comme suffisant pour imposer à la commune de financer ces travaux en l'absence de toute intention de cette dernière en ce sens, la commune indiquant ne pas pouvoir prendre en charge financièrement le coût de tels travaux dans ce délai.

11. Par suite, le maire de Salon-de-Provence était tenu de refuser de délivrer le permis de construire sollicité par la SAS Hectare par application des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme. Compte tenu de sa situation de compétence liée, l'ensemble des autres moyens soulevés à l'encontre de l'arrêté en litige sont inopérants et doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées par la SAS Burger King Construction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société requérante sur ce fondement. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la SAS Burger King Construction une somme de 1 800 euros à verser à la commune de Salon-de-Provence sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Burger King Construction est rejetée.

Article 2 : La SAS Burger King Construction versera la somme de 1 800 euros à la commune de Salon-de-Provence au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Burger King Construction et à la commune de Salon-de-Provence.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Fayard, conseillère,

M. Guionnet Ruault, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

La rapporteure,

Signé

A. FAYARD

Le président,

Signé

F. SALVAGE La greffière

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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