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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2110477

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2110477

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2110477
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHARRIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2021, M. A B, représenté par Me Harris, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 octobre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil à compter du 2 septembre 2021, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 1 500 euros à Me Harris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la signataire de la décision était incompétente ;

- la décision ne comporte pas de mention du recours préalable obligatoire ;

- il n'a pas été mis en mesure de faire valoir ses observations ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a pas reçu d'appels téléphoniques de la part de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et sollicite le rejet des conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gonneau, président-rapporteur

- les conclusions de Mme Dyèvre, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 6 octobre 2021, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de M. B, qu'il avait acceptées le 2 septembre 2021, au motif qu'il avait refusé une proposition d'hébergement. M. B demande l'annulation de cette décision.

2. Il ressort des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a versé M. B le 27 décembre 2021 l'allocation pour demandeur d'asile au titre du mois de décembre 2021 et de septembre 2021, à hauteur de 411,80 euros par mois, et au titre du mois d'octobre 2021 à hauteur de 71 euros, et n'a pas effectué de versement au titre du mois de novembre 2021. Ainsi, si l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rétabli le bénéfice l'allocation pour demandeur d'asile à compter du mois de décembre 2021, cette allocation n'a pas été versée à M. B entre le 6 octobre et le 30 novembre 2021. Par suite, si la décision du 6 octobre 2021 en litige, ayant reçu exécution pendant cette période, peut être regardée comme abrogée à compter du 1er décembre 2021, elle n'a toutefois pas été retirée rétroactivement par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, il y a lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. " L'article L. 552-8 du même code dispose que : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. /Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. " L'article L. 552-9 du même code précise que " Les décisions d'admission dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ainsi que les décisions de changement de lieu, sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur. "

4. D'autre part, l'article L. 551-15 du même code dispose que : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". L'article L. 551-16, pour sa part, prévoit que : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ces conditions relevant de l'article L. 551-16 du même code. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées.

6. Si le motif de la décision en litige est fondé sur ce que M. B aurait refusé une proposition d'hébergement le 16 septembre 2021 en se rendant injoignable au numéro de téléphone qu'il avait indiqué, l'intéressé fait valoir, en produisant des photographies de la liste des appels reçus sur ce téléphone, qu'il n'en a reçu aucun au mois de septembre 2021. Cette circonstance n'est pas contestée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui, dès lors, doit être regardé comme ayant entaché la décision en litige d'une erreur de fait. Il en résulte que la décision du 6 octobre 2021 doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

7. La présente décision implique, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration verse l'allocation pour demandeur d'asile à M. B au titre de la période du 6 octobre au 30 novembre 2021. Il y a donc lieu de l'y enjoindre, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

8. M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 novembre 2021. Il n'y a donc pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Harris, avocate de M. B, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 1 200 euros à Me Harris au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. B n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 6 octobre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de verser l'allocation pour demandeur d'asile à M. B au titre de la période du 6 octobre au 30 novembre 2021, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve que Me Harris renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera une somme de 1 200 euros à Me Sophia Harris, avocate de M. B, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Sophia Harris et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Niquet, première conseillère

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mis à disposition au greffe le 22 février 2024.

Le président - rapporteur,

signé

P-Y. GonneauL'assesseure la plus ancienne,

signé

A. Niquet

La greffière,

signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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