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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2110505

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2110505

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2110505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCHARTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Chartier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " ;

2°) d'annuler la décision implicite du 21 mai 2021 par laquelle la préfète des Hautes-Alpes a rejeté sa demande de retrait de l'arrêté du 26 octobre 2020 refusant de lui délivrer un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Hautes-Alpes de lui délivrer un titre provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Chartier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté du 26 octobre 2020 est insuffisamment motivé ;

- le refus d'autoriser son séjour méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision implicite de rejet du 21 mai 2021 est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré 7 janvier 2022, la préfète des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- il n'existe aucune décision implicite de rejet ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Delzangles.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, a fait une demande de titre de séjour et a obtenu un récépissé de demande de titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " délivré par la préfecture des Hautes-Alpes le 16 octobre 2020. Parallèlement, par un arrêté du 26 octobre 2020, la préfète des Hautes-Alpes a refusé de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'asile et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par courrier réceptionné en préfecture le 22 mars 2021, l'intéressé a sollicité le retrait de cette décision. Il demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour portant mention " travailleur temporaire " ainsi que la décision implicite de rejet par laquelle la préfète des Hautes-Alpes a rejeté sa demande de retrait de l'arrêté du 26 octobre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R*311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 311-12-1 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé une demande de titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " auprès de la préfecture des Hautes-Alpes au plus tard le 16 octobre 2020, date de délivrance d'un récépissé de demande de carte de séjour. Contrairement à ce que fait valoir en défense la préfète des Hautes-Alpes, l'arrêté du 26 octobre 2020 par lequel celle-ci a refusé de délivrer à l'intéressé une carte de séjour au titre de l'asile, sur le fondement des dispositions de l'article L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, n'a pas été pris en réponse à la demande de titre de séjour du requérant portant mention " travailleur temporaire " mais a été pris suite au rejet par la Cour nationale du droit d'asile, le 18 septembre 2020, de la demande d'asile du requérant. Conformément aux dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, en l'absence de réponse à la demande de titre de séjour de l'intéressé portant la mention " travailleur temporaire " dans un délai de quatre mois, une décision implicite de rejet de cette demande est née, en cours d'instance, le 16 février 2021. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée par la préfète des Hautes-Alpes de ce qu'il n'existerait aucune décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour du requérant doit être écartée.

4. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. À supposer que M. A ait entendu soulever une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les dispositions précitées, à l'encontre de la décision implicite de rejet du 16 février 2021, il ne saurait utilement le faire dès lors qu'il a sollicité un titre de séjour portant mention " travailleur temporaire " sur le fondement du 2° de l'article L. 313-10 alors en vigueur.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de retrait de l'arrêté du 26 octobre 2020 :

6. Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative dans sa rédaction applicable : " () Conformément aux dispositions du I bis de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application des 1°, 2°, 4° ou 6° du I de l'article L. 511-1 du même code, fait courir un délai de quinze jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour notifiées simultanément ". Aux termes de l'article R. 776-5 du même code : " () II.- () les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation () ".

7. L'exercice, au-delà du délai de recours contentieux contre un acte administratif, d'un recours gracieux tendant au retrait de cet acte ne saurait avoir pour effet de rouvrir le délai de recours. Par suite, le rejet d'une telle demande n'est, en principe, et hors le cas où l'administration a refusé de faire usage de son pouvoir de retirer un acte administratif obtenu par fraude, pas susceptible de recours.

8. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 26 octobre 2020, comportant la mention des voies et délais de recours, a été notifié le 9 novembre 2020 à M. A qui disposait donc d'un délai de quinze jours à compter de cette date pour déférer cet arrêté au tribunal administratif. Le recours gracieux exercé par le requérant le 19 mars 2021, au-delà du délai de recours contentieux, n'a pu avoir pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2020 sont tardives et irrecevables. Il en résulte que les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet des Hautes-Alpes a rejeté la demande de retrait de l'arrêté litigieux sont dirigées contre une décision insusceptible de recours et sont, dès lors, également irrecevables. La fin de non-recevoir opposée par la préfète des Hautes-Alpes doit donc être accueillie.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de la décision implicite du 16 février 2021 par laquelle la préfète des Hautes-Alpes a rejeté sa demande de titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " ainsi que celles tendant à l'annulation de la décision implicite du 21 mai 2021 par laquelle la préfète des Hautes-Alpes a rejeté sa demande de retrait de l'arrêté du 26 octobre 2020 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hautes-Alpes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

B. Delzangles

Le président,

signé

P-Y. Gonneau La greffière,

signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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